Cf. Chalmel, III
VITALITÉ DE l'aRT FRANÇAIS A LA FIN DU XV° SIKCLE
le bord d'une rivière charmanle, dans une position qui n'a plus rien de stratégique, au château de Llsleite^ près d'Azay-le-Rideau, au Hivau, près de Chinon, à Brédgnolles, près d'Anché, aux châteaux de Montpensier et du Coudray-Montpensier^ ^ bâtis successivement par Louis de Bourbon, mari d'une fille naturelle de Louis XL'. Le second surtout s'élève dans une position admirable et sur un plan de plus en plus vaste et clair. Il n'y a dans tout cela aucun symptôme de décadence : ce sont les formes puissantes du moyen âge qui commencent à s'assouplir, c'est le château seigneurial qui s'éclaircit et s'égaie, qui arrive à resseml)ler à quelque luxueuse habitation urbaine,
Cliclié liousrez.
Château du Plessis-lès-Tours.
qui s'enrichit de commodités et d'agréments inconnus jadis. Et cependant l'influence italienne ne s'y fait encore nullement sentir : soit dans le plan, soit dans la décoration, nous restons dans le développement logique et naturel de l'arcliitecture civile du moyen âge.
Il n'en était pas autrement dans la construction du plus fameux des châteaux de Touraine de cette époque, celui de Montils-lès-Tours, ou du Plessis, construit pour le roi lui-même aux portes de Tours et où il se plaisait, comme
1. Cf. abbé Bossebœuf, Mém. Soc. archâol. Tour., t. XXXIX, p. 96-352.
2. Nous connaissons les noms des architectes qui construisirent Montpensier. C'est d'abord un maçon nommé Gahilleau, puis ce sont Pierre Chesneau et Denis Amy (cf. Bull. Soc. archéol. Tour., III, 351-352), tous deux de FIsle-Bouchard, et dont le deuxième est probablement le père du futur architecte de Thouars. Quant au Coudray-Montpensier, il fut construit sans doute par les mêmes artistes, de 1489 à 1491.
on sait, tout particulièrement. Ce devait être, quoi qu'on en pense, une résidence commode et gaie : la cour intérieure était décorée d'une série de galeries et d'arcades richement sculptées, les bâliments exécutés en brique claire, avec des corniches et des lucarnes ornées de sculptures élégantes. Il n'en reste aujourd'hui qu'une faible partie, très séduisante, avons-nous dit déjà, si l'on ne s'obstine pas à y rechercher la « sombre demeure » de Louis XI'.
Sous Charles VIII, l'épanouissement est complet : Chaumont ^ brûlé et rasé en 1465, est relevé par Charles P"" puis par Charles II d'Amboise, frère et neveu du cardinal Georges d'iVmboise. Le nouveau château garde encore l'aspect féodal, comme ceux de Langeais et du Plessis-Bourré ; reconstruit sur l'ancien plan, il est sévère à l'extérieur; mais la cour (très restaurée malheureusement) prend une richesse et une élégance caractéristiques 2. A la même époque, Montrésor est remis à neuf et presque reconstruit par Imbert de Bastarnay qui venait de s'en rendre possesseur (1490), après avoir déjà acquis et restauré le château de Bridoré K
Amboise^ possédait un vieux château gothique, bâti depuis des siècles sur un plateau merveilleusement situé, au confluent des vallées de la Loire et de l'Amasse. Ce château, passé entre les mains du roi au milieu du xv" siècle, avait été déjà quelque peu agrandi et embelli sous Charles VII et sous Louis XI ^. Mais c'est Charles VIII qui en commença la splendeur, surtout après son mariage avec Anne de Bretagne. Une bonne partie du château fut exécutée entre 1491 et 1493 : c'est la partie subsistant encore aujourd'hui sur la Loire. Mais les travaux ne s'arrêtèrent pas pendant les guerres d'Italie, et continuèrent de plus belle au retour. Le plan se poursuivit du reste presque sans changements dans le style général. Les principales con-
1. Les constructions en avaient été exécutées de 1463 à 1472 et dirigées probablement par l'architecte Jean RegnarJ, maître des œuvres d'architecture pour le roi en Touraine. (Cf. Ch. de Grandmaison, Doc. inédits, p. 133.)
2. L'aile de la façade nord ne fut abattue que vers le milieu du xvin'' siècle pour ouvrir la magnifique vue perspective (jue l'on sait sur la vallée de la Loire.