CHAPITRE IX LA VIE ET LA CARRIÈRE DE MICHEL COLOMBE
Les prédécesseurs de Michel Coloml)e.
Sa naissance. — Son orig-ine, tourangelle ou brelonne.
Michel Colombe à Dijon(?). — Michel Colombe a Bourgesf?).
Bas-relief de Saint-Michel-cn-rilerm, et projet de tombeau de Louis XI (1473-1474). Tombeau de Louis de Rohault, évêque de Maillezais (1480). Michel Colombe à Tours, sa situation et sa renommée.
Travaux pour l'entrée de Louis XII à Tours, en lîiOO. — Le moule du « harnois » de Tiunus. —
La médaille offerte au roi.
Le tomljcau de François II de Bretagne à Nantes (Ki02-1'>07). — Rôle de Jean Pcrréal. — Les
collaborateurs français et italiens de Michel Colombe. — Le retable des Carmes de Nantes. Le retable de Saint-Saturnin de Tours et le Sépulcre de La Rochelle (1507). Le bas-relief du saint Georges de Çaillon (i508-l'j09). Le tombeau de Guillaume Guegen.
Michel Colomljc et la fontaine de Beaune.
Projets pour le tombeau de Brou. — Jean Perréal et Jean Lemaire. — Pourparlers avec Michel
Colombe. — L'écrit de iuii. — Interruption des travaux. Fin de la carrière de Michel Colombe.
Nous connaissons quelques noms de sculpteurs ayant travaillé à Tours avant Michel Colombe ou pendant la première partie de sa carrière. Mais ce ne sont plus guère aujourd'hui pour nous que des noms. Aucune œuvre existante ne peut leur être attribuée avec certitude, et nous avons même cru inutile de rapprocher ces indications très vagues des œuvres de la seconde moitié du xv*^ siècle, que nous avons étudiées tout à Theure.
L'un des plus importants parmi ces artistes paraît avoir été Guillaume Brassefort. Celui-ci devait jouir d'une certaine renommée, puisque, en 1461, nous le voyons appeler à Paris pour exécuter les images du clocher de la Sainte-Chapelle du Palais '. On lui a attribué le tombeau d'Agnès Sorel, on en a fait le maître de Colombe ; mais c'est pure fantaisie.
i. Grandmaison, Doc. incdils, p. tSO. A vrai dire, il n'est question dans la pièce que d'un déplacement pour un marcliandage, et nous ne savons pas si notre Tourangeau reçut la commande du travail.
P. ViTKY. — Michel Colnmhn et la xculi)tiiri> française.
On pourrait encore mentionner Jnquet François^ qui sculpte entre 1478 et 1483 pour le château du Plessis un saint Martin à cheval que peindra Bourdichon, et Clément Bayel-^ qui est appelé à Thouars en 1489, pour tailler les armes du roi sur xuie porte de la ville.
Mais dès ce moment des témoignages écrits assez nombreux et souvent très élogieux nous font pressentir la place que tenait le tailleur d'images Michel Colombe^ parmi ces ouvriers ou ces artistes oubliés par la 2)ostérité. N'eussions-nous même conservé que ces textes, ils nous révéleraient Timportance de son œuvre et l'étendue de sa renommée.
Le plus ancien travail dont nous ayons connaissance date au plus tôtde 1473. Quel âge pouvait avoir notre artiste à ce moment? Quelle carrière avait-il déjà derrière lui ? Telle sont les questions qui se posent naturellement tout d'abord.
Une lettre de Jean Lemaire* à Marguerite d'Autriche, datée de 1511, déclare le maître « âgé environ de quatre-vingts ans ; ce serait, par conséquent, vers 1430 ou 1431 qu'il faudrait placer sa date de naissance, si nous pouvons nous en fier à l'approximation de Jean Lemaire, et il aurait eu plus de quarante ans lorsque nous le rencontrons à l'œuvre jjour la première fois en 1473. C était donc déjà un homme miir, et il avait certainement pu exécuter auparavant nombre de travaux sur lesquels nous ne savons absolument rien.
C'est là d'ailleurs la caractéristique de cette biographie de Michel Colombe : nous ne sommes bien renseignés que sur son extrême vieillesse, et les périodes qui furent sans doute les plus actives de sa vie nous échappent complètement. Avant 1473, aucune œuvre connue, pendant les trente ans qui suivent, quelques indications d'œuvres, mais aucun morceau conservé. Nous en sommes réduits à juger notre artiste sur des travaux exécutés entre 70 et 80 ans. C'est là un élément dont il faut bien tenir compte lorsque l'on cherche à pénétrer l'esprit de son œ'uvre. Il faut se souvenir que c'est en plein xv® siècle, en pleine époque gothique, que s'est formé le talent qui devait s'y épanouir.
1. Grandmaison, p. 190, et Avcli. arl . fr., IV, p. 'S. Il est jiossiltle que ce soit un parent des François qui travaillèrent avec Michel (Colombe, et dont l'un épousera sa nièce.