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Palustre, Michel Colombe, p

cution du tombeau de Brou, très foii chapitre du reste par cet intrigant de Jean Lemaire qui lui dicte à peu près ce qu'il lui plaît, il affirme l'excellence d'une cerlaine pierre d'albâtre tirée d'une certaine carrière découverte ou retrouvée par Jean Lemaire et dont celui-ci, en homme pratique, s'est fait réserver l'exploitation : « laquelle, dit notre sculpteur \ comme nous avons entendu pour ' cerlaine renommée, a autreffois esté en grand bruit et estimation, et en ont été faictes aux chartreux de Dijon aucune des sépultures de feux Messeigneurs les ducs de Bourgogne, mesmement par maistre Claux et maistre Anthoniet , souverains tailleurs d'images, dont je, Michel Cou-

LOMBE, AY AUTREFFOY EU LA COGNOISSANCE. »

Remarquons d'abord le vague de cette expression avoir la conn,iissance. Michel Colombe ne dit ni qu'il a fréquenté ni qu'il a servi ces maîtres. Ne jiourrait-il pas vouloir dire simplement qu'il en a entendu parler? Il faut se demander de plus à quoi ou à qui s'applique cette expression. Dans la syntaxe du temps, suivant l'opinion des grammairiens ^, le f/o/î/peut se rapporter soit aux sculpteurs Claux et Anthoniet, soit à leurs œuvres, soit simplement au fail que ces œuvres étaient exécutées en telle matière, contenu dans l'ensemble de la proposition. En poussant les choses à l'extrême, nous pourrions donc supposer que nous avons là simplement une garantie, soufflée à l'artiste par Jean Lemaire qui vient de lui énumérer toutes les qualités de son albâtre, et les belles choses qu'on en a faites, garantie que répète docilement le vieux sculpteur. Son expérience, sa connaissance de ces faits seraient alors beaucoup moins anciennes qu'il ne le dit.

Sans aller si loin, en admettant même que Michel Colombe se reporte au souvenir de choses et peut-être de gens dont il a vraiment entendu parler autrefois, il faut reconnaître que cette phrase est singulièrement plus vague qu'on n'a l'air de le supposer, qu'elle n'affirme pas du tout ce voyage, ce jièlerinage, surtout ces rapports directs avec les artistes, cette éducation dont on fait tant de bruit.

En r absence de toute confirmation , il est donc bien hasardé de maintenir l'idée d'un voyage de Michel Colombe à Dijon, d'autant que, même dans l'interprétation courante, il devient assez difficile de préciser avec certitude qui sont ces deux sculpteurs bourguignons dont Michel Colombe se déclarerait l'élève. Pour Afr'«7/"e Anthoniet, cela va de soi, c'est Antoine Lemoiturier :

1. Le Glay, Analecles historiques, p. 13-21. — Grandmaison, Doc incdits,]). 194-199. Cf. aussi plus loin, elle texte publié en appendice.

2. Et non par, comme le donne le texte de Le Glay. — Cf. Appendice.

3. Nous avons consulté à ce sujet M. F. Brunot, professeur à la Faculté des lettres de Paris, sur l'autorité duquel nous sommes heureux do pouvoir nous appuyer ici.

LA VIE ET LA CARRIÈRE DE MICHEL COLOMHE

celui-ci n'élail guère que de ciuq ans plus âgé que noire Colombe, mais entre 1461 el 1470 il Iravaillail à Dijon et y terminait les tombeaux des ducs ; Colombe aurait donc pu le rencontrer sans difficulté. Mais pour mailre CLiux, certains auteurs, comme Guilhermy', ont tout bonnement déclaré que c'était Clans Sliiter. Malbeureusement celui-ci était mort plus de vingt ans avant la naissance de Michel Colombe. D'autres, plus nombreux et mieux informés, mais incomplètement encore, ont nommé « Claiix de Vouzonne <>. Or, on a fait justice, dans les études très serrées publiées sur les documents bourguignons, de ce nom de fantaisie donné au neveu de Sluter, Claus de Werve; mais surtout on a découvert que ce personnage était mort en 1439 -, date à laquelle Michel Colombe pouvait avoir huit ans. Il faudrait donc de toute nécessité supposer un troisième maître Claux travaillant aux tombeaux de Dijon. L'histoire de ces importants monuments n'est pas encore définitivement écrite, il est vrai, mais nous connaissons bien probablement tous les imagiers importants qui y ont travaillé. Il est donc vraisemblable que c'est bien de Clans de M erve qu'il s'agit ici, mais avec cette correction qu'il ne saurait être question de rapports directs entre lui et Michel Colombe. Celui-ci aurait vu son œuvre ou en aurait simplement eu connaissance par ouï-dire, et c'est cette réputation qu'il enregistrerait dans son écrit de 1511.

Si nous nous sommes élevé si vivement contre cette légende trop accréditée du voyage à Dijon, ce n'est pas que nous croyions le fait imjjossible, ni absurde, c'est qu'il ne nous semble pas prouvé, et que cette affirmation trop rapide et si générale nous paraît un exemple de l'abus que l'on peut faire de certains textes ainsi que de la tendance à dramatiser, à simplifier l'histoire, à la résumer dans l'œuvre de quelques protagonistes, en supprimant les intermédiaires plus obscurs. Certes, nous ne saurions prétendre que Michel Colombe n'ait aucun rapport avec les Bourguignons. On a assez vu, par ce qui précède, que nous prétendions au contraire le rattacher, autant que faire se peut, à toutes ses origines gothiques; mais, à notre avis, s'il procède, par certains côtés, des maîtres de Dijon, ce n'est pas directement, c'est par cette série d'intermédiaires que nous avons soigneusement étudiés dans les chapitres précédents, et surtout par ces infiltrations du style bourguignon plus ou moins mitigé et adouci qui purent se produire jusqu'en Touraine.

Si Michel Colombe n'alla pas à Dijon, vint-il directement de sa Bretagne

1. Annales archéolog., 1845, II, 93. — Cartier, Les sculpt. de Solesines, 1877, p. 25.

2. Cf. Bernard Prost, Gaz. des B.-A., 1890, II, 359, d'après son épitaplie relevée par Palliot, au xviii' siècle, dans l'église de l'abbaye de Saint-Étienne de Dijon. — Pourquoi M. l'abbé Bossebœuf, en 1895, parle-t-il encore de Claux de Vouzonne? [Amboise, p. 233).

pour s'établir dans la région de la Loire et quelle raison au juste l'y amenait? Nous n'en savons absolument rien; il est permis de supposer toutefois que la prospérité artistique que nous avons constatée dans cette région vers le milieu du xv*^ siècle, prospérité entretenue par la présence de la cour, fut la raison principale qui attira le jeune artiste.

Si nous en croyons une indication mise au jour par M. Cb. de Grandmaison \ ce serait à Bourc/e.s que nous rencontrerions Colombe tout d'abord en 1467 ; il y jouirait même déjà d'une grande renommée, mais cette indication ne doit pas, malgré l'autorité de M. de Grandmaison, être acceptée tout à fait sans réserve. C'est sur un manuscrit, un livre d'beures, qui passa en 1872 entre les mains de M. Tascbereau, le célèbre bibliophile tourangeau, que l'on aurait relevé cette mention :

Ces présentes eures furent foliotes à la re keste de Mikael Kolom Le par iing nomme Pierre Fahri ; pour le Temps résident à Bourges.

puis le même texte répété en lettres grecques, enfin ceci :

Petrus fahri me scripsit in honore Michaeli Colombe regni fruncie supremi sculpforis et si sors evanescere sinat^ Johanne Colombe sorori... dignetur n*I> 1467 .

Le livre, du reste, a disparu et l'inscription ne saurait être vérifiée ~.

Tout d'abord, cette désignation grandiloquente de regni francie supremi sculptoris, que l'on traduit par le prince des sculpteurs français (?), nous étonne et nous inquiète un peu à cette date. Voilà un homme dont nous ne connaissons encore rien, qui a environ trente-cinq ans et que nous trouvons de prime abord traité de prince des sculpteurs. Comment le traitera-t-on lorsqu'il aura quatre-vingts ans et tous ses chefs-d'œuvre derrière lui'^?

1. Ch. de Grandmaison, Michel Colombe quali/ié de prince des sciil]>lciirs fraïK^ais à Bourcjes en 1467, Réun. Soc. B.-A. dép., 1887, p. 75-78.

2. M. de Grandmaison avait déjà utilisé cette indication dans son Tours archéolor/iqiie (p. 182) et l'avait aussi insérée dans le Bull, de la Soc. archéol. de Touraine, t. VII, p. 201.

3. Pour les hypei-boles et superlatifs appli(piés à Michel Golomhe, il faut songer à ceux de Jean Bresche, Thibault-Lepleigney et Jean Lemaire. Mais il faut remarquer aussi (jue les deux premiei's écrivaient après la mort de Farliste, et le troisième, qui du reste est un littérateur et un phraseur, tout à fait à la fin de sa carrière.

LA VIE KT LA CAUIUKRE DE MICHEL COLOMBE

L'inscription penl donc être assez postérieure à la date de 1467, celle-ci n'étant qu'un rappel ; de plus, les expressions en elles-mêmes sont non seulement malaisées à traduire très exactement, mais ambitieuses et de tournure plus classique que ne l'est en général le latin du xv" siècle : peut-être serait-il prudent de ne pas trop insister sur le degré de réputation atteint par Michel Colombe, dès 1467.

Cela dit, avons-nous même dans ce texte un témoignage certain de la présence ou au moins du séjour de Michel Colombe à Bourges ? Pas absolument. C'est l'auteur du manuscrit et non le destinataire qui est dit résider à Bourges.

Notons enfin qu'il y avait un autre Colombe installé vers ce temps dans la même ville. Dans une lettre de Charlotte de Savoie à Du Bouchage \ la reine écrit qu'elle a « une/ povre enlumineur ;) Bourç/es nommé Jehan Colombe », et elle se plaint que les gens de la ville accablent celui-ci de charges, l'obligent entre autres à faire le guet, ce qui l'empêche, dit-elle, de « vaquer à mes atïaires ». Cette lettre n'est pas datée, mais on a des raisons de croire qu'elle est des environs de 1467. Ce Jehan Colombe était-il parent de Michel? était-ce son frère '? Nous reviendrons sur cette question un peu plus loin, ainsi que sur les miniatures qu'on lui a attribuées récemment^. Est-ce lui qui avait enluminé le manuscrit en question? L'avait-il simplement commandé à ce Pierre Fabri, pour son frère Michel. Tout cela est possible, mais rien ne saurait être affirmé à coup sûr.

Le passage de Michel Colombe à Bourges est donc à peine plus certain que son voyage à Dijon ; il est plus vraisemblable peut-être et il ne serait guère moins important si l'on avait la certitude qu'il ait pu voir dans cette ville le tombeau exécuté par Jean de Cambray, Bobillet et Mosselinann, ainsi que les sculptures de l'Hôtel de Jacques Cœur et bien d'autres encore, mais nous ne sommes pas encore ici sur un terrain tout à fait solide, et c'est avec l'exécution du bas-relief de Saint-Michel-en-l'IIerm, vers 1473, que commence seulement l'histoire non hypothétique de la carrière de Michel Colombe.

On ne peut affirmer cependant très nettement encore que Michel Colombe fût dès cette époque installé à Tours. En effet, si nous nous reportons aux textes, nous verrons que nous n'avons connaissance de ce monument commandé

1. Cf. Cabinet historique, 1856, p. 124. La lettre est datée d'Amboise.

2. Il n'est pas mentionné dans les ])artages de succession que nous possédons. Quant à Jeanne Colombe, c'est sans doute la sœur du sculpteur qui épousa plus tard Jean de Pomniyers, huissier du roi, et qui fut la mère de Marie de Ponimijers, seconde femme de Guillaume Regnault.

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