‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 187 sur 305 · Cf. plus loin, chap. XI · texte numérisé non relu

Cf. plus loin, chap. XI

par Louis XI que grâce à un documenl publié par Benjamin Fillon\ qui l'emprunte à un hislorien de la fin du xvii'' siècle, René Moreau, officiai de Luçon. Ce sont des notes sur l'abbaye de Saint-Micliel-en-rHerm que celuici extrayait lui-même d'une supplique de l'abbé Jacques de Billy, adressée à Cbarles IX après le pillage des protestants, en 1569. Après avoir fait le récit d'un accident de cbasse arrivé en 1473 au roi Louis XI et de son salut obtenu grâce aux oraisons du prieur, il relatait les dons et fondations faites par le roi reconnaissant, et signalait en particulier « un relief d\ilbâfre où étuii figuré V archange saint Michel à cheval qui perçait de sa lance un sanglier furieux à côté d'un roi disant ses prières ». Ce bas-relief avait été brisé en morceaux en 1569, « et ce fut grand dommage^ ajoutait-il, car c était un ouvrage de maistre Michel de Tours », mais remarquons bien que ces renseignements datent au plus tôt de la fin du xvi^ siècle, que la réputation de Colombe avait grandi singulièrement, et que son nom pouvait à ce moment s'accoler naturellement à celui de la ville où il avait passé la partie la jjIus brillante de sa carrière, sans que ce soit une raison pour affirmer ni qu'il y était né, ni même qu'il y habitait dès 1473.

La mention néanmoins est à relever, et raltriljulion , bien qu'elle ne soit enregistrée que cent ans après l'exécution du monument, peut être considérée comme exacte ; elle nous intéresse particulièrement puisqu'elle nous montre Michel Colombe chargé dès cette époque d'une sorte de commande officielle ; il est extrêmement fâcheux seulement que l'œuvre ne nous ait pas été conservée-.

Ce devait être une sorte de bas-relief j^ittoresque comme celui que l'auteur exécutera tout à fait à la fin de sa carrière pour l'autel de Gaillon^. Nous verrons justement aussi dans ce dernier un personnage à cheval transperçant

\. Cf. B. Fillon, Lettres écrites de Vendée à M. de Montaiglon, Paris, 18G1, p. 16-18, et Poitou et Vendée, tirage à part, p. 1-3.

2. L'abbaye de Saint-Michel-en-l'IIerm (Benj. Fillon, Poitou et Vendée, t. II), près de Luçon, s'élevait sur une éminence rocheuse au-dessus d'une plaine d'où la mer s'est retirée aujourd'hui, mais dans une position qui a pu rappeler autrefois celle du Mont-Saint-Michel. Les quelques bâtiments qui subsistent ont subi des restaurations très sérieuses, peut-être une reconstruction totale après les guerres de religion. Ils sont d'un style gotliiijue qui indique, pour une partie tout au moins, cette date tardive.

L'église du pays vient d'être refaite complètement, on y voyait un autel en marbre où le P. Ingold, auteur d'une notice sur Saint-Michel, parue dans les Paysages et monuments du Poitou, de Robuchon, avait cru pouvoir insinuer que certains fragments du monument de Louis XI avaient dû être utilisés. C'est un simple autel Louis XV, et malgré nos recherches, nous n'avons rien trouvé à Saint-Michel-en-l'IIerm (jui pût nous rappeler le monument qui nous intéresse.

3. M. B. Fillon {Lettres ;i M. de Montaiglon, p. 17) a publié un jeton représentant sur une face un saint Micliel tuant le dragon, qu'il suppose avoir été frappé à l'occasion du même événement; mais cette représentation ne peut guère nous renseigner sur le modèle possible de l'œuvre de Colombe.

LA VIK KT LA CARKIKRE DE MICHEL COLOMBE

de sa lance une bêle furieuse à côté d'un autre personnage à genoux. La comparaison eût élé bien instruclive, et nous eût permis de voir si le talent de l'auteur avait évolué, s'il s'était transformé complètement ou s'il était resté fidèle à son principe premier.

On donne d'ordinaire ' la commande de Sainl-Micliel-en-l'IIerm comme la première qui ait mis Colombe en rapport avec le roi Louis XI, et cependant, il vrai dire, nous ne connaissons que la date de l'événement qui l'a occasionnée. Il en est une autre qui fut à peu près simultanée et pour laquelle nous avons celte fois, un texte contemporain. C'est un extrait d'un compte de Jean Briçonnel, receveur général des finances, daté de 1474 : le voici :

A Michnu Colombe^ tailleur dimage et Jehnn Fouquet, peintre à Tours, vingt-deux livres, scnvoir : nu dit Colombe, treize livres quinze sols pour avoir taillé en pierre un petit pa tron en forme de tombe qu'il a fait du commandement du lioy, et à sa pourtraicture et semblance, pour sur ce avoir avis à la tombe c/ue le roy ordonnera être faicte pour sa sépulture - .

Celle commande, soldée en 1474, avait-elle suivi ou précédé celle de Saint- Michel-en-l'Herm? Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'elles sont en relations étroites l'une avec l'autre et prouvent la faveur dont notre artiste commençait à jouir dès ce moment.

Nous remarquons, d'autre part, que Fouquet seul est désigné dans le compte comme étant de Tours, et que nous n'avons pas encore ici la preuve certaine que Micliel Colombe fut fixé dans cette ville. La collaboration des deux grands artistes, en tous cas, est à noter, et il est bien fàclieux que le roi ait changé d'avis et que leur projet n'ait pas été exécuté; on sait en elfet que le tombeau de Louis XI ne fut commencé qu'en 1482, par Conrad de Cologne et Laurent Wrine^. Il comportait cette fois une statue priante en bronze. Le projet Colombe-Fouquet était-il de même type? nous n'en savons absolument rien

Quelques années plus lard, en 1480, nous avons connaissance d'un autre projet de tombeau exécuté par Michel Colombe en collaboration avec un peintre de Tours ; l'acte que nous possédons est contresigné par des notaires

1. Cf. Grandmaison, Doc. inâd., p. 192; Tours arcliâol., p. 180.

2. Manusc. Gaignièros, n" 772, p. 615. — De Laborde, La Ren. des artu à In cour de France, I, p. 159. — Grandmaison, Doc. inéd., p. 192, et Tours archéol., p. 180.

3. M"'" Dupont, Méin. de Comniines, t. III, p. 339-3i4; Magasin pittoresque, 184."», p. 303-304.

4. Palustre dans sa notice sur Micliel Colombe et M ral)bé Bossebœuf dans son livre sur Amboise (chap. sur M. Colombe) négligent absolument ce projet de sépulture de Louis XI. Pourquoi? Le texte ne nous paraît nullement suspect, et la constatation du fait est d'une importance capitale.

lournngeuux le 14 septembre 1480, et enregistré de nouveau, par manière de vidimus, sous le sceau royal le 21 novembre 1484. Ces divers détails viennent encore à Tappui de la supposition que notre artiste était dès cette date établi dans cette ville; mais le texte, remarquons-le, n'en dit encore rien. C'est simplement un reçu signé de Snlurnin François^ maître peintre de Tours, « tant en son nom privé que ès nom de M.iistre Michiel, le tailleur d'imaic/es, absent^ pour les patrons en nalural de la sépulture de Révérend père Monsieur Louis de Rohault, évêque de Maillezais^ ».

On a beaucoup torturé ce texte pourtant très simple et qui s'explique parfaitement loi'squ'on connaît le précédent et ceux qui concernent les projets de tombeaux de Brou. M. l'abbé Bossebœuf parle* (( des figures au naturel » que les héritiers voulaient faire placer sur le tombeau, et Palustre^ affirme que, devançant Paganino et son tombeau de Charles VIII*, Michel Colombe s'engageait à faire un monument en terre cuite relevée de couleurs, ce que prouverait la présence du peintre Saturnin François. Or, il s'agit ici tout uniment d'une maquette : « patrons en natural » ne veut pas dire davantage; cette maquette peut être soit en pierre comme celle du Louis XI, soit en terre cuite comme celle de Philibert le Beau. Suivant un usage tout à fait courant, Michel Colombe la fait agrémenter de couleurs par Saturnin François ; Fouquet avait peint de même celle de Louis XI, et François Colombe peindra celle de Philibert le Beau. Cela ne préjuge en rien de l'exécution du monument définitif qui pouvait être en pierre, en marbre ou en albâtre ; polychrome ou non, il n"y a aucune l'aison de le supposer en terre cuite, ce qui n'est nullement dans les habitudes françaises

Le projet du tombeau de Louis de Bohault eut-il même plus de bonheur que celui de Louis XI, et fut-il exécuté? M. de Grandmaison prétend que c'est probable, tandis que Palustre se demande pourquoi les choses ne dépassèrent jamais l'exéculion d'un simple modèle. La vérité, c'est que le seul texte que nous possédions ne nous dit pas plus l'un que l'autre, et que le projet put très

1. B. Fillon, Doc. relnlifa :i M. (l., p. 3. — M. de Grandmaison (Tours archéoL, p. 180) donne la date de 1475, et Giraudet [Arlisles tourangeaux, p. 81) celle de 1482. Nous ne nous expliquons pas ces diflerences.

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