‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 199 sur 305 · Comptes de Gaillon, p · texte numérisé non relu

Comptes de Gaillon, p

Saint-Georges^ tailler et graver sur ledit marbre^ par certiffication de Patris Binet du XXV^ jour de février huit, pour cecy IIM. K

Dans quelles conditions Michel Colombe avait-il exécuté ce travail? Les comptes nous rapprennent aussi si nous les interrogeons avec soin. Michel Colombe, « fort ancien et pesant », comme écrira peu de temps après Jean Lemaire, ne quittait plus son atelier de Tours et on dut lui envoyer la table de marbre où l'on voulait faire sculpter le saint Georges. Ce fut un de ces marbriers italiens au service du cardinal d'Amboise, dont nous avons parlé plus haut, qui fut chargé du transport : Jérôme Pacherot, « masson ytalien », touche par mandement et quittance du 27 septembre 1508, la somme de dixsept livres sept sols et six deniers de reste, pour avoir (( mené de Gaillon à Tours /// tumhe de marbre ^)~. Un autre compte '^ du mois de mars 1508 est un peu plus explicite : il mentionne la provision de cinquante livres qu'on lui avait fournie; et ajoute ceci : « pour la table où sera le Saint-Georges en la chapelle''. » Le saint Georges fut donc exécuté à Tours pendant Tautomne de 1508 et l'hiver de 1508-1509. Il n'y a aucune raison de supposer que Michel Colombe se soit rendu lui-même à Gaillon pour mettre son œuvre en place, ni que le paiement lui en ait été fait directement : même plus jeune, c'est à Tours qu'il avait taillé les marbres du tombeau de Nantes et c'est Perréal qui nous dit s'être chargé de leur mise en place. Remarquons de plus ici cette mention insérée dans le compte de paiement : « par certification de Patris Binet ». Ce Patris Binet était une sorte de contrôleur royal et comme d' <( inspecteur des beaux-arts » qui avait surveillé l'exécution du tombeau du duc François II et aussi celle du tombeau des enfants de Charles VIII. Il vint sans doute encore, pour le compte du premier ministre cette fois, avant le retour du marbre à Gaillon, s'assurer que l'ouvrage était bien et loyalement fait.

Ici encore, il ne faut donc pas rendre Michel Colombe responsable de la qualité de l'entourage de son œuvre. Ce n'est pas lui qui a voulu le décor à l'italienne ; on peut presque dire qu'il l'a ignoré. Il nous apparaît encore

1. L'abbé Blanquart [La chapelle de Gaillon et les fresques de Solario, Bull. Soc. amis des arts de l'Eure, p. 119) suppose qu'en 1510, à la mort du cardinal, le bas-relief n'était pas encore terminé et que Michel Colombe n'avait reçu qu'un acompte. Rien ne nous avertit par ailleurs de la date de la mise en place du bas-relief, mais ce paiement de février 1509 (n. s.), si l'on réfléchit au prix payé à Gaillon même pour d'autres œuvres (297 livres à Antoine Juste pour 12 statues), parait l)icn être plus qu'un acompte.

Page 1