Cf. C. Port, Dict. histor.de Maine-et-Loire, III, 681-G
Blois, dans le style le plus brillant et le plus fleuri du moment'. L'architecture de Blois peut nous donner quelque idée de ce qu'était celle du Verger, où le plan général était du reste bien plus complet et plus régulier. Dans les deux édifices on avait utilisé ces combinaisons de briques avec des chaînages de pierre, ces fenêtres et ces lucarnes finement ciselées, qui sont parmi les conceptions les plus séduisantes et les plus brillantes qu'il soit
possible de rencontrer en architecture, et telles que nous ne pouvons guère songer là-devant à un art qui n'aurait plus qu'à mourir.
A la même époque, en dehors d'Amboise, du Verger, de Blois, c'est le Logis du roi qui s'élève à Loches^ se pare et s'enrichit à quelque distance du formidable et austère donjon des xi'' et xn'' siècles. C'est Ussé qui commence à s'élever pour Jacques d'Epinay, chambellan de Charles VIII ^ avec ses tourelles et ses lucarnes, son aspect robuste encore comme celui de Chaumont, mais plus élégant et plus gracieux.
Mais ce n'est pas seulement dans les somptueuses maisons royales et princières que ce style gothique renouvelé de la fin du xv*' siècle nous apparaît avec toute sa valeur. Il peut, et c'est une preuve de sa fécondité et de son harmonieuse souplesse, s'appliquer aussi bien à des créations plus modestes, à de petits manoirs comme celui du Clos-Lucé, près d'Amboise, qui avait été
d. Colin Byai-d sera appelé plus tard à Bourges en consultation après l'accident de la cathédrale en lb06. (Cf. Girardot, Artistes de Bourges, p. 20.) Dans le texte qui constate ce fait il est simplement fait mention qu'il avait été « appelé » par le maréchal de Gié. La similitude de style est telle cependant qu'il parait bien avoir fait au Verger plus qu'une simple visite.
2. Cf. abbé Chevallier, Guide du voyageur en Touraine, p. 245.
Clii lir Moreuu.
Le Clos-Lucé.
VITALITÉ DE l'aRT FRANÇAIS A LA FIN DU XV*' SIÈCLE
bâti vers 1490, par Etienne le Loup, maître d'hôtel de Louis XI, qui fut acheté parla couronne et servit plus tard de résidence à Léonard de Vinci comme celui du Sauvage bâti également aux portes d'Amboise pour le contrôleur de l'argenterie de Charles YIII, celui de Pocé^ près d'Amboise, celui de Baigneux à Sepmes, celui du Coudray-Montbault, près d'Angers, beaucoup d'autres encore dans la vallée de la Loire qui présentent tous ce caractère riant et simple et ce même charme d'intimité. Le château du Moulin, non loin de Blois, construit partie avant et partie après l'expédition d'Italie, est le plus caractéristique peutêtre de tous. Il est encore entouré de fossés et de murs en briques : mais cet appareil guerrier n'a rien de terrible et n'est plus qu'un agrément. Le grand bâtiment d'habitation, avec sa tourelle et sa petite chapelle d'une élégance parfaite, est avant tout une jolie maison de plaisance, aimable et accueillante ~.
On verrait aussi s'affirmer, avant et après 1495, les qualités nouvelles de cette architecture civile, agréable et claire, robuste et élégante, dans des constructions plus utilitaires comme les bâtiments de la Bibliothèque du chapitre de la cathédrale, au cloître Sainf-Gatien de Toutes bâtie vers 1460, aux frais du chanoine Raoul Segaler'^, dans le beffroi municipal d'Amboise, commencé en 1493^, et dans quelques maisons qui, malgré les
1. Cf. Montaiglon, Béun. des Soc. des B.-A. des dép., 1893, p. 784-3.
2. Au nord d'Angers, les Rohan, châtelains du Verger, possédaient un autre château qui subsiste en grande partie, celui de Mortier-Crolle, qui dut toujours être ce qu'il est maintenant, une vaste ferme au centre d'un grand domaine rural. D'architecture plus simple, moins luxueuse que ne l'était le Verger, il est construit dans ce même style dont il nous montre justement la variété et les ressources d'adaptation.
3. Cf. Mém. Soc. archéol. Tour., t. XVII, p. 66; Grandmaison, Tours arcliéol., p. 145-146.
4. Cf. A. Gabeau, Le beffroi municipal d'Amboise, Tours, 1897, in-8°.
Clichr More.iii Tours. — Cloître Saint-Gatien (partie gothique).
transformations et les mutilations subies, peuvent encore nous donner une idée de ce qu'étaient les logis des bourgeois de la ville de Tours au xv° siècle, alors que « le bel entretien de ses rues et l'ampleur de ses habitations » faisaient l'admiration du voyageur italien Francesco Florio Le type essentiel de ces constructions peu ambitieuses est la charmante petite m;iisoii en brique et pierre dite de Tristan, bien qu'elle n'ait jamais appartenu au
Clichr Ildiixrez.
Liiynes. — Maison de la fin du xv' siècle.
grand prévôt de Louis XL M. de Grandmaison en attribue la construction à Pierre Du Puy qui en était propriétaire en 1495 * ; elle est tout à fait simple et harmonieuse.
On trouverait encore à noter, à Tours, malgré des réfections totales ou partielles, les restes de Yhôlel de Jean de Beaune^ le père du financier, Y hôtel de Maillé qui possède un escalier à tourelle et de belles fenêtres; une maison du xv*^ siècle de la rue Bretonneau, refaite en grande partie; Vhôtel Gouin commencé dès le milieu du xv^ siècle par Jean de Xaincoings, surintendant des finances de Charles VU, très remanié plus tard; enfin, plusieurs maisons à pignons et à pans de bois, assez bien conservées, qui nous montrent des architectures plus modestes encore, mais avec un peu plus de