Oxford, VIII, 1G3. — Calque. Bib. Nat. Pc 1, h, fol
sait même, il y a peu de temps encore, l'œuvre conservée ; mais, la chapelle ayant été transformée, la sépulture avait été cachée par une boiserie et était devenue invisible. Palustre ^ obtint en 1883 le déplacement de cette boiserie et reconnut que la tradition était erronée et que rien ou à peu près ne subsistait de l'œuvre de Colombe. Derrière la boiserie, on retrouva bien une statue d'évêque, mais il y avait eu substitution à un moment quelconque, et ce n'était évidemment pas celle qu'avait sculptée Colombe et dessinée Gaignières ^.
Rien ne subsiste donc de cette œuvre ; il est très probable en effet que Colombe s'était borné à l'exécution de la statue et n'était pas responsable ici non plus de la qualité de l'entourage. La décoration de cet enfeu est extrêmement différente, du reste, de celle du tombeau de François II et, quoi qu'on en ait dit^, le travail en est très sommaire et très médiocre : ce sont des arabesques lourdement exécutées dans une espèce de granit par des imitateurs locaux des « tailleurs de maçonnerie antique » qui avaient décoré le tombeau des Carmes.
Nous avons encore en 1511 une mention relative à Michel Colombe, et cette mention, si elle ne nous révèle pas une œuvre nouvelle de l'artiste, nous montre au moins la considération dont il jouissait et le rang qu'il tenait à Tours. En 1510-1511, sous l'administration de Jacques de Beaune, de grands travaux de canalisation furent entrepris par la municipalité, et plusieurs fontaines furent élevées, dont la plus belle était celle édifiée devant l'hôtel même du financier, la fontaine du Carroir de Beaune. On sait, par les extraits des registres publiés par MAI. Salmon et Ch. de Grandmaison que l'honneur d'avoir construit et décoré ce charmant édicule, aujourd'hui déplacé, mais en grande partie intact, revient aux frères Bastien et Martin François. Les comptes sont très détaillés et nous renseignent sur leurs différents collaborateurs, dont pas un, notons-le, n'est italien. Michel Colombe ne figure nulle part sur ces comptes comme ayant touché quelque somme pour un pourtraict ou un patron quelconque. Mais, tout à la fin des comptes, on voit
1. Cf. Michel Colombe, lac. cit.; Ren. en France, III, 84, et Mém. Soc. Antiquaires, 1883, p. 140.
2. Palustre, malgré son style apparent, prétendit que cette statue était postérieure à Colombe et représentait un évêque, nommé François Hamon, mort en 1532, dont le tombeau se trouvait, avant la Révolution, dans une autre partie de la cathédrale. D'après le caractère de la sculpture, il nous paraît bien difficile, pour nous, de ne pas y voir une statue du xiv*^ ou du xv" siècle, analogue par exemple au Guillaume de Chanac du Louvre.
3. M. Muntz {Ren. Ch. VIII, p. 466) la trouve supérieure à celle de la fontaine de Beaune, et M. l'abbé Bossebœuf la rapproche des pilastres de Solesmes. Il y a là pour nous trois styles absolument différents.
4. Mém. Soc. archéol. Tour., t. IV, 1851, p. 42, et Grandmaison, Doc. incd., p. 204.
LA VIE ET LA CARRIÈRE DE MICHEL COLOMBE
figurer les frais de la réunion de plusieurs commissions dont l'une se rendit sur les lieux où l'on recueillait l'eau, l'autre se réunit à Tours pour délibérer de l'assiette des tuyaux pour les fontaines Saint-Hilaire et Foire-le-Roy ' , et aussi pour examiner le tabernacle de marbre, la croix et les images, les ferrures et dorures de la fontaine de Beaune. Ces commissions se terminaient toujours par des dîners. Or, parmi les personnages convoqués avec le maire et les commissaires spéciaux, nous trouvons Michel Colombe^ à côté de Pierre de Valence^ le fontainier, de Ferry Ilu/el, le fondeur canonnier, des François^ et de l'architecte Guillaume BesnouarcI, etc. La j)lupart de ces commissaires avaient collaboré aux travaux en cours; et l'on a supposé que Michel Colombe y avait peut-être pris quelque part lui aussi, en fournissant par exemple les dessins de la grande fontaine Mais cela n'est nullement indiqué par les textes. Donna-t-il quelques conseils à ces François, maîtres maçons qui collaboraient parfois avec lui, et dont l'un au moins était de sa famille ? Cela est possible, mais nous ne pouvons l'affirmer. Il n'est pas du reste le seul qui assiste à ces délibérations et n'ait pas participé aux travaux. Guillaume Besnouard, l'architecle de Jacques de Beaune, est dans le même cas. C'est une sorte de réunion d'experts à laquelle on les convoque pour examiner un travail en cours.
Tombeau de Brou.
La dernière grande entreprise dans laquelle nous voyons Michel Colombe s'engager, c'est celle du tombeau de Philibert le Beau, duc de Savoie.
Nous n'avons pas ici l'intention de raconter dans le détail l'histoire des projets de Marguerite d'Autriche pour sa nécropole de Brou, et en particulier pour le mausolée de son mari. En voici seulement les faits principaux. Le duc était mort en 1504. Dès 1505, de vastes projets s'échafaudent, et, en 1506, une première pierre est posée solennellement, Perréal est gratifié d'une pension et Jean Lemaire désigné comme contrôleur des édifices de Brou. Mais, pendant six ou sept ans, Marguerite perd son temps en interminables négociations, menées à distance avec ses agents et les artistes qu'ils engagent. Vaniteux, intrigants, besogneux et bavards, véritables courtisans gens de lettres, artistes amateurs, tantôt s'appuyant, tantôt se jalousant l'un l'autre, Perréal et Jean Lemaire paraissent incapables d'obtenir une décision ferme
1. La fontaine de la place Foire-le-Roy ne fut élevée qu'en 1562 par l'un des Juste.
2. Cf. Giraudet, Ilisl. de la ville de Tours, II, 76. M. l'abbé Bossebœuf {Amboise, 2o0) affirme qu'il avait reçu un salaire pour sa coopération : il avait assisté au dîner, c'est tout ce que les textes nous disent.
de leur protectrice capricieuse et artiste elle-même, incapables surtout d'engager définitivement une œuvre quelconque.
En 1512, on en est encore à des projets, lorsque Lemaire et Perréal tombent en disgrâce Tun après l'autre : on appelle alors le Flamand Louis van Doghem qui va concevoir et réaliser, en moins de vingt ans, l'église et les tombeaux, sans compter le jubé, les retables et les stalles du chœur. Il sera, du reste, aidé par des imagiers divers, les uns d'origine suisse, mais d'éducation flamande, comme Conrad Meyt et son frère Thomas^ les autres, d'origine italienne, comme Vamhelli ei Campifoglio ; d'autres enfin, ouvriers locaux comme Terrasson, l'auteur des stalles, qui était Bressan.
Nous avons déjà signalé ' ce prodigieux et luxuriant ensemble, dernière efïlorescence du style gothique, mais d'un style compliqué et torturé, qui n'a presque plus rien de commun avec le style français. Nous n'aurons à nous occuper ici de cette partie effective des travaux de Brou que pour nous demander dans quelle mesure les ouvriers de la dernière heure ont pu tenir compte des projets élaborés par leurs devanciers. L'époque des tâtonnements seule nous intéresse. Pour éclairer celle-ci, du reste, les documents écrits, les lettres et les mémoires exposant des intentions et des sentiments ne feraient pas défaut. Dans la prolixe correspondance de Perréal et de Jean Lemaire, les personnalités artistiques qui, d'ordinaire, s'efTacent presque entièrement, s'étalent sans réserve. Mais nous nous contenterons de retracer sommairement l'histoire de ces monuments qui n'existèrent jamais que sur le papier, et de montrer surtout le rôle que joua notre Michel Colombe dans cette affaire ^.
En août 1509, Perréal, qui revient de son second voyage d'Italie, annonce qu'il a reçu de Jean Lemaire des instructions concernant les trois sépultures à élever dans l'église de Brou, et qu'il va, avec tous les souvenirs dont il est plein, composer « un Irossé bouquet » dont il célèbre, par avance, la beauté Il annonce déjà l'intention de faire travailler « un bon ouvrier et excellent disciple du nommé Michel Coulomb, homme de bon esprit, et qui besogne