‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 209 sur 305 · I. — LA MÉDAILLE DE LOUIS XII · texte numérisé non relu

I. — LA MÉDAILLE DE LOUIS XII

Pour la médaille ofTerte à Louis XII lors de son entrée à Tours, en l'an 1500, on a voulu tout récemment* attribuer l'honneur d'en avoir fourni le pourtraict ou dessin à Perréal comme il avait fourni ceux des médailles de l'entrée à Lyon par exemple ; Michel Colombe n'aurait été payé que pour le patron^ c'est-à-dire le modèle en relief exécuté par l'orfèvre Chapillon. La distinction d'abord est bien subtile, et rien ne l'autorise dans les textes assez nombreux que nous possédons ; nous ne trouvons de plus dans ces documents aucune allusion à cette intervention de Perréal : il nous paraît donc plus que superflu d'introduire encore ici cet encombrant personnage, d'autant que le style de la médaille et les qualités personnelles qui s'y font jour ne peuvent en aucune façon la rapprocher de celles de Lyon dont Perréal, nous le savons, avait fourni les dessins.

Il est certain cependant que, dicté ou non par Perréal, un programme s'imposa à l'esprit de l'artiste, qui n'était pas dans la pure tradition [française-. Les premières médailles frappées en France au milieu du xv^ siècle en l'honneur de l'expulsion des Anglais nous montrent des figures de roi trônant ou à cheval, à peu près selon le type des anciens sceaux français. La première pièce, qui porte une effigie de profil, celle du cardinal de Bourbon (1486), est postérieure à l'arrivée en France des médailleurs italiens, tels que les Laurana, les Pietro cla Milano, les Nicolo Spinelli, etc., et le type en est bien certainement emprunté à leurs productions. Il en est de même dans la médaille de Charles VIII de 1494, il en est de même ici encore.

Mais dans l'exécution de ces différentes pièces et surtout de celle qui nous

1. Cf. Adrien Blanchet, Communication au Congrès d'hisloire de Vnrl comparée de 1900.

2. La légende Ludovic XII francorum Bex, mediolani dux, vicfor, Iriumphator, semper auguslus, respire aussi un parfum d'humanisme italien assez prononcé.

l'œuvre de MICHEL COLOMBE

intéresse ici, il n'y a plus rien, de l'aveu des spécialistes et même des plus fervents admirateurs de l'Italie, qui sente l'influence italienne. Le fait est bien caractéristique : voici un homme que l'on représente comme tout pénétré par l'esprit italien ; il est chargé d'exécuter une médaille d'après un programme qui est italien, il a à sa disposition des modèles italiens. Or, il va fermer complètement les yeux sur ces modèles et faire œuvre personnelle et française non seulement dans sa façon de traiter l'effigie, mais dans la composition du revers, la forme et la disposition des lettres, la finesse du grènetis, la légèreté des globules qui séparent les mots, maintenant dans tout ceci

Médaille de Louis XII par Michel Colombe. (D'après l'original en or conservé au Cabinet des Médailles.)

les habitudes traditionnelles et reproduisant un peu l'aspect de ces belles médailles françaises du xv*^ siècle que nous rappelions tout à l'heure et qui sont d'un modelé très simple, d'une finesse admirable et d'un si grand caractère décoratif, où l'on relève enfin une influence de l'art flamand bien plutôt que de l'art italien K

Dans cette médaille, l'effigie surtout est un chef-d'œuvre d'un réalisme impitoyable et pénétrant, et paraît d'une laideur fort ressemblante. Elle est exécutée d'un trait décisif et simplifié, qui n'a rien de commun avec la facture par grandes masses, chère aux Italiens et adoptée par certains orfèvres de Lyon sous leur influence. La physionomie y est analysée avec une netteté vigoureuse. Les accessoires sont d'un réalisme minutieux. C'est déjà la finesse précise des grands médailleurs français et il n'est peut-être pas trop hasardé de dire que Colombe se montre ici le véritable ancêtre de notre (iuillaume Dupré. Comme sens iconique, comme vigueur de portrait, cela est peut-être même plus pénétrant que les figures de François II et de sa femme au tom-

1. Cf. Dauban, art. cil. — De la Tour, Bull. Soc. des antiq., 1898, p. 108-110. — II faut remarquer, du reste, au point de vue de la technique employée, que toutes ces médailles françaises sont frappées, tandis que les médailles italiennes sont coulées.

beau de Nantes, et plus proche de l'art de Solesmes, ou de l'art naturaliste du xv^ siècle. Nous regrettons amèrement devant cette effigie de ne point connaître le portrait de Louis XI exécuté quelques années auparavant.

Enfin, les qualités que l'on remarque ici sont assurément les qualités d'un sculpteur qui a conçu et modelé lui-même son œuvre : elles nous éloignent singulièrement de celle du Charles VIII dessiné par Perréal et exécuté par les orfèvres de Lyon ; beaucoup plus simple de modelé, celui-ci n'a ni ce relief ni cette vigueur d'accent qui nous frappent surtout dans le Louis XII '.

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