Cf. Rouillet, Michel Colombe, p
l'œuvre de MICHEL COLOMBE
par des revêtements de terre cuite, comme on l'a écrit par erreur, mais par des applications de marbres rouges décorés de rinceaux, de caissons et de médaillons. Dans le registre inférieur, les pleurants, taillés dans un marbre ou porpbyre vert foncé, s'enlèvent sur le fond blanc de leurs nicbes, rebaussés et égayés seulement par cpielques parties qui sont traitées en marbre blanc, comme les pieds, les mains et les livres de prières. Ils nous apparaissent de cette façon infiniment plus robustes, plus puissants, mieux à leur place que dans le moulage dont les tons clairs les font paraître un peu grêles et mesquins.
Quant aux statues elles-mêmes, elles n'ont jamais dû recevoir de polycbromie. Perréal ne nous en parle pas et il n'est question dans son mémoire que de quelques dorures appliquées par lui, et du reste disparues aujourd'bui. De plus, lorsqu'il entreprend lui-même de peindre la maquette du tombeau de Philibert le Beau, au défaut de François Colombe, il annonce simplement, remarquons-le, qu'il va blanchir ces figurines de terre cuite, sans doute pour leur donner l'aspect des marbres définitifs.
Ici et là, cependant, éclatent certains rehauts de polychromie naturelle : ce sont de petites mouchetures noires obtenues par incrustation et destinées à représenter les queues de l'hermine, soit dans le manteau du duc et de la duchesse, soit dans le surcot de la Justice ; c'est même là un procédé familier à Michel Colombe et à ses élèves, hérité de certains imagiers ou tombiers gothiques des xiv*' et xv*' siècles ^ ; nous le retrouverons plusieurs fois encore appliqué dans d'autres œuvres du même atelier. Les pièces héraldiques du blason, soit dans les écus, soit au collier de la levrette de la duchesse, s'enlèvent également en noir sur blanc. Enfin, sur la marche qui supporte le tombeau, des ornements en mosaïque blanche et noire représentent, dans les enlacements indéfinis d'une cordelière , des hermines couronnées alternant avec le chiffre du duc.
Où Perréal avait-il donc puisé les différents éléments qu'il fit entrer dans la composition de ce monument? C'est là une question assez complexe : Perréal est le type de l'artiste de transition et son œuvre est essentiellement composite.
D'une part, nous savons qu'avant de travailler pour la reine Anne, Perréal avait, comme on dit, appartenu au duc de Bourbon. Il avait travaillé sans doute à Moulins et avait sûrement connu les tombeaux de Souvigny ; il pouvait aussi avoir vu ceux de Dijon. La reine, pour laquelle il
1. Il avait été employé notamment par Jean de Cambi'ai dans sa statue du duc de Berry à Bourges.
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travaillait en ce moment, avait également séjourné à Moulins : peu favorable aux nouveautés elle devait désirer pour sa famille un lombeau de Ijpe traditionnel. Perréal resta donc en principe fidèle à la vieille donnée française, celle des gisants, couchés côte à côte, les mains jointes, revêtus de leur costume d'apparat avec des animaux héraldiques pour soutenir leurs pieds, et des angelots pour couronner leurs têtes. Il garda aussi le cortège des pleurants comme à Dijon, comme à Bourges, comme à Souvigny, comme à Malicorne.
Mais nous savons, d'autre pari, que notre Perréal avait fait à la suite de Louis XII le voyage d'Italie ; il avait assisté à la conquête du Milanais et avait certainement rapporté des documents : c'est lui qui s'en vante lorsque Marguerite d'Autriche l'engage à faire la sépulture de son époux : « Tay reviré, dit-il', mes pour Iriiiclures au moins des choses anticques que jay vu ès parties d Italie, pour faire de toutes belles fleurs un trossé bouquet » Il est vrai qu'à ce moment il vient de faire un second séjour, et
beaucoup plus long, par-delà les monts, mais dès 1501-1502 il y avait passé une première fois et devait en avoir rapporté quelques souvenirs.
Ainsi, séduit par cette idée qu'aient appliquée presque en même temps les ouvriers italiens qui travaillaient pour Louis XII, les Michèle d'Aria et les Girolamo Viscardo, auteurs du tombeau des Célestins de Paris, il disposa autour du tombeau la série des douze apôtres, ce que n'avait encore jamais fait aucun artiste français et ce qui allait devenir au moins pour un temps une sorte de thème classique Quant à son idée des Vertus, elle paraît bien aussi avoir été empruntée à l'Italie où ce genre de figures était employé très fréquemment, et depuis longtemps, dans la décoration des monuments funéraires ; nous y reviendrons tout à l'heure en étudiant ces Vertus dans le détail et en recherchant dans quelle mesure Michel Colombe y adopta ou y transforma les types italiens. Enfin, suivant la tendance générale du moment telle que nous l'avons exposée plus haut, Perréal voulut que toute la décoration du monument fût à la mode nouvelle. Or, il avait justement sous la main des ouvriers italiens, peut-être ce Jérôme de Fiesole qui avait surveillé l'apport des marbres de Gênes et qui, à un moment donné, avait dû exécuter toute la sépulture ; il sut les employer selon leurs capacités réelles : c'est eux qui furent chargés de sculpter tous ces pilastres à arabesques, ces moulures à l'antique, ces frises et ces entablements où l'on trouve d'excellents morceaux d'une délicatesse charmante, mais sur lesquels nous n'avons pas à revenir ici^, puisqu'ils furent exécutés par des ouvriers spéciaux, sur l'indication de Perréal et tout à fait en dehors de notre Michel Colombe.