‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 216 sur 305 · Cf. plus haut, chap. VI, p · texte numérisé non relu

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l'oeuvre de MICHEL COLOMBE 387

Jusqu'ici nous avons parlé assez peu de cet artiste que l'on considère pourtant d'ordinaire comme l'auteur principal du tombeau. C'est qu'en effet Perréal est, pour nous, seul responsable du programme qui, cette fois encore, fut imposé à l'atelier des sculpteurs et suivant lequel celui-ci exécuta les dilférents morceaux que nous allons analyser successivement.

Le chef de cet atelier, Michel Colombe, n'était pas allé en Italie comme Perréal, remarquons-le bien ; de plus il appartenait à une génération qui s'était formée et développée sous Louis XI et sous Charles ^'III, dans un milieu tout gothique oii parvenaient à peine quelques menus et peu efïicaces messagers de l'art italien. Lorsqu'on lui commanda des morceaux de type traditionnel, il les exécuta loyalement, en y apportant toutes les qualités que son éducation gothique lui avait inculquées et toutes celles que le génie de son temps et le sien propre avaient pu y ajouter dans le sens de la modération et de la douceur. Lorsqu'on lui imposa au contraire une donnée que les imagiers gothiques ses maîtres avaient ignorée, il l'accepta en bon ouvrier qu'il était ; mais il fît ce que nous lui avons vu faire pour le saint Georges et pour la médaille de Louis XII : il transforma cette donnée étrangère en lui appliquant son propre tempérament ; il lui imposa à son tour son esprit gothique et parvint à réaliser, sur un thème étranger qu'il n'avait pas choisi, une création vraiment nationale et personnelle.

Les gisants.

Les deux figures essentielles de la sépulture, le duc et la duchesse, représentés dans l'attitude traditionnelle des gisants du moyen âge, couchés et les mains jointes, dérivent naturellement de cette lignée de sculptures funéraires que nous avons vues se prolonger à travers tout le xv^ siècle, tantôt parées des amples et luxueuses draperies bourguignonnes, tantôt plus simples et un peu plus sèches, à Bueil, par exemple. Ici, nous restons dans une juste mesure. Les grands manteaux d'apparat sont encore très largement étoffés ; ils n'ont cependant ni ces plis profondément creusés, ni ces chutes tumultueuses et un peu arbitraires sur les pieds que l'on trouve à Souvigny, par exemple, dans les figures de Jacques Morel. Le costume, moins largement traité, est d'une précision et d'une exactitude scrupuleuses, témoin les incrustations de marbre noir figurant les queues de l'hermine sur la pèlerine du duc et sur les revers de son manteau, ainsi que sur le surcot de la duchesse, témoin les mitaines que porte la duchesse et qui sont fermées par une rangée de petits boutons, tous détaillés avec une précision minutieuse. Il en est de même pour les orfèvreries des couronnes, pour la coiffe garnie de perles de

la duchesse, etc. On retrouve même, sur le sommet de la tête du duc, à rintérieur de sa couronne, ses cheveux finement indiqués, partagés par une raie médiane absolument comme dans le Charles Y du Flamand Beauneveu.

Les deux têtes reposent sur des coussins d'étoffe à grands ramages reproduisant sans doute, comme à Solesmes, ces riches étoffes, ces draps de soie brochés d'or que l'on fabriquait à Tours depuis Louis XL

Tombeau de François II de Bretagne. — Détail des gisants. (Marbre.)

Quant aux physionomies même de ces gisants, elles n'ont pas cet accent énergique et cette brutalité que l'on rencontre dans les impitoyables portraits bourguignons. « Les visages des morls, écrivait Courajod, à propos de ces statues, sont doux, enveloppés et légèrement tristes, il y a une nuance de sentiment moral qui n'est pas l'idéalisation de la forme, mais qui en tempère la reproduction par trop crue. » D'autres ont interprété diversement ce calme et cette douceur. On a dit à propos du duc * « qu'il paraissait médiocrement tourmenté des fièvres de l'intelligence » et de la duchesse* « que sa sérénité faisait penser à l'éternité du bonheur dans une autre vie ». Ces deux inter-

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