‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 218 sur 305 · Cf. M. Raymond, Sculpf. florentine, III, p · texte numérisé non relu

Cf. M. Raymond, Sculpf. florentine, III, p

3. Armoiries de Vart de la Soie à Or San Michèle, M. Reymond, oui', cit., p. 200.

l'œuvre de MICHEL COLOMBE 391

ries à Fanlique, collantes et convenlionnelles, et il s'en souvient ici même. Autour de lui , dès le milieu du xv^ siècle , les anges , même funéraires , de Rossellino ou de Benedetto da Majano, deviennent de purs Eros païens qui posent et gesticulent. Celui de Bologne est une exception ; encore est-il vêtu d'une longue robe largement décolletée, qui n'a que bien peu de rapport avec les petites robes d'enfants de chœur, fermées et montantes, des angelots de Nantes.

Ceux-ci sont de purs produits de l'art chrétien sans aucun mélange de paganisme', et si à première vue ils rappellent légèrement le chef-d'œuvre de

Tonilîeau de François II de Bretagne. — Les angelots. (Marbre.)

Bologne, c'est une simple rencontre; il suffit, pour saisir leur véritable parenté, de regarder nos angelots gothiques, ceux des tombeaux de Dijon ou de Bueil, celui du Lude, ou même ceux de Memling, de Quentin Metsys et de Gérard David -. Ce sont même, avec les anges qui dans le triptyque de Moulins entourent la "S'ierge glorieuse^, les spécimens les plus caractéristiques peutêtre de cet art spécial que nous avons vu se former pendant toute la fin du

1. Si nos angelots ont les pieds nus, c'est qu'il était de règle de représenter ainsi les anges comme les apôtres dans l'iconographie chrétienne.

2. Celui, par exemple, qui, vêtu d'une grande chape brochée, assiste au Baptême du Christ du Musée de Bruges.

3. Ce rapprochement n'est du reste nullement une raison d'attribuer ce triptyque à Pcrrcal, comme a voulu le faire M. de Maulde. Est- il de lui ? c'est possible ; mais jusqu'à ce qu'un document irréfutable nous permette de rapprocher son nom de cette œuvre, ou jusqu'à ce (ju'un tableau authentique de Perréal nous apprenne comment peignait cet artiste, nous croyons qu'il convient de laisser anonyme le chef-d'œuvre de Moulins. — ■ Cf. plus haut, p. 300, fig.

xv^ siècle, et qui se compose par moitié crun adoucissement du style francoflamand du xiv'' et du siècle et de la réapparition logique d'éléments très profondément nationaux, qui ramènent doucement l'art français vers le caractère qui avait jadis été le sien à la plus belle époque de son histoire.

Courajod indiquait très justement en effet que l'on sentait dans ces figures d'anges de Michel Colombe comme un retour vers le sentiment de l'art du xiii^ siècle français. La noblesse, légèrement idéalisée de leurs traits, les gestes attentifs et modérés avec lesquels ils soulèvent ces coussins mortuaires, en fixant sur les défunts des regards attendris, nous rappellent, un peu et de très loin, les précautions infinies avec lesquelles les anges du portail de la Vierge de Notre-Dame de Paris déposent la mère du Christ dans son tombeau. C'est un art d'une noblesse moins grandiose évidemment, un art qui recherche davantage le gracieux et le joli ; mais il possède une harmonie, une pureté et une puissance d'expression presque égale.

Les pleurants.

Il y a peu de chose à dire des pleurants, que certains s'obstinent encore ici, nous ne savons pourquoi, à appeler des moines * ; leur présence dans les niches rondes du registre inférieur est simplement l'une des manifestations du caractère traditionnel de la sépulture ; mais ce n'est pas une preuve de l'influence et de l'imitation directes des tombeaux de Dijon. Il y a, dans le cours du xv^ siècle, bien d'autres tombeaux à pleurants, qui ont pu être comme les anneaux de la chaîne traditionnelle. Il faut penser à ceux de Bourges et de Souvigny, à celui, un peu plus tardif, de Malicorne ~. Nous en connaissons encore un autre au Coudray-Monthault (Maine-et-Loire) qui, bien que datant du plein xvi^ siècle, présente cependant quatre pleurants encapuchonnés accroupis dans des niches^. Remarquons de plus que cette idée vient très probablement de Perréal et ne saurait rien prouver en ce qui concerne les rapports de Michel Colombe avec les maîtres de Dijon.

Quant à l'exécution de ces figurines elle est assez large et leur aspect est assez robuste, grâce surtout à la matière dont la couleur sombre donne à leur silhouette plus de fermeté et d'accent. Les personnages portent le costume de deuil habituel : la grande cape à capuchon rabattu. Quelques-uns tiennent

\. Lami, Diclionn. des sculpteurs, p. 136.

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