Cf. plus haut, chap. IV, p
3. A l'église de Saint-Janvrin, dans le Berry, nous avons noté aussi, dans un enfeu, un basrelief très grossier et très tardif qui représente encore six personnages encapuchonnés dans des niches et qui doit se rapporter au môme type.
L'œUVRE DE MICHEL COLOMBE 393
des livres et des patenôtres; certains prient ou lisent, d'autres semblent tourner leurs regards en haut vers le lit funèbre. En général, ils sont un peu plus mouvementés que ceux de la belle époque gothique, on sent que l'artiste a été obligé de contourner leurs attitudes pour les faire entrer dans ces niches de forme insolite : il leur manque aussi quelque peu de cette belle
Tombeau de François II de Bretagne. — Les pleurants.
ampleur, de cette assiette puissante, qui donnait tant de saveur aux pleurants de Dijon,
Les Apôtres.
Quant aux douze figures d'apôtres et aux quatre figures de saints, elles sont peut-être de style un peu plus avancé que celles que nous avons pu étudier jusqu'ici. Nous ne croyons pas néanmoins qu'il faille les retirer à l'atelier de Colombe, pour les donner à celui de Jérôme de Fiesole. Nous en avons comme une preuve accessoire dans la façon presque maladroite dont elles s'ajustent dans leurs niches, certaines entamant de la tête les moulures supérieures. Les statuettes et les niches paraissent bien avoir été exécutées à part les unes des autres.
Par certains caractères, leur aspect de statues appliques, par exemple, ou l'élancement de leurs proportions, ces apôtres nous font songer aux figures que disposera Regnault un peu plus tard sur le monument des Poncher et que nous étudierons tout à l'heure. Mais ce sont bien encore, malgré tout, des
œuvres françaises. Presque tous ont ce manteau ramené par-devant, si fréquent à cette époque, et formant des plis souples, laineux, sans exagérations, sans cassures arbitraires comme sans procédés conventionnels destinés à faire sentir le nu sous le vêtement. Les gestes, quoiqu'ils tendent à s'accentuer, sont encore assez mesurés ; quelques têtes sont banales et quelques-unes se contournent légèrement, mais les expressions généralement calmes n'ont pas
ces emportements et cette énergie factice des apôtres italiens des tombeaux des ducs d'Orléans ou de Louis Xn. On y sent des habitudes d'école et un style traditionnel encore , mais aussi une légère teinture d'esprit étranger. On soupçonne ici l'intervention de quelque collaborateur ou de quelque élève du maître qui aurait pu connaître certains modèles italiens, et n'aurait pas su s'en détacher suffisamment.
Parmi les statuettes de saints : la petite sainte Marguerite est une figure gracieuse et habile qui est bien dans la tradition française comme iconographie et comme style ; elle se rattache par exemple au type de la sainte Marguerite du retable de Saint-Sauveur à Aix. Mais, tout en participant des qualités que nous avons définies à propos des angelots et que nous retrouverons dans les Vertus, elle est d'une grâce un peu moutonnière et fade. Le saint François est également insignifiant. Quant au saint Louis, il ne paraît pas que l'artiste se soit préoccupé, ainsi qu'on le faisait généralement, de le représenter à la ressemblance du roi régnant ; c'est une bonne figure mais sans grand accent et manquant un peu d'énergie. Il faut remarquer enfin la forme de la cuirasse que le sculpteur a donné au saint Charlemagne ; elle est très fantaisiste et assez semblable à celle des soldats de Solesmes, à celle qu'avait dû modeler Colombe pour le Turnus de 1500 ou à celle de la Force sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure.
Tombeau de François 11 ilc Bretagne. — Un apolre.
l'oeuvre de MICHEL COLOMBE
Les Vertus.
Les quatre figures des Vertus sont certainement les morceaux les plus originaux de cet ensemble et ceux qui le distinguent essentiellement des tombeaux qui, chez nous au moins, l'avaient précédé.
Le sens de ces figures allégoriques, pour un esprit moderne, paraît bien clair : ce sont les qualités morales du défunt, que l'on prétend honorer par ces symboles parlants de ses plus hautes vertus', et l'on sait quel parti un sculpteur contemporain, M. Paul Dubois, a pu tirer de cette idée pour le monument du général Lamoricière L'idée du reste avait fait son chemin dans l'intervalle et bien des auteurs de monuments funéraires s'en étaient inspirés, principalement au cours du xvi*^ et du xvii*^ siècle. Mais à l'époque où nous sommes placés, elle était chez nous toute nouvelle ou à peu près ^
C'est Perréal, nous l'avons vu, qui dut concevoir cette idée et qui nous paraît bien l'avoir rapportée d'Italie. Il va imposer ce thème italien à un tailleur d'images français, qui, livré à lui seul, eût probablement repris simplement une fois de plus le type traditionnel du tombeau à gisants et à pleurants.
Ce thème des Vertus s'était constitué au xni^ siècle dans l'art gothique^. Mais tandis que la série en était restée assez variable chez nous comme nombre, comme ordre et comme attributs, elle s'était fixée de bonne heure en Italie, et s'était limitée soit aux trois Vertus théologales : Fo«, Espérance^ Charité^ soit plus souvent peut-être encore aux quatre Vertus cardinales :