Cf. Palustre, Ren. en France, III
2. Celui-ci fait, aujourd'hui, pendant, dans le transept de la cathédrale de Nantes, au monument qui nous occupe.
3. Il y a bien le tombeau de Charles VIII qui comprenait déjà un certain nombre de figures disposées autour du soubassement dans des niches rondes; mais, d'après les gravures et dessins que nous en avons, si ce sont bien des Vertus, elles ne paraissent avoir été que très vaguement caractérisées. De plus, si nous connaissons le nom de l'auteur du tombeau, Paganino, nous ignorons absor lument la date exacte de l'exécution du monument qui peut très bien être simplement contemporaine de celle du tombeau de Nantes.
4. Cf. E. Mâle, Vart religieux du XIII" siècle en France, 1898, p. 142-175. Chacune des Vertus chrétiennes était figurée sous les espèces d'une femme drapée dans une attitude noble et pensive, et portant quelque attribut qui pût la faire reconnaître. Mais chez nous la hiérarchie des Vertus, fixée par saint Thomas d'Aquin, qui n'avait fait du reste que reprendre et codifier tous les symboles et les divisions psychologiques de saint Augustin, de saint Ambroise, de Cicéron même et de Boèce, n'avait pas été toujours très exactement suivie par les artistes. A Notre-Dame de Paris, à Chartres, à Amiens, à Reims, au portail et dans les vitraux, nous trouvons des séries de Vertus où la fantaisie de l'imagier et du librettiste qui le guide se joue un peu à travers toutes les ressources de l'imagerie sacrée.
Prudence^ Jus/ice, Force, Tempérance. Elle s'était de plus appliquée de bonne heure à l'ornementation des monuments funéraires'.
Quant à la façon de caractériser ces vertus, elle paraît à peu près arrêtée avec Orcagna et son tabernacle d'Or San Michèle dès le milieu du xiv^ siècle-. La Justice porte l'épée et la balance et ne variera jamais. L'attribut essentiel de hv Prudence est le serpent; il s'y ajoute parfois un ou plusieurs livres, plus tard un miroir. Presque dès l'origine également, par une idée analogue à celle de Dante qui avait donné trois yeux à sa Prudence, les imagiers donnèrent deux visages à cette Vertu ^. La Tempérance remet quelquefois son épée au fourreau, mais le plus souvent elle tient deux vases et paraît mélanger l'eau et le vin : c'est l'élémentaire symbole de la sobriété. Enfin la Force a les attributs de Samson ; elle est armée du bouclier et de la massue ; parfois elle a la peau de lion sur la tête et un disque figurant le monde dans les mains; d'autres fois enfin, et ce sera son attribut définitif, en Italie du moins, elle porte la colonne entière ou brisée.
Très lourdes à l'origine, ces figures acquièrent parfois une grâce charmante : bientôt vont apparaître les créations admirables d'Andréa Pisano à la porte du Baptistère de Florence, puis tant d'autres, au cours du xv^ siècle, qu'il serait impossible de les énumérer toutes. Citons-en seulement quelquesunes qui, par elles-mêmes ou par les imitations qui en furent faites, purent peut-être frapper les yeux et séduire l'imagination d'un Perréal descendant en Italie : ainsi celles de Jacopo délia Quercia à la Fonte Gaia de Sienne ; celles de Luca délia Robbia à la voûte de la chapelle de San-Miniato qui contient le tombeau du cardinal de Portugal^, de Simone Ferrucci au temple des Mala-
1. Dès le xiii'^ et le xiv« siècle, on trouve non seulement des représentations de Vertus comme celles peintes par Giotto à l'Arena de Padoue, ou sculptées par Giovanni Pisano à la chaire de la cathédrale de Pise (Charité, Justice, Prudence), mais on rencontre déjà la série complète des quatre Vertus cardinales servant de supports, de cariatides dans la composition de quelques monuments funéraires, comme au tombeau de saint Augustin à Pavie, par Bonino da Campione,o\i au tombeau de saint Pierre martyr a San-Eustorgio de Milan, par Balduccio de Pise, ou bien encore au tombeau de Francesco et Simone dei Pazzi à Florence.
Les quatre Vertus cariatides qui se trouvent au Musée du Louvre sont peut-être même un peu antérieures [Cat. se. mod., n° 284). Courajod les attribuait au xiii'= siècle; elles sont très lourdes et très gauches, mais elles appartiennent évidemment au type qui nous intéresse et devaient entrer également dans la composition de quelque monument funéraire.
2. Les Vertus sont rangées, dans ce monument, dans un ordre tout à fait hiérarchique qui suit exactement le texte de saint Thomas. A côté de chacune des Vertus cardinales on voit figurer la série des Vertus dérivées ou accessoires : Obéissance, Humilité, Virginité, etc.
3. Primitivement on lui en avait même donné trois. C'est Giotto qui avait créé vraisemblablement le type qui prévalut par la suite et qui n'en comportait plus que deux, un visage de jeune femme doublé d'un visage de vieillard barbu au lieu de trois visages de femmes d'âges différents.
4. Il y a deux médaillons d'une série semblable au Musée de Cluny : une Tempérance avec deux vases, une Justice avec un glaive et une balance.
l'œuvre de MICHEL COLOMBE
testa à Rimini. Au baptistère Saint-Jean de Florence^ Donatello avait choisi le thème des trois Vertus théologales dans son bas-relief du tombeau du pape Jean XXIII, mais il les avait représentées debout, presque en cariatides, de même que dans son monument des Brancacci à Naples. L'habitude cependant était plutôt, en Italie, de représenter les Vertus assises, trônant majestueusement : telles sont celles du pavé de la cathédrale de Sienne, celles de Verrochio pour le tombeau de Francesca Tornabuoni^ , de Benedelto da Majano pour la chaire de Santa Croce de Florence, celles enfin de Pollajuolo pour les admirables tombeaux des papes Sixte IV et Innocent VIII. Entourées dans le premier des Vertus théologales et des Arts libéraux, seules dans le second, ces allégories paraissent avoir atteint ici leur forme définitive et leur summum de beauté plastique. Leurs attributs sont ceux que nous avons indiqués plus haut : le glaive et la balance pour la Justice, les deux vases pour la Tempérance, le serpent et le miroir pour la Prudence, la colonne pour la Force. Elles sont épanouies dans leurs radieuse beauté, animées de gestes nobles, expressifs, un peu théâtraux peut-être ; on y sent vivre tout l'amour de la Renaissance italienne pour la beauté des corps nus, ou à peine voilés par de légères et souples draperies. Ce sont ces créations toutes récentes, lorsque les Français descendirent en Italie, qui durent les frapper surtout et s'imposer à leur admiration.
A défaut du reste des grands monuments, les manuscrits, les livres, les gravures se chargeaient de répandre le type des Vertus à l'italienne et pouvaient même le faire connaître à ceux qui, comme Colombe, n'avaient sans doute pas fait le voyage d'Italie. Une série de gravures italiennes de la fin du siècle, qui est connue sous le nom de Jeu de cartes d'Italie ~, nous montre, au milieu de représentations des différentes conditions sociales, des Muses, des Dieux de l'antiquité, des Arts libéraux, etc., une série de figures de Vertus ; elles ont exactement les attributs que nous venons de décrire pour celles de Pollajuolo et, sans atteindre la même ampleur de style, elles présentent à peu près les mêmes caractères conventionnels dans la draperie, élégants dans les proportions, dramatiques et légèrement contournés dans les attitudes. Nous avons là un spécimen très curieux de ces documents qui purent être rapportés par les gens tels que Perréal qui avaient suivi les expéditions, documents qui purent circuler dans les ateliers et fournir des thèmes en attendant qu'ils imposassent un style nouveau.