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3. La quatrième a sans doute disparu. Ici cependant, outre le style de la miniature, le choix
l'cEUVRE de MICHEL COLOMBE
Enfin, exemple plus significatif encore, un manuscrit de la Bibliothèque de Tours', relatant les Droits de Louis XI sur la Bourgogne , nous montre, dans la miniature initiale, le roi sur son trône, avec Théritière du Téméraire debout devant lui ; un héraut fait savoir à celle-ci qu'elle n'a aucun droit sur les provinces de Bourgogne, ^ et quatre figures de femmes entourent le roi, qui, d'après les attributs qu'elles portent, d'après leurs noms inscrits sur des écussons, ne sont autre chose que des Vertus.
On y reconnaît la Justice avec son glaive et sa balance, la Raison (autre forme de la Prudence) avec son miroir, la Droiture avec une équerre de charpentier, et, sur le devant, une petite figure de femme drapée , le visage entouré d'une guimpe, tenant un livre ; c'est la Vérité.
Celle-ci , surtout , est d'une grâce et d'une finesse délicieuse. Son attitude est simple et modeste , son expression calme et souriante.
Or, la miniature à encadrement gothique est de pur style français, et les figures n'ont aucun rapport ni dans leur ajustement, ni dans leur maintien avec celles d'outremonts. Si donc, les Vertus de Michel Colombe ont des ascendants italiens qu'il faut bien admettre, si Perréal paraît surtout avoir emprunté aux Italiens l'habitude d'adapter ce thème à la décoration des
même des accessoires nous fait penser à une origine italienne, de même que les gestes grandiloquents et le type même des figures. — Cab. des Estampes, Kh 24.
1. Catalogue Dorange, p. 461. — Catalogue G. Collon, p. 760, n" 1047, prov. de Marmoutier,
La Prudence.
D'après une f-ravure du Jeu de caries d'Ilalie. (Fin du .\v« siècle.)
monuments funéraires, il ne faudra pas oublier non plus ces figures fran- .çaises dont celles de Colombe vont se rapprocher singulièrement comme esprit et comme style.
En admettant même qu'ils en aient emprunté l'idée première aux tombeaux italiens, Perréal et Colombe n'allaient pas accepter, sans modification, ce thème des Vertus cardinales. A Nantes, la Justice portera bien, comme en Italie, le livre, la balance, l'épée nue ; de même, la Prudence aura deux visages, un miroir rond, un serpent à ses pieds. Mais des changements vont s'introduire dans les deux autres. La Tempérance -porierR dans ses mains une horloge ' et un mors avec sa bride au lieu des deux vases que lui avaient couramment donnés les Italiens. Quant à la Force, armée et casquée, au lieu de sa colonne, elle tiendra une tour, sorte de donjon crénelé, d'où elle arrache violemment un dragon qui se débat. Ni à Rome, ni à Florence, ni à Milan, ni à Côme (porte sud de la cathédrale) nous ne connaissons rien de semblable. D'où venaient donc ici ces motifs nouveaux? Était-ce de l'imagination féconde de Perréal? N'était-ce pas plutôt de quelque thème familier à l art franco-flamand? Nous les retrouvons, en effet, dans les admirables tapisseries exécutées à la fin du xv® siècle par les ateliers de Bruxelles, où ces thèmes allégoriques reparaissent très souvent ; ainsi dans l'une de celles qui passèrent dans les collections espagnoles et qui représentent l'histoire des Vices et des Vertus^. La Tempérance y porte également une horloge, dont le modèle n'est pas très loin de celle de Nantes, et la Force tient dans ses mains un dragon vaincu
A partir de ce moment, ce sont ces types iconographiques des Vertus cardinales qui vont se répéter partout où dominera l'influence française, à Rouen j^ar exemple, dans le tombeau des cardinaux d'Amboise, tandis que les thèmes purement italiens reparaîtront au tombeau de Louis XII, sous la main des frères Juste, et prévaudront définitivement à celui d'Henri II et dans les monuments de la pure Renaissance classique.
\. Didron (Iconographie des Vertus cardinales, Annales archéologiques, t. XXVI) critique cet attribut, qui en fait plutôt, dit-il, une Modération.
2. Catalogue sommaire des objets d'art exposés nu pavillon royal d'Espagne en i900, n° 35. On ne peut, en général, fixer la date précise de la fabrication de ces tapisseries; mais on y remarque d'ordinaire une persistance notable de certaines habitudes de stylo, de certains types ou de certains thèmes beaucoup plus anciens que l'œuvre elle-même.
3. Les ouvriers italiens, les tarsiatori qui décoraient, à Gaillon, les dossiers des stalles de la chapelle, aujourd'hui en partie à Saint-Denis, et y figuraient en marqueterie des Vertus assises, donnèrent à celles-ci les attributs caractéristiques des productions flamandes : le mors pour la Tempérance, la tour et le dragon pour la Force. Mais ces gens, sans doute, n'étaient que des manœuvres et on leur imposa quelque thème, quelque pourlraict, dont l'idée était empruntée aux usages du pays où ils travaillaient. C'est l'inverse de ce qui se produisait pour Michel Colombe.
L œUVRE DE MICHEL COLOMBE
Mais cette différence iconographique n'est pas la seule, ce n'est même pas la différence essentielle qui sépare les Vertus de Michel Colombe des Vertus italiennes. Il nous faut maintenant examiner comment Michel Colombe a réalisé et fait sien ce thème qui lui était imposé du dehors avec des détails plus ou moins arrêtés. C'est là que nous allons le voir réussir à demeurer original et français : car
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ni dans l'expression des figures, ni dans l'arrangement des costumes, ni dans la disposition des accessoires, il ne paraît se préoccuper des modèles dont nous venons de parler. Si nous comparons ses quatre figures avec n'imj)orte laquelle des séries antérieures, nous pourrons certainement trouver le type iconographique, non le type plastique auquel elles se rattachent. Soit que nous prenions, pour cette comjsaraison, les grands monuments exécutés en Italie et que Michel Colombe n'avait probablement pas vus, soit que nous prenions la série des gravures dont nous parlions tout à l'heure, et qu'il aurait pu avoir entre les mains, la divergence des styles n'éclate pas moins. Ce sont les élèves de Colombe, ceux qui n'auront ni son tempérament puissant, ni sa forte éducation gothique, qui se laisseront toucher par ces grâces compliquées, par ces élégances raffinées de mouvements et d'attitudes de la fin du quattrocento italien, par ces partis pris de costumes conventionnels et déjà à demi antiques. Ce sont de purs Italiens comme les Juste, lesquels n'ont rien de commun avec l'école de Michel Colombe, qui produiront, pour la première fois chez nous, ces Vertus poncives, aux gestes théâtraux, au profil régularisé
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Fig'ures de ^'e^tus franvaises.
(Miniature initiale des Droits de Louis XI sur la Bourgogne.) (Bibliothèque de Tours.)
P. ViTRv. — Michel Colombe et la sculpture française.
el impersonnel que nous trouvons à Saint-Denis ; de dix ou vingt ans seulement postérieures aux figures de Nantes, ces dernières en sont presque aussi loin qu'une académie de Canova ou de Bosio peut Têtre d'une statue de Chartres ou de Reims.
C'est la vérité contemporaine que le maître tourangeau va consulter directement, et c'est en la traduisant, avec son tempérament spécial, sa vision propre de la nature, qu'il va réaliser le thème proposé. C'est une aberration que de parler de la Minerve antique à propos de la Prudence de Michel Colombe, sous prétexte qu'elles ont toutes deux un serpent à leurs pieds ^ Il n'y a pas d'autres rapports entre elles que la présence fortuite de cet accessoire.
Où donc Colombe a-t-il pris ses modèles ? On a exagéré dans un autre sens lorsqu'on a prétendu reconnaître dans ces Vertus le pur type de la race bretonne ^, d'aucuns ont même dit celtique ou kimry, et c'est là un bien faible argument pour prouver l'origine bretonne de Michel Colombe. Célibataire, fixé depuis quelque trente ans sur la Loire, et travaillant, même pour ce monument destiné à la vieille capitale bretonne, dans son atelier de Tours, le vieux sculpteur n'aurait pu en tous cas évoquer que des souvenirs bien lointains des types de son pays d'origine. On a parlé également d'une ressemblance de la figure de la Justice avec la reine Anne. Il y a certains traits, en effet, dans cette figure, qui sont d'une individualité très accusée, l'épaississement de la paupière inférieure, par exemple, les grosses lèvres et la forme du menton que l'on retrouve dans les portraits même les plus réalistes de la reine, le petit panneau peint de la Bibliothèque nationale, par exemple ; mais la figure est en tous cas très idéalisée et ramenée à une sorte de type.
Nous serions, pour notre compte, bien plus disposés dans l'ensemble, et sans vouloir entrer dans de vaines discussions ethnographiques ou iconographiques, à reconnaître en général ici le type tourangeau. Ce front bombé, ces yeux en amande, ce nez rond, ce petit menton que l'on observe dans presque toutes les visages, mais surtout dans celui de la Prudence, ce sont aussi les traits caractéristiques de bien des figures de Fouquet; nous les avons relevés déjà dans quelques statuettes tourangelles de la fin duxv^ siècle. Nous les retrouverons encore dans les œuvres de la suite du maître. Plus serré comme observation chez Fouquet qui est moins dégagé du pur naturalisme du xv^ siècle, ce type tend naturellement à s'adoucir, à s'édulcorer, à devenir vraiment un type. Nous avons déjà constaté, chez un certain