Cf. plus loin,chap. X, fig
4. Bib. nat. Fr. 14363. Cf. P. Durrieu, Un chef-d'œuvre de la miniature française sous Chartes VIII, Paris, 1894.
Saint-André d'Apclion, dans le Roannais, ceux de Téglise Saint-Étienne à Beauvais, etc. Quelques habitudes de style, quelques principes nouveaux de dessin empruntés aux habitudes italiennes, pénètrent dans ces productions postérieures à 1495. Mais ce sont justement des ferments de morl, non pas de rénovation qui s'introduisent ainsi, et le triomphe de Tart classique amènera plus tard la disparition du vitrail français.
Ce sont là du reste toutes questions très complexes ; ce sont des enquêtes très longues et très minutieuses qu'il faudrait se résoudre à aborder dans le détail avant de porter des jugements sommaires sur « l'épuisement » et la « stagnation » de notre art français antérieur à la Renaissance. Pour nous, comme nous l'avons indiqué dans notice Introduction, c'est l'école de sculpture qui fleurit à cette époque que nous comptons étudier ici. Après avoir examiné rapidement les caractères et les monuments principaux de l'architecture, après avoir constaté la vitalité de cet art essentiel, nous n'avons voulu que jeter un coup d'œil sur les domaines voisins du nôtre : ce coup d'oeil nous a suffi pour pressentir que l'école dont nous allons nous occuper n'a pas été un fait isolé et unique dans l'histoire de l'art français de la fin du xv'^ siècle et du commencement du xvi'' siècle.
Dans notre région de la Loire, et en Touraine en particulier, fleurissent, autour de notre Michel Colombe, toute une pléiade de maîtres orfèvres, tapissiers, miniaturistes, vitrailleurs, etc., dont les noms ainsi que l'activité nous sont révélés par les nombreux documents mis au jour par les érudits tourangeaux et surtout par M. Charles de Grandmaison dans son excellent recueil des Documents inédits pour servir à V histoire des arts en Touraine. Malheureusement dans ces domaines particuliers, comme dans celui dont nous allons aborder l'étude, bien des pertes ont été éprouvées, à jamais déplorables, et ce n'est que par de trop rares spécimens que nous pouvons juger de la valeur de ces différents arts. Il serait d'autant plus nécessaire d'entreprendre un groupement méthodique de ces épaves précieuses, comme nous allons essayer de le faire en ce qui concerne la sculpture,
LA SCULPTURE DÉCORATIVE
La sculpture décorative , plus intimement liée que toute autre partie de l'art avec l'architecture, nous servira comme de transition pour passer à l'étude de la grande sculpture.
Nous avons noté parmi les traits caractéristiques de l'architecture de la deuxième moitié du xv^ siècle le goût pour les formes de plus en plus
LA SCULPTURE DÉCORATIVE
découpées, ajourées et refouillées. Les ligues de la décoraliou s'eulaceut et se pénètrent les unes les autres, les gorges des moulures se creusent, les arêtes se font plus aiguës. C'est dans les meneaux des fenêtres dites flamboyantes que se remarque surtout cette transformation, ainsi que dans ces tympans ajourés dont Tagencement nouveau va renouveler l'aspect des portails d'églises.
Presque toujours, en effet, dans l'architecture antérieure^, au-dessus de la double porte divisée par le trumeau, le tympan offrait aux imagiers un vaste champ pour sculpter quelque grande composition. C'est à cette place que les artistes du xiii'' siècle avaient exécuté nombre de leurs pages les plus grandioses : ce tympan va se transformer maintenant en une verrière aux meneaux compliqués. Les compositions sculptées traditionnelles seront divisées en petits groupes et reportées dans les voussures, et la place restera libre pour l'ornemaniste qui couvrira les meneaux de cette espèce de rose d'une décoration brillante de guirlandes délicates ou de crochets puissants ; il laissera place seulement parfois, vers le milieu, sur un culot très orné, pour une statue ou pour un groupe qui s'enlèvera au milieu de ce flamboiement de nervures.
C'est ce qui se passe au portail occidental de la cathédrale de Tours, décoré vers 1486-88 et aussi à celui de Nantes, exactement contemporain-, ainsi que dans presque toutes les églises de la fin du xv*' siècle que nous avons citées : à Notre-Dame-la-Uiche et aux Carmes de Tours, à la Villeaux-Dames , à Sainte-Catherine-de-Fierbois , à Saint-Epain , à Nouàtre, à Marcilly, à V Isle-Bouchard , dans les églises de Vendôme également et dans le portail de la chapelle du Champdé à Chàfeaudun, etc. ; plus tard même encore à Thouars, à Saint-Marc-la-Lande, et dans bon nombre d'églises et de chapelles du xvi'^ siècle où le portail, prolongé par la fenêtre supérieure, s'abrite sous une espèce de porche haut et étroit.
Le luxe croissant de la décoration se fait sentir également dans l'ornementation des nervures et des clefs de voûtes, surchargeant et compliquant souvent à plaisir ces organes essentiels de l'architecture gothique. La chapelle du château de Ternay en présente un joli spécimen sur lequel nous reviendrons ; mais en général nous ne trouvons guère dans la région de la Loire ^ de ces exagérations folles qui transforment la voûte d'un édifice en un
\ . Sauf dans certaines églises de Champagne, à Reims en particulier.
2. Martin Cambiches, un peu plus lard (1S06), dut adopter à Troyes la même disposition mais les restaurations modernes ne nous permettent plus d'en juger.
3. A Thouars, cependant, la chapelle du château renferme dans la dernière chapelle du bas côté droit une clef de voûte formant lanterne extrêmement ouvragée.
amas d'inquiétantes stalactites, comme on le constate si souvent dans le Nord ou en Normandie, h Morfagne, à Verneuil, à Tillières^ ou à Maignelay .
Dans tous ces ornements architecturaux les arcatures brisées et trilobées jouent souvent un <^rand rôle, mais c'est le feuillage qui, brochant sur le tout, constitue presque toujours l'élément principal de la décoration. On sait
que, depuis le xiii® siècle, la décoration végétale imaginée par les artistes de l'Ile-de- France avait toujours été en se compliquant.
Après les plantes très simples, telles que l'arum, le plantain et l'acanthe, on avait pris le fraisier, la fougère et la vigne. On en est maintenant au chou frisé, à la chicorée, au chardon. Tantôt ce sont d'amples feuilles grasses et souples, d'un modelé vigoureux et puissant, tantôt au contraire des feuillages déchiquetés et régulièrement distribués formant une véritable dentelle gracieuse et légère. Les
deux manières coexistent, mais c'est la seconde qui tend à prévaloir dans la région de la Loire, et cela s'accorde parfaitement avec le caractère moins touffu, moins gras et plus nerveux que nous avons noté comme caractérisant l'architecture de cette région.
Il n'y a pas de plus bel exemple de la première manière que les crochets qui ornent le gable du portail nord de la cathédrale de Trot/es^, repris
Cliclir Moreau.
Tours. GaUiédrale. — Portail principal.
1. La décoration à Verneuil (ég. Notre-Dame) et à Tillières est composée de motifs à l'italienne, mais le principe d'ornementation est toujours le même. Cf. Palustre, Ben. en France, II, p. 210-213.
2. Cf. Courajod et Marcou, CaUl. Trocadéro, XIV^ et XV^ siècles, n» 696.
LA SCULPTURE DÉCORATIVE
en 1462-1468, et que certains chapiteaux du bas de la grande nef qui durent être exécutés au même moment. Les crochets des gables du portail occidental de la cathédrale de Tours sont analogues; mais, à vrai dire, ils ne valent pas ces admirables morceaux'. Ce qui est bien caractéristique ici, par exemple, ce sont les cordons de feuillage très découpés et très légers, qui courent un peu partout-, ceux surtout, plus naturalistes, qui ornent le revers du portail, autour des grands arcs brisés de chacune des trois portes
A Amboise, sur le bénitier de Sninl-Florendn comme sur le cul-de-lampe central du portail de la petite chapelle du château, les feuilles de vigne et de
Amljoise. Éylisc Saint-Florentin. — Bénitier.
chêne se découpent nerveusement avec des maigreurs irréelles et voulues qui sont d'un effet très décoratif. Il en est de même des feuillages très ajourés et précis (ce sont des chardons), que nous rencontrons au portail de Suiiile- Catherine-de-Fierhois . Au contraire, une porte dans le chœur de la même église nous offre des crochets de feuilles de choux très corsés et très puissants^.
Dans presque toutes les églises de la région datant du xv'' siècle, nous avons relevé des spécimens plus ou moins parfaits de ce genre de feuillages
1. Ils ont du reste pu être retouchés lors de la restauration.
2. Certaines parties de ces décorations de feuillage sont moulées au Musée de la Soc. archéol. de Touraine. Cf. Catalogue 1871, n« .334, 336, 337.
3. L'entrée de la sacristie nous présente aussi un tympan décoré dans ce même style précis et un peu sec; de même certains cliapiteaux du cloitre Saint-Catien. (Cette entrée a certainement été restaurée ; mais la sculpture, si elle est moderne, reproduit assez bien les modèles anciens. Nous n'en saurions dire autant des portails de Notre-Dame-la-Riche où on ne peut que noter l'abondance de la décoration, mais oii toute cette décoration a été refaite d'une façon très fantaisiste.)
4. A Toui's même, on pourrait encore noter au Musée de la Société archéologicjuc les débris provenant de Sainl-CAémcnt , les culs-de-lampes et les chapiteaux provenant des Cordeliers [Catal. iSl 4 , n°* 329, 330), un linteau provenant de l'ancienne église Saint-Pierre-le-Pueltiei', etc.
décoratifs. Nous ne saurions ici naturellement les énumérer tous. Notons cependant encore, à l'église Saint- Laon de Thouars, un enfeu qui renfermait, avant 1562, la sépulture de la reine Marguerite d'Ecosse et qui est orné d'admirables crochets de feuilles. Notons aussi comme extrême limite dans le déchiquetage la décoration du portail de l'église de Saint-MHrc-ln-Lande\ celle-ci est postérieure à l'année 1500, mais le principe décoratif reste identique. L'exécution y est même d'une préciosité extraordinaire et les décorations végétales des voussures forment de véritables guipures ; les dais, par-
fois contovirnés en spirale, sont également d une fragilité inquiétante ; l'ensemble garde néanmoins ime élégance incomparable, sans rien de la surcharge ni de l'exubérance un peu fatigantes des édifices flamands ou normands.
Cette ornementation végétale si fréquente dans les églises s'appliquait aussi bien aux monuments civils : témoin les encadrements de portes et de fenêtres de la maison de Tristan, à Tours ; témoin, à Blois^ une série de fragments décoratifs provenant d'anciennes maisons démolies et conservés dans la cour du château. On s'en servait pour enrichir non seulement les façades extérieures, mais les intérieurs des châteaux; témoin, les cheminées de Beaugency ou de Châteauduii. Les lucarnes (ÏAmhoise étaient aussi conçues dans ce style, mais le temps et les restaurations n'ont rien laissé subsister des sculptures originales : on ne trouve plus guère d'intact dans les bâtiments de Charles VIII que quelques clefs de voûte de la grande salle des gardes du château ,
LA SCULPTURE DÉCORATIVE
La fantaisie du décora leur ne se bornait pas aux motifs architecturaux ou véerélaux. L'oratoire d'Anne de Bretagne au château de Loches nous offre un exemple d'une invention très ingénieuse : k^s éléments essentiels d'une ornementation riche et gracieuse y sont fournis par l'hermine e-t la cordelière, emblèmes favoris de la reine. Très souvent aussi, on rencontre des figures d'animaux ou de monstres bizarres ; ainsi à Tours dans les culs-delampe de la sacristie de la cathédrale ou dans ceux de la bibliothèque du chapitre, dont l'un est orné de chauves-souris. La ligure humaine enfin venait souvent jouer un rôle important dans cette ornementation.
C'était encore là comme pour le feuillage , la suite d'une tradition très ancienne. Depuis les corbeaux et les modillons de l'époque romane, depuis les chapiteaux et les culots gothiques supportant la retombée des voûtes dans les cloîtres et les églises, bien des membres d'architecture s'étaient ornés au moyen âge de figures plus ou moins grimaçantes, plus ou moins réalistes, plus ou moins stylisées. Dans ce domaine spécial , comme dans l'ensemble de l'art, un esprit particulier se répandit avec le xv^ siècle : ce n'était pas positivement ici un retour à la nature que l'on n'avait guère jamais cessé de consulter, mais une tendance plus habituelle à une sorte d'observation familière et narquoise. C'est maintenant le temps où, sur les miséricordes des stalles, des huchiers français ou flamands vont représenter de ces petits personnages réalistes si curieux à étudier pour l'histoire des mœurs, de ces gens de métier, aux attitudes et aux occupations si variées. C'est le temps aussi où de l'observation on passera facilement à la satire, à la caricature, même à la gaudriole. M. Gaston Paris', dans ce parallèle que nous avons déjà indiqué entre la littérature et l'art du xv^ siècle,