‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 25 sur 305 · Ouv. cit., p · texte numérisé non relu

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ajoute, après le passage cité plus liant : « Il faudrait seulement, pour que Tarchi lecture de Charles VII et de Louis XI rappelât mieux encore la poésie de A'illon, d'Antoine de la Salle, des farces et de Coquillart, qu'elle fit une plus large part à l'élément grotesque, souvent joyeux, parfois cynique, toujours grimaçant, qui tient tant de place dans cette poésie. » Or, cette note existe aussi, quoiqu'en dise M. Paris, dans l'art de ce temps, elle n'y est peutêtre pas aussi dominante que dans la littérature, elle y est très sensible

cependant dans certains domaines de l'art, comme celui qui nous occupe en ce moment, et nous verrons même des morceaux inspirés de cet esprit comique et légèrement cynique , s'étaler en belle place sur des monuments de la fin de l'époque gothique.

La chapelle du château de Ternay (vers 1450) nous offre, sur ses nervures, une série de personnages en grand manteau , probablement les apôtres, qui ont encore l'ampleur des figures du xiv^ siècle ; cette grande allure va s'atténuer, et, lorsque l'on représentera Dieu le Père lui-même, on ne cherchera plus ni dignité ni majesté : on en fera une sorte de pape ou d'évêque paterne bénissant d'un geste quelconque. Témoin la clef de voûte provenant de Saint-Clément (\e Tours ^ aujourd'hui au Musée de la Société archéologique de Touraine. C'est un des exemples les plus complets de figure appliquée à la décoration que nous puissions citer à cette époque; il n'est pas, du reste, d'une valeur exceptionnelle'. Nous trouvons encore des clefs de voûte décorées de figures, à l'église Saint-Christophe à Suèvres, dont l'une avec une figure de saint Christophe et l'autre avec une Vierge portant l'Enfant.

1. On pourrait rapprocher le Dieu le Père de Tours de ceux de la Bénissons-Dieu et dWlençon sur lesquels nous reviendrons, de celui encore de la chapelle des Roches-Tranchelion, qui sont tous du reste des morceaux de sculpture un peu plus tardifs et d'une exécution supérieure. Il y a à l'église Saint-Jean-Baptiste de ChnlellerauU une chapelle sous un clocher dont la voùto est décorée à la clef d'une figure analogue à celle-ci, et aux quatre angles des symboles des évangélistes. Une autre se voit aussi à l'église de Mont (Loir-et-Cher).

Tours. Musée arclioolojiiquc.

Clef de voûte de Saint-Clément.

LA SCULPTURE DÉCORATIVE

Mais les figures qui remplissent le plus habituellement cette fonction décorative, ce sont les angelots. Il est à remarquer qu'ils suivent eux aussi le mouvement général de l'esprit du temps. Ceux du plein xv*' siècle sont bien loin de la gravité sereine et du sourire mystérieux des anges adolescents de Reims : ce sont de bons petits garçonnets, à l'air avenant, au sourire ingénu. Tels ces trois anges chanteurs, que nous montre un petit groupe du Musée du Louvre ', descendant du ciel, vêtus de longues robes et tenant en main la musique de leur cantique^. Tels ceux qui, sur un cul-de-lampe de l'église d'Ecouis en Normandie, lisent dans un grand livre ouvert et forment comme un bouquet de jeunes têtes. A Tours, nous pouvons noter certaines figures d'anges appliquées sur des culs-de-lampe dans la décoration intérieure du grand portail de la cathédrale^; on en trouve de même à l'église de Beaulieulès-Loches parmi les sculptures taillées dans les colonnes romanes de l'ancienne abbaye. Signalons enfin un petit groupe de figures du même genre qui se voit à l'église de Limeray et provient de l'abbaye de Fontaines-les-Blanches ^.

Tous ces angelots ont déjà un peu de cette grâce qui va s'accentuer de plus en plus jusqu'aux exquises figures créées par Michel Colombe ou par ses contemporains. Ces angelots de Solesmes ou de Nantes seront toujours naïfs et souriants, toujours vêtus de longues et souples tuniques, avec des cheveux tombant de chaque côté de leur petite tête ronde en boucles abondantes; nous verrons plus tard quel charme leur appartiendra en propre ; constatons pour le moment, qu'ils ont des ancêtres presque directs dans ceux que nous venons de citer et qu'ils ressemblent singulièrement aussi à ceux que de simples décorateurs pénétrés du même esprit traditionnel exécuteront pour orner les lucarnes du château de Blois^ dès le début du règne de Louis XIL

Arrivons maintenant aux motifs familiers ou grotesques. A Tours, dans la grande sacristie de la cathédrale bâtie vers 1458, on voit sur plusieurs culs-de-lampes de l'intérieur se mêler aux feuillages de petits personnages à grosse tête réaliste : l'un manie une sorte de pioche, d'autres combattent avec des diables étranges. Dans les quelques maisons de la ville, qui ont conservé leurs décorations de pierre sculptée du xv*' siècle, à l'hôtel de Dunois, à l'hôtel de Maillé, à la maison de Tristan, nous rencontrons la série des motifs chers aux imagiers et aux huchiers de ce temps : les triboulets, les

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