Bullet. Soc. ardiéol. Tour., t. XI, p
l'atelier de MICHEL COLOMBE 431
M. Louis de Grandmaison a. insinué que cet artiste pourrait bien être Guillaume Recjnnult : connaissons-nous assez la manière de Regnault pour nous permettre vraiment cette attribution qui ne repose que sur des raisons de style? En tous cas, si Regnault a réussi à produire une œuvre pareille, il faut reconnaître qu'il était l'égal de son maître. II est vrai qu'il est l'auteur de la Roberte Legendre, qui est aussi un pur chef-d'œuvre de grâce délicate, de sérénité douce et de plénitude tranquille.
Vierges de la Bourgoiinière, de Me.sland et d'Ecouen.
On voit au Musée du Louvre, dans la salle de Michel Colombe, en pendant à la V ierge d'Olivet, une seconde Vierge en marbre, grande comme nature, qui paraît bien, dès le premier abord, appartenir à la même époque et à la même école '. Elle figurait avant la Révolution au château cVEcouen et fut apportée à Versailles en 1793, pour garnir le Musée du chef-lieu du département. Attribuée ensuite à l'église Notre-Dame, en 1815, elle avait été reléguée dans la sacristie, d'où Courajod obtint de la faire rentrer au Louvre ^. Pour lui, comme pour Montaiglon, l'œuvre datait, à n'en pas douter, des premières années du xvi® siècle et appartenait très probablement à l'école de la Loire.
Les rapprochements que nos recherches nous ont permis de faire entre cette statue et deux autres Vierges retrouvées dans la région de la Loire, l'une presque identique à Mesland^^ dans l'église d'un prieuré dépendant autrefois de Marmoutier, l'autre, très analogue au château de la Bourgonnière en Anjou, confirment, s'il en était besoin, cette opinion, appuyée déjà de l'autorité de deux maîtres tels que Montaiglon et Courajod.
C'est donc très probablement aux ateliers de Tours que l'un des Montmorency, le futur connétable Anne, ou peut-être son père Guillaume, se serait adressé pour commander cette Vierge. Le fait n'a rien d'anormal, étant donnée la célébrité de ces ateliers que l'on venait trouver aussi bien de La Rochelle que de Rouen, de Bourg que de Paris. Mais le château d'Ecouen d'où provient la statue, ne fut commencé que vers 1532^. A moins donc qu'elle n'ait été commandée antérieurement, notre statue est exactement contemporaine
1. Elle a été mentionnée par Montaig-lon à la fin de son article sur la famille des Juste (p. î)9- 60) après la Vierge d'Olivet. Elle se trouvait alors dans la sacristie de la paroisse Notre-Dame à Versailles où Courajod, (jui en avait élucidé la provenance, l'avait signalée à Montaiglon dans une lettre que reproduit celui-ci à la fin de son article.
2. Bull, des Musées, 1890, p. 192-199. Cat. se. mod., n» 144.
3. Cf. P. Vitry, La Vierge de Mesland et la Vierge d'Ecouen, Bull. Soc. arch. Tour., 1898, t. XI, p. 453-455.