L'Anjou, Notice sur le château de la Bourgonnière
3. Ren. en France, III, p. 186-191. M. Célestin Port, Dictionn. hist. de Maine-et-Loire, I, 453- 456, prétend que cette chapelle date du milieu du xvi". Cette date, à notre avis, est beaucoup trop avancée. — Cf. aussi J. Crosnier, La chapelle Saint-Sauveur au château de la Bourgonnière. Notes d'art et d'archéologie, 1900, p. 1 et suiv.
MESLAND. — VIERGE (Marbre)
ÉCOLE DE MICHEL COLOMBE
L ATELIER DE MICHEL COLOMBE
même pourrait-on affirmer sans trop de témérité, comme une conséquence presque nécessaire de ce fait, que rarcliitecture et surtout rornementation des deux retables, de conception italienne mais d'exécution sûrement française, sont dues au gendre de Regnault, au collaborateur que Colombe luimême lui avait désigné pour les tombeaux de Brou, à Bastîen François.
Cette Vierge en pierre peinte, de grandeur naturelle ' qui doit nous retenir tout d'abord, n'a plus, évidemment, cette délicatesse et cette élégance suprême, cette fleur de sourire qui faisait le charme de la Vierge d'Olivet et ses traits sont un peu plus lourds : ce n'est pas que nous constations ici un retour en arrière qui nous ramènerait à un style plus voisin de celui du xv° siècle. Au contraire, cette œuvre-ci a moins d'individualité et semble plus tardive que la Vierge d'Olivet.
Pourtant, bi
len que moins distinguée.
moins
exceptionnelle, elle ne laisse pas d'avoir encore avec celle-ci de nombreux rapports de détails. Le groupe de la mère et de l'enfant est encore presque le même, la disposition seulement est inversée : le manteau de la Vierge est ramené de gauche à droite au lieu de l'être de droite à gauche, et l'enfant est posé sur son bras gauche Celui-ci est à demi nu, le bas du corps seul enveloppé de langes : il est potelé et souriant, avec une grosse tête et de petits cheveux frisotés qui cachent mal de grandes oreilles. Ses petits pieds, un peu lourds, sont tout pareils à ceux de l'autre bambin. Il se tient droit comme lui, et de l'une de ses menottes il joue avec le voile de sa mère, au lieu de tenir, comme dans la Vierge d'Olivet, la ganse qui attache le manteau.
Les mains de la Vierge sont encore joliment modelées, les doigts un peu fuselés, avec des fossettes légèrement indiquées. Elles sont du reste, à part l'inversion que nous avons notée, placées presque exactement de la même
La Bourg'onnière. — A'icrge.
{Pierre peinte.)
1. La position que cette Vierge occupe dans la chapelle de la Bourgonnière, éclairée à rebours par les fenêtres de l'abside, en rend la photographie très difficile. Les dessins que nous en donnons sont dus au crayon de M. Lechevallier-Chevignard qui nous a permis de suppléer à l'insuffisance de nos épreuves directes et à (jui nous en adressons ici nos sincères remerciements.
2. C'est encore là une preuve ((u"il faut tenir assez peu de compte de ces dispositions, entre lesquelles l'artiste choisit ad libilum.
P. ViiBY. — Michel Colombe et la sculpture française. 88
façon que dans la Vierge précédente. Seulement, au lieu de cette idée si rare et si curieuse, particulière à la Vierge d'Olivet qui soutenait respectueusement les petits pieds de rEnfant-Dieu sur un pan de son manteau, celle-ci, plus simple et plus familière, saisit par un geste, qui paraît courant dans l'école, le pied de renfant entre ses doigts, comme faisait déjà la Vierge de La Carte. L'attitude générale est encore très calme, moins mouvementée que dans la Vierge d'Ecouen qui va se déhancher légèrement. Le mouvement de marche est à peine indiqué ici, tandis que nous allons voir tout à l'heure la saillie du genou se marquer de plus en plus fortement sous la draperie, lorsque les artistes, s'inspirant des habitudes italiennes, voudront, autant que possible, faire deviner sous des draperies arbitraires la forme du corps en mouvement.
Le détail de la toilette et l'exécution du costume sont encore très soignés ici, très précis et très réalistes. Un détail, assez particulier, dans la coiffure, est même à noter : sous le voile, un linge blanc, plissé comme un bonnet de paysanne, sépare celui-ci de la chevelure ; à part cela, l'arrangement du voile ressemble fort, surtout par derrière, à celui de la ^^ierge d'Olivet ; il retombe encore harmonieusement des deux côtés de la tête et ses extrémités viennent couvrir la poitrine. La tunique forme blouse à la ceinture avec une échancrure lacée par-devant et laisse apparaître au col un petit bout de la chemisette toute simple. Les manches sont serrées au poignet, le manteau retenu sur la poitrine par un double cordon. Enfin, les grosses pantoufles apparaissent encore au bas de la robe. Sauf quelques petits détails, ce sont là des arrangements dont on retrouverait tous les éléments, soit dans la Vierge d'Olivet, soit dans la Vierge d'Ecouen ; les draperies sont peut-être simplement un peu plus mouvementées et plus creusées que dans la première, un peu moins chiffonnées que dans la seconde.
Enfin la polychromie, qui est d'une conservation admirable et d'une harmonie chaude et puissante, souligne la précision de l'exécution, elle nous montre la qualité et la couleur des étoffes, la plupart brochées d'or, et nous permet de reconnaître, par exemple, dans ce grand manteau avec des ramages qui ne sont plus gravés comme à Solesmes mais dessinés, avec une bordure de lettres peintes où se lit le commencement de VAve Maria^, la suite des grands manteaux décoratifs de certains personnages du Sépulcre de 1496.
Les deux Vierges en marbre de Mcsland et d'Ecouen, l'une demi-nature, l'autre de grandeur naturelle, sont presque identiques l'une à l'autre, sauf de très légères différences dans la draperie et dans l'expression, et l'on peut