Cf. plus haut,chap. VII, p. 264-26S
2. Il est plus complet encore ici et comporte huit Vertus, six sur le soubassement et une de chaque côté un peu plus haut. Ce sont les sept Vertus cardinales et théologales, plus la Virginité, que l'on a été chercher pour la symétrie.
l'atelier de MICHEL COLOMBE
mencent à s'étaler partout, et vont bientôt transformer ces manteaux réels encore en de pures draperies conventionnelles. Ilemarquons enfin que ces figures sont assises et que cette attitude, qui est plus habituelle aux Vertus italiennes, permet de faire saillir les genoux et de dessiner quelquefois la jambe tout entière sous la draperie : ce sont là tous jeux de virtuosité qui sont à peine indiqués ici, mais dont les artistes italianisants vont se montrer friands par-dessus tout et dont ils vont bientôt abuser singulièrement.
Au milieu des pilastres à l'italienne qui séparent les niches où trônent les
Rouen. Tombeau des cardinaux d Amboise. — La Tempérance el la Force. (Marin e.
Vertus, l'artiste a figuré de petits pleurants encapuchonnés. Ceux-ci, bien que de moins en moins calmes et simples, sont bien encore pourtant de la suite de ceux de Nantes. Leur présence même à côté des Vertus ei des Apôtres prouve aussi une influence évidente de la composition du tombeau du duc de Bretagne. Ce sont les deux seuls tombeaux, à notre connaissance, où se trouvent réunis ces trois éléments, les uns traditionnels, les autres empruntés à l'Italie.
Que dire enfin du priantl C'est un morceau de sculpture d'un très grand caractère. Des Aubeaulx en était-il capable? Nous le croyons difficilement, d'après ce que nous connaissons de lui. Le réalisme puissant, l'attitude souple et vivante, légèrement contournée, nous feraient songer quelque peu au Charles VIII de Saint-Denis. Mais Mazzoni venait de repartir pour l'Italie quand le monument fut exécuté et nous ne connaissons rien, à vrai dire, parmi
les œuvres sorties de son atelier, qui offre cette exécution large et magistrale. Nous sommes très loin du Coinmines du Louvre, par exemple. Mais nous savons par des textes* qu'au moment où il travaillait à Gisors, Des Aubeaulx avait été envoyé à Fécamp pour voir le groupe du Trépassement de la Vierge, où nous avons relevé Tinfluence et peut-être la main de Mazzoni-. Avait-il rapporté de ce contact, outre des idées pour son groupe de la Mort delà Vierge à Gisors, malheureusement perdu, quelques habitudes de style qui se trahiraient ici ? Cela est assez vraisemblable, car nous sentons en lui un véritable italianisant; mais le priant cependant n'en reste pas moins très fort audessus de tout ce qui, à notre connaissance, peut lui être attribué avec quelque certitude.
Nous ne saurions, en tous cas, affirmer reconnaître ici le style de l'école de la Loire : l'ensemble est moins calme et moins simple que ce que nous sommes habitués à rencontrer chez Michel Colombe et chez Guillaume Regnault, par exemple. Peut-être quelque texte nous révélera-t-il un jour le nom de l'auteur de ce chef-d'œuvre ; mais fùt-il resté inconnu jusque là, ce sera à coup sûr un très grand artiste , car ce cardinal d'Amboise est certainement l'un des plus beaux priants que nous ayons en France avec le Birague et l'Henri II de Germain Pilon.
Priants du tombeau de Louis XII à Saint-Denis.
Voici, maintenant au contraire, deux priants qui par leurs seuls caractères intrinsèques nous paraissent devoir être rattachés de toute nécessité à la suite de l'atelier de Michel Colombe, bien qu'il faille pour cela leur retirer une attribution presque consacrée. Il s'agit du Louis XII el de VAnne de Bretagne représentés à genoux sur le tombeau de Saint-Denis.
Ici encore, nous n'avons pas à refaire l'histoire complète du monument ni à l'étudier dans toutes ses parties^. Il est attribué aux frères Juste dans son ensemble. C'est même Jean Juste qui est désigné par Jean Bresche comme l'auteur du tombeau, dans le passage déjà cité à propos de Colombe. Nous avons, de plus, un marché passé par ce Jean Juste avec un batelier de Blois pour conduire la sépulture de Tours à Saint-Denis^. Le marché est daté du 18 janvier 1530 (1531, n. s.) et nous fixe, par conséquent, sur la date de