‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 259 sur 305 · CHAPITRE XII RAYONNEMENT DE L'ART DE MICHEL COLOMBE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII RAYONNEMENT DE L'ART DE MICHEL COLOMBE

Jean de Chartres et les statues de Chaniclle.

OEiivres analogues dans la région du Bourbonnais. La Vierge de la Cliira et celle de Saint-Galmier, leur signification.

En Bourgogne '. Vierge du tombeau de Salazar à Sens. — Retable d'Autun. — Vierge d'Arbois. En Normandie : Sculptures de Verneuil, de Rouen, etc.

Dans V Ile-de-France : la Vierge de Lierville. — Mélange d'éléments étrangers. — Déposition

de croix de Saint-Martin-aux-Bois.

Jean Soulas. — Les sculptures de Chartres et le bas-relief du Louvre. — Accentuation de

rilalianisme.

En Champagne: La sculpture troyennc vers Io20-l"j30. — Les œuvres dites de transition. — Préparation delà venue de Dominique Florentin.

Conclusion sur Técolc française de sculpture du début du xvi'^ siècle. — Invasion progressive de l'italianisme. — Fin de l'école de la Loire.

Jean de Chartres et les statues de Chantelle.

Ce n'est pas une simple hypothèse de dire qu'il y eut dans quelques provinces françaises des prolongements certains de l'école de Tours. Nous en avons un exemple caractéristique avec ce Jean de Chartres dont quelques indications relevées au chapitre précédent nous ont permis d'entrevoir au moins quelle fut la carrière.

Nous savons qu'il était, en 1511, au service d'Anne de Beaujeu, duchesse de Bourbon. Or, c'est entre 1500 et 1514 que celle-ci fit agrandir et restaurer le château de Chantelle d'oii proviennent les trois grandes statues en pierre de sainte Anne, saint Pierre et sainte Suzanne, entrées récemment au Musée du Louvre, et M, André Michel, en étudiant ces importants monuments, a pu présenter leur attribution à Jean de Chartres ^ comme au moins très possible et vraisemblable. Nous ne reviendrons pas ici sur leur histoire qui a été aussi nettement établie qu'on peut le faire dans l'étude à laquelle nous

1. Cf. André Michel, Les statues de sainte Anne, saint Pierre et sainte Suzanne du château de Chantelle au Musée du Louvre, Monuments Piot, 1899.

RAYONNEMENT DE l'aRT DE MICHEL COLOMBE

venons de faire allusion. Mais nous nous arrêterons un instant sur leur style qui, cette attribution admise ou non, se rapproche de façon très évidente de celui de l'atelier de Michel Colombe et nous offre un exemple très caractéristique de la transformation du style français, de son adoucissement spontané chez les contemporains du grand sculpteur tourangeau.

Musée du Louvre. — Saint Pierre et Sainte Suzanne provenant du château du Chantelle. (Pierre.)

La sainte Anne est la plus typique et la plus parfaite des trois statues. De proportions plus élancées que les ligures bourguignonnes, elle a dans l'allure générale cette môme dignité grave et calme, cette même sérénité d'expression que nous avons remarquée tout à l'heure dans les figures de l'école de la Loire. Son visage vieilli et ridé, mais d'une singulière noblesse de lignes, est entouré d'une de ces guimpes à l'ancienne mode, à petits plis serrés, semblable à celles de la Prudence de Nantes et de certaines figures de Solesmes. Sa draperie est encore très ample, mais sans exagération ; « elle conserve, dit M. André Michel, les grands jdHs jjesants qui se continueront

longtemps encore dans l'école de Michel Colombe, mais avec des cassures plus rares et plus souples, de parti pris plus large et plus calme, d'arrangement plus rythmique » ; quant à la petite figure de la Vierge, elle est tout à fait charmante « d'attention sérieuse, de jeunesse et de naïveté ». M. Michel y voit un type franco-flamand très accusé. On pourrait, en précisant davantage, la rapprocher du type que nous avons rencontré dans la région même du Bourbonnais et du Forez, dans certaines statues de Moulins, de Souvigny ou de l'Hôpital-sous-Rochefort et aussi dans la Vierge du triptyque de Moulins, toutes figures de jeunes femmes un peu plus âgées mais qui conservent cette même grâce modeste, ces mêmes yeux baissés à peine ouverts, ce même charme sérieux et discret. N'y a-t-il pas aussi du reste un rapport frappant entre la sainte Anne qui dans la peinture de Moulins assiste Anne de Beaujeu, la donatrice, et notre figure de Chantelle ? Les deux œuvres ont été commandées vers la même époque, par la même personne, à deux artistes contemporains, de même race et de même valeur, il n'est pas difiicile de s'en apercevoir.

Dans la figure du saint Pierre^ le drapé est à peu près semblable à celui de la sainte Anne. Mais l'amour de la précision que nous avons noté comme un des traits propres aux artistes qui travaillent autour de Michel Colombe se marque peut-être encore davantage dans le soin extrême avec lequel est exécutée la bordure de ce grand manteau où nous retrouvons ces façons de lettres fantaisistes très ornées et vaguement arabes que l'on rencontre si souvent à la fin du xv*^ siècle dans la finesse surtout du détail de la tête, où la barbe, les cheveux, toutes les rides sont détaillées avec un scrupule infini. Cette tête du saint Pierre, malgré sa finesse, est un peu banale, il est vrai; elle n'a pas l'accent, ni l'énergie de certaines figures réalistes de l'époque précédente ; mais c'est une tendance que nous avons déjà observée à propos de maintes têtes du même genre et de la même époque.

Quant à la sainte Suzanne, toute fine et jolie, vêtue d'étoffes moins lourdes que les deux autres, on y a relevé quelquefois l'indice d'une facture un peu différente et, dit-on, ^lus archaïque. Telle n'est point notre opinion : si la sainte Suzanne n'est pas précisément de la même main, elle nous paraît bien du même atelier que les deux autres : quelques détails d'exécution s'y retrouvent absolument identiques à certains de ceux que l'on pevit relever dans le saint Pierre, la bordure d'orfèvrerie du col par exemple, et même les petits plis fins de la tunique froncée qui s'y attache. La coiffure en turban, avec des brides de linge qui tombaient sur les épaules, est traitée avec

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