‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 261 sur 305 · RAYONNEMENT DE L ART DE MICHEL COLOMBE · texte numérisé non relu

RAYONNEMENT DE L ART DE MICHEL COLOMBE

de la nef, de même que celle du grand retable qui figurait en face du monument, étaient d'esprit presque tout gothique encore; Montaiglon * suppose que les marbres noirs en avaient été taillés en Flandre, et la décoration luxuriante du retable, qui seul subsiste encore aujourd'hui en place, n'est peutêtre pas non plus, selon nous, exempte d'esprit flamand.

La Vierge en particulier est assez proche pour certains détails des Vierges d'Olivet et d'Écouen. Très robuste, même un peu trapue, elle tient sur son bras gauche un enfant demi nu, d'exécution assez lourde , mais qui n'est pas en somme très différent de ceux que nous avons examinés tout à l'heure. Il porte comme eux sa menotte sur le sein de sa mère tandis que celle-ci, de sa main droite , joue avec son petit pied. Sur la tête de la Vierge un voile, formant sur le côté une sorte de poire , rappelle celui de la Vierge d'Olivet. La tunique, très simple, est retenue à la taille par une petite ceinture de cuir. Le manteau est ramené par-devant et passé sous le bras, suivant la formule. Mais l'expression générale est beaucoup plus sèche et dure, et se rapproche de celle de la Vierge de l'Hôtel-Dieu de Troyes. Quant au saint Etienne, il est assez médiocre et peu significatif, sans fadeur, mais sans énergie. L'artiste qui a sculpté ces deux statues est resté certainement bien au-dessous des artistes de la Loire ; mais il semble presque impossible qu'il n'ait pas eu connaissance de leurs œuvres.

Dans une chapelle de la cathédrale à' Au f un se voit un grand retable en pierre représentant V Apparition du Christ à la Madeleine, qui date certainement du premier quart du xvi'' siècle. La décoration architecturale y est

Sens, Cathédrale. — Retable du tombeau de Jjan de Salazar. (Pierre.)

1. Antiquités de la ville de Sens, Gaz. des B.-A., 1880, II, p. 237.

encore presque entièrement gothique, sauf clans les parties supérieures où se montrent quelques ornements à Fitalienne. Quant aux figures, elles gardent bien encore dans leur ampleur certaines des qualités bourguignonnes, mais la grcàce un peu molle de la Madeleine, en même temps que son attitude précieuse et mouvementée, son costume compliqué et tout conventionnel, l'aspect surtout trop élégant et presque bellâtre de la figure du Christ nous révèlent Fintroduction d'éléments étrangers.

Originaire d'une région qui touche à la Bourgogne, la Vierge du prieuré d'Arhois (Musée de Cluny) présente dans le type de la figure des analogies évidentes avec la Madeleine d'Autun. Malgré le maniérisme de sa pose cependant, elle paraît moins italianisée ; le costume n'y tourne pas autant à la draperie vague. Il est compliqué, mais réel avec des bordures peintes d'un dessin tout semblable à celles de la Vierge de la Chira. L'enfant nu, tenu en travers du corps par un geste peu naturel, est très proche parent cependant de certains des gamins francoflamands que nous avons examinés.

En Normandie.

On pourrait faire les mêmes constatations en Normandie, à Verneuil^ où travailla , vers le commencement du xvi^ siècle, un atelier de sculpture très actif dont nous avons déjà étudié les plus anciennes productions voisines de Solesmes, avec le Sépulcre de la Madeleine. Nous rencontrerions des types plus compliqués, plus ornés ou plus maniérés, avec le saint Denis de Notre-Dame, la sainte Suzanne et diverses autres figures de la même église.

En dehors de Verneuil. le saint Léonard de Vains, quelques statues aux Andelys nous montreraient des tendances analogues. Les proportions en deviennent plus élancées, les draperies plus molles ou plus compliquées, avec

jViiLun. CaUicdrule. — Madeleine. (Pierre.)

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une surabondance un peu choquante de détails précieux : les visages enfin cherchent à se parer d'expressions d'une grâce plus forcée et plus artificielle.

Deux statues en pierre, qui font partie de la collection E. Peyre, représentant deux évêques, dont un saint Nicolas, et provenant, dit-on, d'une église de Rouen démolie, sont assez caractéristiques également de cet état de la sculpture normande. Elles ne sont pas, du reste, sans quelque rapport avec ces statues d'évêques de l'enfeu du tombeau des cardinaux d'Amboise dont nous parlions tout à l'heure, et peuvent dater, par conséquent, des environs de 1515-1520. Si nous les comparons soit à certaines statues d'évêques de l'école de la Loire un peu antérieures, soit au saint Pierre de Solesmes, nous mesurerons facilement le chemin parcouru. Elles sont encore réalistes certainement; mais on sent dans les visages des expressions plus recherchées et beaucoup moins de simplicité. Le costume est encore d'une précision assez minutieuse ; mais les plis des chapes sont moins amples, moins larges, moins souples que dans les figures de la Loire ou du Bourbonnais. Enfin, il y a dans l'ensemble de la tête inclinée, de la ligne du corps légèrement contournée, de la main qui bénit, une recherche de mouvement qui n'arrive pas encore aux grands gestes à l'italienne, mais qui s'éloigne de plus en plus de la belle et grave robustesse d'anlan.

Paris. Oill. E. l'cyre. - ( Pierre.

Saint Nicolas.

En Ile-de-France.

h' Ile-de-France est, nous l'avons dit, assez peu riche en sculptures du xv^ et du xvi'' siècle'. Une très belle Vierge cependant à Lierville nous paraît

i. La minutieuse enquête dont les collections de photographies de M. Martin-Sabon nous offrent le résultat a réuni beaucoup plus de statues du xiv« siècle que de l'époque dont nous nous occupons.

bien contemporaine de Michel Colombe et peut être rapprochée soit de la Vierge d'Olivet, soit des Vierges du Forez. Elle présente la même allure calme et un peu grave, la même figure douce et ronde, à peine souriante, la même façon respectueuse et tendre à la fois de porter l'enfant à demi enveloppé de langes. Son costume est réel et précis, son manteau ramené

par-devant et retenu sous le bras gauche ; mais les plis sont sensiblement différents, plus allongés et plus proches de la grande manière gothique des xiii^ et xiv<^ siècles : ils trahissent une école tout autre , malgré les rencontres d'inspiration et les habitudes communes qui apparaissent à une époque déterminée.

En dehors de cette Vierge de Lierville, nous pouvons citer encore celle de Grez-sur- Loing^ qui est plus douce, plus familière et peut-être un peu plus ancienne. Puis, nous arrivons immédiatement à des statuettes d une élégance affectée et un peu mièvre : telle une sainte Barbe qui figure également à l'église de Lierville , mais qui ne saurait être antérieure à 1525-1530. Ajjrès la mort de Louis XII, il semble que l'activité artistique se réveille quelque peu dans cette région ; mais l'art qui va fleurir à ce moment sera, comme nous le pressentons déjà par ce dernier exemple, beaucoup moins simple et moins pur ; les attitudes y seront plus mouvementées, les costumes conventionnels tourneront k la draperie ou se surchargeront d'ornements inutiles ; la tendance au pittoresque d origine flamande se mêlera à des velléités d'expressions dramatiques à l'italienne.

C'est ce que nous remarquons par exemple dans une Déposition de Croix de l'église de Saint-Mar lin-aux-Bois (Oise). Le corps du Christ y est exécuté avec un souci de réalisme un peu dur ; la Vierge est encore assez touchante et se souvient de Solesmes. Elle est cependant infiniment plus apprêtée. La Madeleine trop richement vêtue ne sait témoigner sa douleur que par un geste précieux et affecté. Quant au saint Jean, d'une beauté fade, vêtu presque à l'antique, il s'agenouille avec précaution : il pose.

Clic lié Miirlin-Suhuii .

Lierville. — \'iergc. (Pierre.)

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L'art de Jean Sou las appartient aussi à cette région et nous offre également un composé cFéléments français, flamands et aussi italiens. Bien que relativement plus simple que celui que nous venons de rencontrer dans la Déposition de Croix de Saint-Martin-aux-Bois , il a cependant d'assez grands rapports avec lui.

Ce Jean Soulas était un tailleur d'images parisien : dès 1505, nous le voyons passer un marché pour l exécution de deux grands groupes en pierre, destinés à orner une chapelle de Sainl-Germain-V Auxerrois^ une

Cliclir Mil rl in -Subon.

Saint-MarLin-aux-Bois. — Déposition de croix. (Pierre.)

Mise au Tombeau et une Résurrection '. Ces groupes seraient, par comparaison avec ceux de l'école de la Loire, d'un bien grand intérêt pour nous ; ils ont malheureusement disparu. En 1519, il traite avec le chapitre de Chartres pour l'exécution de quatre hauts-reliefs de la clôture du chœur que Jean Texier avait commencé à élever dès 1513 '-^.

Ces hauts reliefs qui représentent saint Joachim gardant ses troupeaux, sainte Anne dans sa maison, la Rencontre à la Porte Dorée, puis la Naissance de la Vierge sont les premiers qui se présentent du côté sud^.

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