Ihid., IV
3. Furent-ils les premiers exécutes dans l'ensemble du tour du chœur? Nous ne saurions l'affirmei". Il y en a huit du côté nord qui sont d'un style sensiblement plus archaïque, plus
Soulas est peut-être aussi Fauteur des groupes qui font immédiatement suite à ceux que nous venons de citer et qui représentent des scènes de la Vie de la Vierge jusqu'à V Adoration des rois * ? Ce qu'il y a de certain c'est qu'ils continuent sa manière et qu'ils peuvent avoir été faits au moins sous sa direction.
Ceux de la première série formaient de petites scènes réalistes, à plusieurs personnages en ronde bosse, presque grandeur, nature ; les personnages portaient des costumes réels, un peu compliqués déjà et s'éloignant de plus en plus de la belle et austère draperie gothique. Les fonds étaient remplis de détails intimes et d'accessoires familiers, exécutés avec le plus grand soin, qui situaient la scène dans un milieu pittoresque et réaliste. Les poses étaient naturelles et les attitudes très simples, l'exécution habile et souple.
Il en est de même encore dans les groupes qui continuent la série; les suivants et les suivantes, celles de la Visitation en particulier, sont encore des physionomies réelles, d'un charme exquis. La petite Vierge même, dans son intérieur, représentée cousant, avant la Nativité, quelque pièce de trousseau d'enfant, à côté du saint Joseph endormi, est une figure d'une intimité délicieuse. Mais en général les attitudes commencent ici à être un peu plus mouvementées, les costumes moins réels et moins simples; celui de l'ange de l'Annonciation a déjà une tournure italienne. Dans les deux derniers groupes les personnages ont les pieds nus ; et il n'y a presque plus dans les fonds de ces accessoires pittoresques si chers aux imagiers d'esprit franco-flamand.
Un bas-relief en pierre peinte du Musée du Louvre représentant une Nativité est attribué avec beaucoup de vraisemblance à Jean Soulas^. Mais si le groupe central est encore ici d'allure précise, réaliste et familière, les deux saint Jean agenouillés de chaque côté, par leur attitude, leur expression, la façon dont ils sont drapés, sont des figures absolument italianisantes. On a supposé qu'ils étaient assez postérieurs à la partie centrale. Pourtant l'exécution et la polychromie paraissent bien d'une seule venue, et il n'y a, selon nous, aucune raison d'affirmer cette différence d'époque si ce
traditionnel, plus près du type flamand qui fleurit h Amiens par exemple. Mais ceux-ci peuvent avoir été exécutés simultanément, ou même postérieurement, par un atelier attardé : nous ne savons rien de précis sur leur histoire. Un détail du marché avec Jean Soulas tendrait cependant à nous prouver que rien n'existait encore avant 1319, car on lui propose comme modèles non des groupes déjà exécutés à Chartres, comme on le fera pour ses successeurs, mais bien ceux de Jean Ravy à Notre-Dame de Paris.
1. Cf. abbé Bulteau, Monographie de la cathédrale de Chartres, 3"= éd., I, p. 109.
2. Cf. Courajod, Bull. Soc. Antiq., 1889, p. 152. — De Mély, Béun. des Soc. des B.-A. des dép., 1889, p. 799. — Montaiglon, Arch. art fr., IV, 394. — Louvre, Cat. se. mod., n" 154. C'est, d'après Courajod, la Nativité du Christ, bien que la composition en soit presque textuellement empruntée à la Nativité de la Vierge de Chartres.
RAYONNEMENT DE l'aRT DE MICHEL COLOMBE
n'est la difîércnce des styles. Nous avons là, sans doute, une preuve des tendances multiples qui se partagent l'art français vers cette date extrême à laquelle nous sommes arrivé.
Si nous avancions encore un peu dans le temps, nous verrions, aux environs de 1530, les influences italiennes l'emporter définitivement. Il n'y aurait pour faire cette constatation qu'à continuer à examiner la série des groupes du tour du chœur de Chartres. Car c'est justement l'homme qui, à notre
Chartres. Cathédrale. — Bas-reliefs de Jean Soulas. (Pierre.)
point de vue, incarne le mieux, dans notre région de la Loire et du Centre, les tendances nouvelles de l'art de cette époque, c'est François Marchand, d'Orléans, qui, en 1542, sera chargé de continuer la série commencée par « defTunct maistre Jehan Soulas ».
Entre l'Ile-de-France et la Champagne, nous pourions voir se développer à Provins une véritable école de sculpture locale, d'esprit tout à fait analogue à celui que nous venons de constater à Chartres. Certains morceaux y ont encore ce même accent de réalité, ce même souci du détail précis, ce même amour des complications de costumes que nous avons remarqués aux environs de 1520-1525, tandis que dans des figures comme celles des anges musiciens de l'église Saint-Ayoul\ l'influence italienne s'accentue de façon très