‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 31 sur 305 · Cf. j)lus loin, chap. X'II · texte numérisé non relu

Cf. j)lus loin, chap. X'II

4. Description du retable de Bessey-lès-Cileaux, Mém. de la Conini. des antiquités de la Câte-d'Or, t. VIIl, 1872-73, p. Lxxiii, Lxxxi.

5. Les apôtres de rabl)aye du Bec, aujourd'hui à Sainte-Croix de Bernai/ (Cf. chan. Porée, Réun. des Soc. des B.-A. dép., 189G), sont antérieurs (1390-1410) à la formation complète et à la diffusion de l'école bourguignonne. Mais ils trahissent par leur ampleur magnifique quelque chose de l'esprit qui animait les premiers imagiers de Philippe le Hardi. C'est le style des draperies d'André Beauneveu élargi et alourdi, celui aussi de certaines grandes statues d'apôtres du portail de Rouen datant de la même époque.

6. Leroux de Lincy, Essai historique sur l'abbaye de Fécamp, p. 46-47. Les motifs sculptés paraissent se rapporter tous à l'Adoration de la Sainte-Ti'inité.

LA SCULPTURE BOURGUIGNONNE

quels accents de vérité, quelle puissance d'expression et quelle ampleur de forme apparurent dans ces sculptures de la primitive école dijonnaise. Il ne convient pas cependant de se laisser aller à exalter, comme Ta fait M. Mûntz, ces Bourguignons de la première heure aux dépens de leurs a continuateurs médiocres* ». La manière des artistes primitifs se continua de façon remarquable dans leurs ateliers ; et, dans les œuvres de longue haleine telles que les tombeaux des ducs, ce que nous admirons le plus peut très bien n'avoir été exécuté que par les successeurs de Sluter. Les monuments même, comme le sépulcre de Tonnerre qui est bien certainement du milieu du siècle, et comme le tombeau de Philippe Pot, qui est sûrement de la fm, sont loin de nous apparaître comme les produits d'un art dégénéré.

Néanmoins, dans les œuvres secondaires de cette époque, les tendances primitives s'exagèrent, les figures deviennent de plus en plus trapues, les draperies de plus en plus lourdes et compliquées, les physionomies et les gestes de plus en plus vulgaires. Ainsi quelque peu de préjugés que l'on ait sur la question des proportions, les prophètes et les sibylles d'Albi paraissent réellement un peu trop courts ; la Vierge de Saint-Jean-de-Losne est accablée sous un monceau de draperies inutiles; la sainte Anne d'Autun ressemble à une cuisinière et l'une des Saintes Femmes du sépulcre de Moulins, se bouche le nez avec un coin de son voile, par un geste traditionnel, mais accentué ici avec une insistance déplaisante. Des formules se créent dans l'arrangement des plis

qui, très naturels et très souples, bien que très amples au début, deviennent, dans certains monuments, à Senmr, à Nevers, à Fécamp, par exemple, pleins de grandes cassures droites et anguleuses qui ne sont guère plus naturelles que les chiffonnements flamands ou germaniques.

Quels furent maintenant les rapj)orts de cette école, dont nous venons d'in- 1. Renaiss. sous Charles VJII, p. 4i>0.

Albi. Clôture du chœur.

Statue de prophète. (Pierre peinte.]

cliquer le développement et le caractère général avec l'art qui fleurit au xv^ siècle dans notre région de la Loire? Celte région fut-elle comme la Franche-Comté, la Provence, le Languedoc, la Normandie, pénétrée par l'influence bourguignonne, ou au contraire en resta-t-elle indemne comme certaines provinces dont nous nous occuperons tout à l'heure?

La vérité est, comme il arrive bien souvent, entre les deux extrêmes. On a beaucoup trop insisté , selon nous , sur le prétendu (( voyage » de Michel Colombe à Dijon. Nous verrons sur quelles bases fragiles repose cette hypothèse, aujourd'hui pourtant presque consacrée. Il est tout à fait injuste aussi, croyons-nous, de faire sortir toute l'école de la Loire de l'école bourguignonne.

Cependant nous allons trouver dans certains monuments de la région de la Loire la preuve de quelques pénétrations bourguignonnes évidentes dans ce milieu particulier ; c'est même sans doute par ces pénétrations isolées, bien plutôt que par une communication, une éducation directe, que Michel Colombe a pu avoir quelque connaissance du grand style des maîtres de Dijon. La propagande de leurs élèves faisait sentir ses effets jusque dans la province où Colombe établissait son atelier, et les enseignements ou les exemples au moins qu'ils y introduisirent purent contribuer, avec beaucoup d'autres que nous examinerons tout à l'heure, à la formation du slyle propre de l'artiste et de celui de son école.

Les monuments bourguignons de la région de la Loire, ceux au moins qui nous ont été conservés, sont loin d'être de premier ordre ; et ce ne sont pas sans doute des artistes d'une habileté supérieure qui furent attirés de ce côté, ou bien les tourangeaux, qui empruntèrent leurs procédés aux bourguignons et se mirent à leur école, n'avaient pas la sûreté de main ni l'ampleur de style familières à ceux-ci.

Tours. Musée archéologique.

Vierge de Beaumont. ( Pierre.

LA SCULPTURE BOURGUIGNONNE

L'un des monuments les plus caractéristiques de cette série nous paraît être la Vierge de Beaumojit-sur-Loire \ conservée au Musée de la Société archéologique de Touraine. C'est une statuette en pierre à peu près demi-nature. Elle est de proportions trapues et vêtue d'une accablante draperie, dont les plis, largement traités, vont de la main droite qui la soulève légèrement au bras gauche qui porte l'enfant; celui-ci, le torse nu (la tête est cassée), émerge à peine de cette cape si ample, son phylactère dans les mains. C'est ainsi qu'il se présente également, à cette différence près qu'il est vêtu, dans la Vierge bourguignonne de la collection Timbal (aujourd'hui au Musée de Cluny), dans celle de Plombières-lès-Dijon (ancienne collection Courajod) et celle de la rue Porte aux-Lions, à Dijon (toutes deux aujourd'hui au Musée du Louvre^). Dans ces diverses Vierges, les draperies sont aussi lourdes, aussi souples et aussi amples, et, que la figure soit couronnée ou non, on retrouve toujours le même pli du manteau qui couvre la tête et retombe pareillement sur la poitrine. Quant aux traits du visage, ils sont un peu plus accentués et plus durs dans la Vierge de Beaumont que dans les Vierges citées ci-dessus ; mais, chose curieuse, ils se rapprochent de ceux de la grande Vierge de Jean de Marville, au portail de la Chartreuse de Dijon, qui est coiffée du reste et couronnée à peu près de même.

Au contraire, une petite Vierge, qui figurait jadis dans l'église de Verizon, près de La Flèche'^, présente, avec le même caractère des draperies, une petite figure ronde et pleine, encadrée de deux mèches de cheveux pendants, assez analogue à celle de la Vierge dijonnaise du Musée du Louvre. C'est, plus encore peut-être que la précédente, une production bovu-guignonne très caractérisée : elle paraît un peu plus tardive ; mais elle nous confirme la présence, dans ce bassin de la Loire, peut-être d'artistes et sûrement d'œuvres dont on ne saurait nier l'origine. Remar-

1. L'abbaye de Beaumont-lès-Tours était située aux portes même de la ville. Cf. Chalmel, Hisl. de Touraine, III, GOO-502. Il en subsiste encore quelques vestiges près de l'hôpital. La statue est attribuée à Tours, au xiii'= siècle, ce qui est tout à fait impossible.

2. L'une sans n° (nouv. acquisitions), l'autre Cat. sonim. Se. mod., n" 214.

3. Elle fait partie aujourd'hui de la collection de M. Dubreuil, au château de Monthiver, près de Baugé.

qiions de plus qu'elle était placée jadis dans le voisinage des chefs-d'œuvre de Solesmes et de Malicorne'.

Quelques Vierges de Pitié vont nous fournir des arguments aussi probants par leur caractère bourguignon très accusé. C'est une œuvre bien rustique et de mince renommée que la Pitié de Dierre -, et nous ne prétendons certes pas que ce soit un morceau de premier ordre. Mais elle est robuste et vigoureuse, et, bien qu'un peu épaisse peut-être, pleine de promesses pour l'avenir. La Vierge assise porte, selon le type traditionnel, le Christ couché de gauche à droite sur ses genoux. Sa lète, enserrée dans une guimpe à plis fins, est recouverte d'un pan de son manteau qui retombe avec lourdeur de chaque côté et s'étale largement sur ses jambes en plis amples et souples. Le corps du Christ, dont une main pend sur le devant, est d'une rigidité cadavérique. Il n'a pas ces affaissements et ces contournements que nous lui verrons plus tard et

qui commencent généralement par le ploiement des genoux. Quant à la Vierge elle-même, sa tête est soigneusement traitée, un peu vulgaire et sans grandeur; mais son attitude générale est très calme ; à peine une légère inclinaison du haut du corps vers la droite. La Pitié de Bayel en Champagne, un chef-d'œuvre, celle-là \ se penchera dans un mouvement retenu de tendresse douloureuse vers le visage de son fils; les Pitiés italiennes gesticulent véhémentement chez Mantegna ou chez Donatello. Celle-ci prie en silence, calme, les mains jointes dans un geste hiératique qui se conservera même plus tard dans cette région et que nous avons rarement retrouvé ailleurs.

La Pitié de Solesmes est plus connue, et peut-être j)lus importante. Elle est de dimensions supérieures en tous cas et d'exécution plus soignée. Mais

Dierre. — Pitié. (Pierre peinte.)

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