‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 35 sur 305 · Ouv. cit., p · texte numérisé non relu

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LA SCULPTURE FRANÇAISE EN DEHORS DE l'inFLUENCE BOURGUIGNONNE 73

les coins de son voile ou avec quelque hochet; parfois, simple nourrisson, il tette avidement. Le type même de ces vierges avec leur hanchement accentué, leur draperie fine et compliquée se répète un peu comme une formule, et rélégance légèrement affectée de leur pose et de leur sourire verse parfois dans une espèce de maniérisme. Il faut reconnaître cependant qu'elles ont pour la plupart une grâce discrète et calme, une finesse d'expression que vont perdre les épaisses bourguignonnes. Or, c'est justement ce charme discrètement familier, cette grâce fine, cette douceur calme, que nous verrons reparaître dans les Vierges de l'école de la Loire. Ces qualités, à vrai dire, ne durent jamais disparaître complètement , et il y eut toujours dans ces régions modérées du Centre de la France, comme une persistance des élégances gothiques du xiv*^ siècle submergées ailleurs sous le débordement de la sève puissante et réaliste de l'école nouvelle.

Il existe en Touraine , dans l'église de Neuillé-Ponl-Pierre ^ une petite Vierge en marbre qui appartient au type que nous venons de décrire ^. Nous tenons à la signaler ici bien qu'assez antérieure à notre époque, car elle est comme le point de départ lointain de notre école de la Loire. L'exécution en est très fine est très soignée. La draperie, aux nombreux petits plis tuyautés, est conçue selon la formule courante au xiv*^ siècle, et le sourire est de même un peu stéréotypé. Elle possède cependant en propre une grâce plus pleine et plus savoureuse , un charme moins aigu que beaucoup de celles que l'on peut rencontrer ailleurs ; et c'est ce charme même, semble-t-il, que nous retrouverons plus tard dans les Vierges d'Olivet ou d'Ecouen ~.

1. Elle provient, parait-il, de l'église Saint-Julien de Tours et a flguré à l'Exposition rétrospective de Tours de 1881.

2. En dehors de celle-ci qui est un morceau tout à fait supérieur, il en existe une autre à Amboise (sous la porte du beffroi), qui n'est pas sans valeur, plusieurs encore en bois ou en

Cliclii' lioiixrcz.

Neuilic-Pont-Pierre. — Vierge. (Mai-brc.)

Une très belle Vierge en marbre, du Musée historique à'Orléans^ qui provient de l'abbaye de In Cour-Dieu^ est de formes sensiblement plus larges et plus épaisses, les draperies sont plus lourdes et le visage plus vulgaire; on y perçoit comme une nuance de réalisme flamand. Elle serait à mettre,

car c'est une œuvre de premier ordre, tout à côté de la Vierge de Marcoussis, que l'on attribue à Jean de Cambray ; elle doit dater de la fin du xiv^ ou du commencement du xv^ siècle, et l'alourdissement que nous y constatons semble nous acheminer vei*s le type bourguignon.

On trouverait des tendances analogues, avant-goût du réalisme bourguignon , ou signes d'un mouvement parallèle à celui qui crée en Bourgogne l'art que nous avons défini plus haut, dans les deux Vierges de la collection Timbal'^, au Musée de Cluny, dans plusieurs statuettes du Louvre ^ cpii proviennent des provinces de la France du Nord, dans d'autres encore, en Normandie par exemple, à Saint-PUmchers près de Granville, et à Notre- Dame de Cou/cjnces''. Mais déjà, nous pouvons constater, dans cette dernière Riom. -Vierge du Mariuret.( Pierre.) région, à côté dcs pénétrations bourguignonnes évidentes que nous avons marquées, une prolongation manifeste des types purement français du

pierre à Limeray (provenant de l'abbaye de Moncé) (cf. Bossebœuf, Amboise, p. 583-236, fig.), à Rouziers, à Neuillé-le-Lierre, au Puy-Notre-Dame, etc., celles-ci beaucoup plus ordinaires et de type tout à fait courant.

M. A. Gabeau [Le beffroi municipal cl' Amboise, Tours, 1897) attribue la Vierge d'Amboisc à la fin du xv*^ siècle, date de la construction du beffroi. Cela parait bien difficile à admettre étant donné son style. C'est sans doute une statue plus ancienne qui fut utilisée dans les nouvelles constructions. Si d'ailleurs elle datait réellement du règne de Charles 'VllI, cela ne ferait que confirmer ce que nous venons de dire des persistances des types du xiv" siècle dans l'art de la Loire.

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