Provenant de La Voûte-sur-Loire
traditionnel, simple et vrai. On aperçoit, comme au xiii'' siècle, la robe serrée à la taille par une ceinture de cuir. Sous la couronne, un voile couvre la tête et retombe sur les épaules. Enfin, un grand manteau ramené par-devant, enveloppe la figure presque tout entière. Dans l'exécution très souple de cette draperie, ce ne sont plus les formules, les plis en escalier du xiv*^ siècle, et ce n'est pas cependant la luxuriante abondance des bourguignons, leurs plis transversaux, épais et comme gonflés de sève. Dans son ensemble, l'œuvre nous apparaît comme tout à fait indemne des exagérations cjui peuvent altérer ailleurs l'esprit de l'art français. Elle est dans la pure tradition gothique et tout près encore des types du xiv'^ siècle, mais plus libre et plus vivante ; c'est le début de l'épanouissement de la grâce qui s'indiquait dans la vierge de Neuillé-Pont-Pierre ' ; il n'est même rien qui par l'esprit général et l'arrangement de certains détails nous fasse pressentir davantage l'art que nous verrons fleurir tout à l'heure à la fin du xv^ siècle, dans la vallée de la Loire.
Ne serait-ce pas là, comme ces Vierges plus tardives que nous rencontrerons également isolées dans le Forez, à l'Hôpital-sous-Rochefort, à la Chira, à Saint-Galmier -, le produit de l'activité d'artistes que nous ne trouvons plus qu'à peine représentées dans leur pays d'origine, ce pays n'étant autre que notre région de la Loire?
Cette hypothèse nous a semblé pouvoir se confirmer par le rapprochement de cette exquise Vierge du Marturet, avec une petite sainte Catherine en pierre peinte que nous avons rencontrée beaucoup plus près de la Loire dans la chapelle du chûleau du Moulin (Loir-et-Cher). Celle-ci est certainement antérieure à la construction de cette habitation charmante dont l'ensemble actuel, nous l'avons vu^, date de la fin du xv'' siècle; elle peut avoir été exécutée dans la première moitié de ce siècle. C'est aussi une œuvre de pur esprit français, sans lourdeur, ni complication, ni surcharge. La draperie, très habile, très logique et très simple, présente les mêmes plis longs et droits que la Vierge du Marturet ; la figure jeune et fraîche possède la même grâce pénétrante et discrète, avec une plénitude de santé plus grande et moins de
1. Au Musée de Cluny, une petite Vierge en pierre, qui porte le n" 270, est attribuée au xv* siècle. En effet, si le type général est bien encore celui de l'âge précédent, la facture du drapé est un peu plus personnelle, le visage moins figé et plus gracieux. C'est une transformation du même genre que nous notons dans la Vierge du Marturet.