Cf. plus loin, chap. VIII et XII
3. Cf. plus haut, chap. I, p. 29 et 35. On nous a affirmé que cette statue n'avait jamais quitté la chapelle. Elle aurait donc, d'après ceci, pu être commandée par Philippe du Moulin, pour le château primitif qui fut commencé vers 1475, à moins qu'elle n'eût été, à ce moment même, apportée de quelque autre église ou chapelle antérieure.
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mièvrerie que ron n'en trouvait au xiv'' siècle, mais sans atteindre cependant à la rondeur flamande ou bourguignonne du xv^'.
A Tours même, avi Musée de la Société archéologique, une statuette en bois, représentant une Mater dolorosa'^ qui provient peut-être de quelque calvaire, nous paraît pouvoir se rattacher sans peine au même groupe, et présenter les mêmes caractères et la même signification. Le geste est juste et expressif sans être violent ; la main droite pend le long du corps et la gauche est ramenée vers la poitrine. Les traits réguliers, le nez droit, les yeux et la bouche fine se rapprochent beaucoup du visage de la Vierge du Marturet, mais la draperie surtout, dont un pan couvre la tête et qui retombe largement mais simplement, est toute voisine de ce que nous ont montré les deux œuvres précédentes.
La chute même des plis vers le bas offre des procédés identiques et laisse apparaître, comme dans les deux autres statues, le chaussure pointue qui disparaîtra dans la dernier tiers du xv'' siècle. Nous avons enfin, avec ce dernier morceau, la preuve que cet art, comme celui du xiii*^ siècle, sait être dramatique et profondément expressif, sans être violent et sans perdre sa grâce délicate. Nous ne constaterons pas autre chose à Solesmes.
Cette transformation à peine sensible des types du xiv^ siècle, différente et indépendante de celle qui s'accomplissait en Bourgogne, se rencontre forcément aussi dans les provinces comme l'Ile-de-France, où l'influence bourguignonne fut à peu près nulle.
Au Musée de Gluny une petite figure en bois que l'on attribue au xv^ siècle
Tours ^ Musée archéologique) Mater Dolorosa. (Bois.)
1. Elle se sépare très nettement ainsi d'œuvres charmantes également, mais où le côté flamand est plus accentué, d'une autre sainte Catherine, par exemple, qui se trouve à Autun, dans la collection Bulliot.
2. Calai. Palustre, IS7 1 , n° 361. Demi-nature. Don de M. Lambron-de-Lignim. La provenance exacte n'est malheureusement pas indiquée.
attire par un charme tout particulier. C'est une femme simplement vêtue, avec la tête couverte d'un grand voile ; elle porte un cierge d'une main, un livre de l'autre. C'est, paraît-il, une Notre-Dnme-des- Ardents^ qui provient de l'église de Poissy ' . Les plis y demeurent tout gothiques , simples et logiques sans la profusion bourguignonne. La figure reste élégante, tout en étant d'une grande vérité dans la pose et l'expression. A Poissy même, on voit encore deux statues en pierre qui paraissent inspirées du même esprit, c'est vme sainte Anne instruisant la Vierge, et une sainte Barbe peut-être légèrement postérieure ; on peut les considérer comme étant de la même famille que la statuette de Cluny de la même famille aussi, à un degré plus éloigné, que la Vierge du Marturet et la sainte Catherine du Moulin.
Nous revenons à notre région de la Loire avec un monument ou plutôt un ensemble de monuments très important à considérer pour nous dans la recherche que nous poursuivons en ce moment, d'autant plus important que cet ensemble, très bien conservé, porte une date presque certaine : ce sont les quinze statues disposées tout autour de la chapelle du château de Châteaudun, sur des colonnes terminées par un chapiteau représentant un angelot. Nous savons que cette chapelle était achevée et consacrée en 1464 ^. Les statues doivent donc être d'une date très voisine de celle-ci, et nous font connaître par conséquent l'état de la sculpture dans cette région française moyenne au moment où Michel Colombe va commencer à y travailler. Or on y remarque infiniment peu de traces d'influences bourguignonnes et on y sent bien davantage la persistance de ce style gothique du xiv^ siècle, légèrement émancipé et assoupli, que nous venons de distinguer dans les œuvres précédentes.
Un caractère qui frappe au premier abord lorsqu'on compare ces statues à celles de l'école dijonnaise, c'est l'élancement de leurs proportions. Elles n'ont rien de l'aspect lourd et trapu qui caractérise en général les sculptures de Clans Sluter et surtout celles de ses successeurs. Elles sont également d'allure beaucoup plus calme, moins dramatique peut-être, mais plus élégante. Les têtes n'offrent pas ces recherches d'expressions fortes ou ces physionomies vulgaires des prophètes et des sibylles de la clôture d'Albi, dernier terme de l'art bourguignon. La draperie enfin sur laquelle il convient toujours d'insister, car c'est là que se trahissent à peu près sûrement les habitudes, les traditions, l'origine d'un ouvrier, la draperie n'a rien de commun dans son système
\. C.ilalogue n° 743.
2. A Cluny encore on peut remarquer une sainte Barbe en pierre (sans n"), très allongée, élégante et de figure gracieuse, qui tient à la fois par ses caraclères du xiv" et du xv^ siècle.
3. Cf. plus haut, chap, I, p. 24, et Coudray, Ilist. du chât. de Châteaudun, p. 32-33.
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de plis avec celle dont nous avons dit l'ampleur, l'épaisseur et les complications cherchées. C'est ici un procédé beaucoup plus simple ; le drapé j est suffisamment souple , et ne se sent plus des formules du xiv^ siècle, mais il se rapproche de la nature, sans tomber dans ces excès de virtuosité qui dégénèrent bientôt ailleurs en de nouvelles formules.
La Vierge en particulier a de grandes analogies avec celle de Riom, non seulement dans l'arrangement du costume, mais aussi dans le type du visage, très correct et régulier, animé d'un demi-sourire de l'effet le plus charmant et le plus délicat. L'enfant est à demi-nu, comme déjà dans certaines œuvres gothicpies, et comme nous le verrons également dans les principales vierges de l'école de Michel Colombe, la Vierge d'Olivet, la Vierge de la Bourgonnière et la Vierge d'Ecouen*. La figure dans son ensemble paraît comme à mi-chemin entre le pur style gothique et ce style français renouvelé vers lequel nous nous dirigeons. On pourrait du reste en rapprocher pour montrer que ce n'est pas là une œuvre isolée, quelques morceaux comme une sainte au livre, conservée à Cluny^, un peu antérieure peut-être, et plus
^ ^ Clichr <lrs M.in. Iiist.
près du style du XIV<^ siècle, ou ChàteaucUm. Chapelle du château. - Vierge.
( Pierre peinte. )
1. Il est assez difficile, aussi bien en France qu'en Italie (cf. Marcel Reymond, Les délia Robbia), de se servir de ce caractère pour dater une figure. On peut dire cependant en général que c'est seulement vers le milieu du xv" siècle qu'apparaît cette demi-nudité de l'enfant, mais on ne saurait y voir chez nous une habitude importée d'Italie puisqu'on la trouve déjà dans des statues toutes gothiques, celles par exemple de Beaumont-sur-Loire ou celle de Châteaudun.
2, Sans n". Grande salle de sculpture.
comme une petite Vierge en pierre du Musée de Chartres ; celle-ci est couronnée, ainsi que la Vierge de Châteaudun, avec des bandeaux de cheveux apparents, elle porte comme elle l'enfant à demi nu sur le bras gauche, et son visage est d'une grâce légère et souriante, sa draperie d'un gothique assoupli sans excès ni manière ^
Les autres statues, un peu moins caractéristiques et moins soignées peutêtre aussi dans leur facture, offrent cependant un intérêt presque égal. Le saint Jean-Baptiste est conçu selon le type traditionnel, adopté par les Bourguignons, mais antérieur à eux. Il est d'exécution un peu plus sèche et plus nerveuse et n'a pas l'ample majesté de celui d'Autun, par exemple, ni la bonhomie un peu vidgaire de ceux de Limeraj et de Cangey. Il se rajDproclierait plutôt d'un saint Jean-Baptiste en marbre de la Trinité de Vendôme^ qui avait été donné en 1393 par le duc Jean VII à l'église Saint-Georges de cette ville-, et qui est d'un réalisme modéré avec une certaine finesse précise. Mais il n'a pas encore l'élégance affinée que nous trouverons bientôt dans l'école. C'est un intermédiaire, et, si l'on peut dire, une œuvre de juste milieu.
Dans le reste des figures, il y a, semble-t-il, plusieurs manières, et, à coup sûr, plusieurs mains''. Certaines, comme le saint François d'Assise, sont assez lourdes et peu significatives. Le sai?it Jean VEvangéliste et plusieurs autres, surtout la sainte Elisabeth de Hongrie, sont plus singulières : très allongées, un peu plates, comme des statues-appliques, suivant un type assez rare dans l'art français, elles sont d'un réalisme très précis, les costumes, qui sont bien ceux du temps, tombent droits, presque sans aucun jeu de draperie, sans aucune velléité d'arrangement pittoresque.
Enfin, dernier groupe, une série de figures féminines portent des draperies flottantes à grands plis qui tendraient à les rapprocher davantage du style bourguignon ; pourtant les têtes sont très petites et les corps encore très élancés, les gestes élégants et les physionomies délicates bien qu'un peu moins fines que celles de la Vierge. Il y a là une sainte Madeleine, une sainte Catherine, une sainte Agathe, une sainte Barbe et une sainte Marguerite. La sainte Geneviève, un peu plus petite et de proportions différentes, n'est pas
1. Au Musée de Chartres également, une statue d'ange en pierre, qui faisait sans doute partie d'un groupe de l'Annonciation, est un bon type de sculpture française du xv*^ siècle, sans influence bourguignonne.
2. Cf. Bull. Soc. archéol. de Vendôme, 1885, p. 35 et suiv., et abbé Simon, Histoire de Vendôme, t. I, p. 199.
3. Nous ne parlerons pas à dessein d'une statue de dimensions beaucoup moindres qui se trouve aujourd'hui dans la chapelle et représente Jean d'Orléans, comte de Danois. C'est un morceau de sculpture réaliste assez fine et précise, mais qui ne fait pas partie de la série ; il se trouvait jadis sur un pignon du château et a été apporté ici après avoir été abattu par le vent.