‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 4 sur 305 · PREUVE TIRÉE DE L ' A R C H I T E G T URE · texte numérisé non relu

PREUVE TIRÉE DE L ' A R C H I T E G T URE

L'architecture en France, dans la deuxième moitié du siècle, est-elle un art épuisé? — Allaclicnient des artistes aux principes gothiques. — Y a-t-il diminution, de l'activité, de la fécondité d'invention ?

Transformation du style gothique. Qualités nouvelles, do clarté et d'élégance.

Place prépondérante et développement tout nouveau de l'architecture civile. — Ses caractères.

Persistance du tempérament essentiel de l'art français après l'invasion italienne.

MONUMENTS d'aUCHITECTUUE ItELIGlEUSE

Dans la région de la Loire. — Tours, Amboise, Loches, Sainte-Cathcrine-de-Fierbois, etc. — Églises rurales. — Dans le Blaisois, l'Orléanais, le Poitou, l'Anjou. — Vendôme et Nantes.

En dehors de la région de la Loire. — La Champagne, la Normandie, le Nord. — L'Ile-de-France, l'Est et le Centre.

Continuation des constructions de style gothique après 1495.

MONUMENTS D'.i.UCniTECTUUE CIVILE

Dans la région de la Loire. — Les dernières demeures féodales. — La royauté en Touraine. — Constructions des Dunois, du roi René, de Jean Bourré. — Série de châteaux antérieurs à 149'j. Les grandes constructions du slyle fleuri, avant et après 1495 ; Amboise, Le Verger, Blois, Ussé, etc. Manoirs, maisons de ville, à Tours, à Angers, à Bourges.

En dehors de la région de la Loire. — Les châteaux normands, etc. — Vhôtel à la française. — Les

hôtels de ville, les palais de justice. Conclusion.

C'est clans rarchiteclure surtout que se manifeste la vitalité de l'art français de la fin du xv<^" siècle, et pourtant c'est là peut-être qu'on a le plus essayé de la nier. M. Mûntz a écrit dans sa Renaissance au temps de Chatoies VIII : « L'état de stagnation de notre architecture à la fin du xv^ siècle tenait, on ne saurait trop le répéter, non* à la valeur personnelle de nos artistes, mais à leur respect pour un style usé et épuisé*. » Et d'après lui, ce serait seulement une fois en possession des doctrines de la Renaissance que ces mêmes ouvriers allaient, grâce à ce secours merveilleux, couvrir le

1. Miintz, La Renaissance en Italie au temps de Charles VIII, p. 459. Cf. aussi Louis Dimier, Le Primatice, chap. II, passim.

sol de la France de monuments incomparables. Notre sentiment est tout différent.

D'abord, en fait, cette floraison d'édifices civils et religieux, qui marque les règnes de Charles VIII, Louis XII et François P'', avait commencé bien avant l'importation italienne ; et lorsque l'on vit se construire ces gracieuses demeures d'Amboise, de Blois, de Chenonceaux, d'Azay-le-Rideau , c'est l'activité et les qualités propres de nos artistes qui continuèrent à s'y déployer ; ces artistes, à ce moment même, ignoraient profondément les doctrines de la Renaissance ; ils avaient adopté les modes nouvelles de décoration, sulji, pour certaines grandes constructions, la direction plus nominative qu'effeclive d'Italiens dont l'action resta longtemps toute superficielle ; mais le plus souvent, livrés à eux-mêmes, ils gardaient leurs vieilles habitudes de conslruclion, et c'était la grâce robuste de leur lempérament qui s'épanouissait dans ces constructions nouvelles ' .

Mais si l'habit d'emprunt qu'ils viennent de revêtir leur fait trouver grâce devant l'historien de la Renaissance italienne, il n'en est pas de même pour leurs prédécesseurs immédiats, pour ceux qui se « conlenlaient d'un idéal plus accessible, continuaient à s'attacher à un style qui avait fait son temps, et neutralisaient ainsi leur science et leurs talents'^ ». Les princes, fidèles aux traditions de leurs ancêtres, et qui ne songèrent pas à appeler des Italiens, ne sont pas mieux traités. François II de Bretagne est gourmandé pour son (( incurable attachement aux formes tourmentées de la décadence gothique », et l'historien s'écrie à un certain moment : « Attachement inconcevaljle chez une race aussi vive et aussi spirituelle à des idées, à des méthodes, en un mot à une civilisation depuis longtemps condamnée-^! » Cet attachement que constate M. Mûntz, loin de songer à nous en indigner, nous le trouvons tout à fait touchant et de plus tout à fait naturel. Quel autre idéal eussent pu concevoir des Français de 1480 que l'idéal gothique transformé et adapté aux goûts du jour ? Que connaissaient-ils autre chose , à très peu d'exceptions près ? Il n'est même pas très juste de parler à ce moment, comme le faisait volontiers Courajod, des résisliinces de l'art franco-flamand. L'apport étranger était bien minime encore, et l'on ne saurait dire que l'art français ait eu, dès le milieu du xv*^ siècle, à résister et à lutter; il ne faisait que se continuer, se développer, tranquillement et logiquement.

1. Cf. VioUot-le-Duc , Dictionnaire d'arcliilccliire, I, 1jO-1C9. — Paliislro, La Renaissance en France, passim. — Anlhyme Saiut-Paul, La Benuissaiice en France, Bulletin monumental, 1884, p. 237-269.

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