Cf. chap. II, p. 48, fig
P. ViTRY. — Michel Colombe et la sculpture française.
avaient une à Gaillon, dans la vallée de la Seine. Dans la seconde moitié du xv*^ siècle, l'archevêque Jean de Bernard,, en même temps qu'il faisait travailler à la cathédrale de Tours, se plut à faire embellir cette résidence; en particulier entre 1455 et 1464, il enrichit la chapélle dont il subsiste encore quelques restes, d'un chœur et d'un autel. Cet autel fut décoré d'un retable en pierre qui nous a été conservé'.
Il est divisé en trois compartiments encadrés dans une décoration
Vernou. — Détail du retable de Jean de Bernard. (Pierre peinte.) • (Après restauration.)
gothique sobre et puissante-. Dans le soubassement surtout, à côté des écussons armoriés, quelques beaux feuillages se rattachent à ces séries de décorations végétales que nous avons examinées tout à l'heure. Le compartiment du milieu présente en relief assez saillant une Nvtre-Dnme-de-Pilié entourée des instruments de la Passion. Ceux des côtés, deux donateurs agenouillés : c'est à gauche, l'archevêque Jean de Bernard lui-même, à droite un
1. 11 a figuré long-temps à la mairie de Vernou. On l'avait fait venir à "Tours pour l'exposition rétrospective de 1890. (Cf.. Palustre, Catalogue ill., pl. XIII). Depuis il a été acheté par un particulier qui l'a utilisé ])our décorer l'autel de la chapelle du'chàleau de Valmer à Changey, non loin de Vernou. 11 a été restauré et repeiut. Mais pounjuoi a-t-on changé les. armoiries ?
L'héliogravure que nous donnons ici, et dont la planche nous a ^té obligeamment communicjuée par M. Pérical, éditeur à Tours, représente l'état ancien du monumept. La photographie que nous reproduiscnis dans, le texte a été faite d'après le monument restauré.
2. Nous avons rencontré un relable gothitpje dont la disposition générale est très analogue dans la chapelle du cimetière de Sainl-Florenl-le-Vieil, au delà d'Angers. Mais les sujets représentés sont tout à fait différents. Ils sont d'ailleurs horriblement mutilés.
LA SCULPTURE FRANÇAISE EN DEHORS DE l'iNFLUENGE BOURGUIGNONNE 83
de ses neveux en costume civil, peut-être un autre Jean de Bernard qui fut lieutenant du bailliage de Tours et maire de la ville en 14G5, à moins que cela ne soit François de Bernard, receveur général des finances de Touraine, maire en 1468.
La Pitié est assez différente de celles où nous avons vu tout à l'heure une influence bourguignonne très certaine. L'attitude très naturelle est celle que l'on trouve dans les Pitiés champenoises', dans la pure tradition française par conséquent : une main sous la tête du Christ, une autre vers le milieu du corps, comme si la Vierge cherchait à soulever ou à retenir le cadavre. La physionomie est moins vulgaire et d'une expression plus profonde qu'à Solesines ou à Dierre. La draperie est moins lourde ; les plis du voile et de la robe, un peu cassés vers le bas, sont moins épais. L'anatomie du Christ, le modelé de sa tête, crispée par la souffrance, où la bouche entr ouverte laisse voir les dents, est plus fin et plus nerveux. Cela est d'un art très juste, très expressif, très réaliste, mais très digne en même temps.
Il n'y a rien qui nous paraisse ressembler davantage à l'art de Fouquet lorsqu'il reste purement français et ne recherche pas, ainsi que cela lui arrive parfois, des effets dramatiques à l'italienne-. Le type même de la Vierge de Pitié de Vernou, ce visage rond de paysanne tourangelle, est bien aussi celui qu'affectionne le miniaturiste, et l'on peut dire enfin que les deux donateurs ont cette même précision fine, cette même justesse dans le rendu d'une physionomie et d'une attitude, sans brutalité réaliste ni exagération de mouvement théâtral, que nous trouvons dans les portraits célèbres de
Tours. Musée archéologique. — Tôle de jeune liomme. ( Pierre peinte. )