‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 41 sur 305 · Cf. Koechlin et Marquet de Vasselol, ouv. cit., passim · texte numérisé non relu

Cf. Koechlin et Marquet de Vasselol, ouv. cit., passim

2. Par exemple, dans sa Vierge de douleur du Livre d'heures d'Élienne Chevalier qui, au pied de la croix, le cadavre du Christ sur les '^•enoux, lève les deux bras au ciel dans un geste déclamatoire à la Mantegna. On s'aperçoit bien ])ar là, au moins autant ((ue par ses décors à l'antique, que Fouquel a été en Italie. Mais, en général, son style simple et sobre ne s'éloigne pas sensiblement de celui de tous les imagiers ses contemporains et de celui de l'imagier de Vernou en particulier.

Juvénal des Ursins, au Musée du Louvre, ou de maître Etienne Chevalier, au Musée de Berlin. C'est à ces créations du grand portraitiste que nous fait penser surtout le personnage de droite, avec sa robe fourrée, son aumônière, ses mains jointes et sa bonne tête de bourgeois tourangeau ; il prie

dévotement avec la même nuance de piété calme, sérieuse et grave que le Juvénal des Ursins par exemple.

Nous trouvons encore ce même accent très fin, cette même pénétration de naturalisme discret et svir dans une tête de jeune homme en pierre peinte dont nous ignorons la provenance et qui se trouve au Musée de la Société archéologique à Tours. C'est à coup sûr un portrait, d'une exécution très soignée et très précise. De longs cheveux bouclés, une barbe naissante, fmement indiquée, des lèvres saillantes et des yeux un peu à fleur de tête donnent à la sculpture un allure personnelle tout à fait curieuse ; c'est bien là, nous semble-t-il, le genre de réalisme qui devait flevirir à Tours au temps de l'apogée de la carrière de Fouquet et des débuts de Michel Colombe, exact et précis, mais sans brutalité ni exubérance. Nous verrons comment les artistes de la fin du xv° siècle allaient y ajouter une certaine douceur enveloppée très séduisante, mais amollissante un peu.

Une autre œuvre importante et rare, empreinte du même esprit et datée , celle-ci, avec une précision rigoureuse, c'est le délicieux angelot en bronze du chûleau du LudeK II avait été sans doute exécuté pour Jean Daillon, seigneur du Lude, et devait servir de girouette sur une tourelle du château primitif agrandi et repris plus tard dans les premières années du xvi*^ siècle. L'auteur de ce morceau, par ime fantaisie ou un scrupule infiniment rare, et

Angelot. (Bronze.)

i. Cf. de Wismes, le Maine el V Anjou, 1802, t. II, pl. — Courajod et Marcou, Cat, Trocadéro, XI y el XV^ siècles, n° 710.

LA SCULPTURE FRANÇAISE EN DEHORS DE l'iNFLUENCE BOURGUIGNONNE 85

dont nous ne pouvons guère citer d'autres exemples en France avant le xvi^ siècle, avait pris soin de signer son œuvre. Au revers de l'une des ailes, nous pouvons lire l'inscription suivante ' :

« Le XXV H jour de Mars, Van Mil CCCC LX-j-XV Jehan Barbet, dit de Lion fit cest angelot. »

Qu'était-ce que ce Jean Barbet? Étaitil établi dans cette région ou seulement de passage? Nous n'en savons rien.

Seule, la formule « dit de Lion » nous renseigne sur son origine. On a trouvé à Lyon plusieurs mentions d'un canonnier fondeur de ce nom employé par le Consulat entre 1491 et 1507 '. Est-ce notre homme ? Ou l'un des siens ? Peu importe d'ailleurs la personnalité de l'artiste, la date et surtout l'esprit de l'œuvre nous intéressent bien davantage.

Celle-ci est tout à fait charmante, avec un peu de mièvrerie et d'élégance poussée à l'extrême. Sa silhouette fluette et démesurément longue ne doit pas du reste être interprétée uniquement dans ce sens. La figure était faite pour être vue d'en bas, et l'effet de raccourci la ramenait à peu près aux proportions normales En même temps un arrangement décoratif très ingénieux, l'adaptait à sa fonction de girouette avec ses grandes ailes pour volant et sa petite main tendue pour flèche. Le geste est d'un naturel parfait, et l'exécution d'une finesse admirable dans les parties d'ana- '

tomie comme les mains, d'une souplesse délicate dans le rendu de l'étofTe légère de la tunique serrée à petits plis. Avec son air plein de candeur et

1. C'était là du reste une pratique de fondeur plus que de sculpteur; nous connaissons plusieurs sculptures en bronze signées, au moyen âge, les tombeaux des ôvêques d'Amiens par exemple ; nous n'en connaissons aucune en marbre ou en pierre.

2. Cf. Natal. Rondot, Les sculpteurs de Lyon du XIV' au XVIIl" siècle, 1884, p. 20.

3. L'architecte moderne qui l'a placée dans sa restauration au bas d'un escalier comme une boule de rampe n'a tenu aucun compte de cet effet.

Château du Lude. — Anijelot. ( Bronze. 1

d'ingénuité, son sourire aigu, cet angelot nous apparaît comme un petit frère de ceux de Memling; mais c'est en même temps un précurseur de ceux de Michel Colombe au tombeau de Nantes qui seront plus robustes à la fois et plus gracieux encore, d'une grâce plus pleine et plus savoureuse.

A côté de cette œuvre d'un mérite tout à fait exceptionnel, quelques figures analogues nous présenteraient en Touraine certaines de ses qualités. Tel par exemple le petit saint Michel long vêtu de Soiivigné qui, armé d'une lance et d'un bouclier, terrasse d'un geste tranquille et énergique un dragon assez semblable aux tarasques des saintes Marguerite bourguignonnes. Tels deux anges un peu plus robustes sculptés sur des panneaux de chêne qui se voient à l'église de Rouziers. Nous saisissons dans ces œuvres secondaires la même persistance du tempérament traditionnel avec la même progression vers la grâce et la douceur,

La décoration des portails.

En dehors de ces quelques monuments, il existe encore plusieurs séries d'œuvres qui nous permettent aussi de constater vers 1460-1480, principalement dans notre région de la Loire, l'existence d'un art gothique purement français qui ne paraît guère avoir subi l'influence du style bourguignon. C'est, d'une part, la décoration de certains portails d'églises, de l'autre un assez grand nombre de monuments funéraires, avec leurs gisants et leurs figures accessoires.

Pour les portails, nous avons déjà indiqué comment on avait coutume de les concevoir à l'époque où nous sommes placés'. La grande composition centrale disparaissait généralement, remplacée par quelque vitrail aux meneaux flamboyants ; parfois, au milieu de ses fines et savantes découpures s'enlevait seul quelque motif sculptural, statue ou groupe. Mais les voussures, lorsque l'édifice était important, bénéficiaient de la disparition du tympan, et des scènes entières ou des fragments de scènes y trouvaient place au lieu des personnages isolés que les imagiers gothiques du xii*', du xiii*^ et du xiv'' siècle y avaient placés, plus logiquement peut-être : tels par exemple les prophètes du portail de la Chaise-Dieu'^ (fin du xiv^ siècle).

La façade de Saint-Antoine de Viennois'^ à laquelle travailla Antoine Lemoiturier nous montre encore dans certaines voussures des figurines de prophètes assis qui appartiennent toujours au même type primitif. Mais à côté, dans les deux cordons extérieurs, on voit, sous chaque dais, des

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