Cf. Courajod, Gaz. ai-chéoL, 1888, p. 165 et suiv., fig
3. Cf. plus haut, chap. III, etJ.-J. Marquet de Vasselot, art. cité, fig.
LA SCULPTURE FRANÇAISE EN DEHORS DE l'iNFLUENCE BOURGUIGNONNE 87
groupes d'anges chantant ou faisant de la musique. C'est un acheminement vers les scènes multiples que nous allons trouver tout à l'heure à Vienne par exemple, tout à côté de Saint- x\ntoine, dans une façade qui dérive certainement de la première.
L'arrangement ingénieux de ces petites compositions n'est pas sans rapport avec les groupements pittoresques chers aux artistes flamands du xv'^ siècle. On pourrait même en chercher le type original dans certains retables des premiers imagiers brabançons, ou dans la décoration de certains hôtels de ville. On retrouverait aussi, dans les architectures peintes en grisaille qui encadrent les compositions d'un Rogier van der Weyden, ces séries de petites histoires formant groupes sous des dais très fouillés, encadrés dans les cordons d'une voussure'.
Ce n'était pas d'ailleurs chez nous tout à fait une nouveauté : à Chartres, au Mans, à Auxerre, à Paris (portail central de la cathédrale et surtout petite porte rouge), on avait vu déjà s'encadrer parfois dans les voussures romanes ou gothiques de véritables scènes à plusieurs personnages. Mais cela se complique légèrement à l'époque où nous arrivons maintenant.
Lors même qu'il n'y a qu'un seul per- Dieux, sonnage, celui-ci fait moins corps avec
l'architecture ; il est sculpté davantage pour lui-même , il se détache de l'ensemble, prend des attitudes, fait des gestes, et se drape le plus souvent dans un manteau plus compliqué ou plus réaliste^. Parfois même, comme à
Détail des voussures.
1. Ainsi dans un triptyque de van der Weyden à l'institut Staedel de Francfort, dans le triptyque de Miraflorès en Espagne, etc. Ces architectures étaient le plus souvent très soignées et très exactes, comme celle de la cathédrale où van der Weyden a représenté les sept Sacrements à Anvers, et elles reproduisaient certainement des dispositions réelles.
2. Nous en avons des exemples à Sens (portails latéraux), à Pantoise (église Saint-Maclou, portail occidental), à Chauinont-en-Vexin, à Gisors, à Vernon, à Rouen (portail principal de la cathédrale), à Alençon (église Notre-Dame), à Saintes, à Fontenay-le-Comte (représentation des vierges sages et des vierges folles), etc., etc.
Dreux (prophètes lisant ou écrivant sur des pupitres), le personnage dans sa niche est installé comme dans un véritable petit intérieur avec tout son mobilier et tous ses accessoires sous la main.
Qu'y avait-il au juste dans les voussures de Tours, qu'y avait-il dans celles de Troyes, aux deux grands portails de cathédrale les plus importants qui aient été bâtis à la fin du xv"^ ou au début du xv*^ siècle? Les mutilations et parfois les restaurations trop complètes qui suivirent nous empêchent de le pouvoir dire
Mais nous savons déjà le rapport qui existe entre la façade de la cathédrale de Tours et celle de Nantes. Celle-ci fort heureusement a conservé presque
Nantes. — Portail principal de la caUicdrale.
intacte une grande partie de sa sculpture et c'est là que nous allons pouvoir prendre quelque idée de ce qu'était sans doute la décoration du portail de Tours ; rappelons-nous que les deux façades furent exécutées presque à la même époque vers 1470-1480, que l'architecte de Nantes, Mathelin Rodier, était tourangeau et que ses collaborateurs pouvaient fort bien l'être aussi-.
d. A Tours, les dais eux-mêmes ont été refaits. Quelques-uns des anciens dais se trouvent aujourd'hui déposés au Musée de la Soc. archéol. (Cf. Calai. 1871, n° 335), mais il ne reste rien à notre connaissance des personnages ou des scènes qu'ils abritaient.
Les restaurations ont fait de même disparaître toute trace de sculpture ancienne à Notre-Damela-Riche, dont le portail devait être également très orné.
2. Nous ne connaissons par malheur qu'un nom de sculpteur ayant travaillé à ce portail, celui de Jehan André (cf. de Granges de Surgères, Artistes nantais), et il n'est cité que pour un travail très secondaire : il fait pour huit livres tournois un « timbre » dont il fournit la pierre (1481) et que son frère Guillaume se chargera de peindre. Il n'est nullement prouvé qu'il soit l'auteur principal ni même un des auteurs des sculptures du portail.
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Ce portail ' comprend trois grandes portes sur la façade et deux autres en retour. Aucune grande statue n'y a été conservée. Le saint Pierre du trumeau central est moderne. Le tympan de la porte principale est refait également et aujourd'hui aveugle ; tous les autres sont conçus selon le type ajouré que nous avons décrit plus haut. Au milieu de celui de droite, se détache un groupe de sculpture pittoresque représentant un épisode de l'histoire de saint Paul ; à gauche, deux groupes mutilés placés au sommet de deux arcs en accolade devaient représenter les saintes femmes avec leurs enfants entourant une sainte Anne éducatrice , figurée sans doute dans le motif central, au jourd'hui presque complètement disparu.
Mais la partie principale de la décoration, en assez bon état heureusement, ce sont les voussures garnies d'une série de petits groupes sculpturaux très finement ciselés et très pittoresques. Dans la porte centrale, ces groupes, reliés les uns aux autres par un thème commun, constituent un Jugement dernier. Le trumeau ou le tympan devait être orné de quelque statue du Christ-Juge ; on voit encore, dans le bas des voussures de gauche, les morts qui ressuscitent, puis les anges qui les présentent deux par deux au Souverain Juge ; d'autres anges accueillent les élus, tandis qu'au bas, à droite, les démons précipitent les damnés dans l'enfer et les tourmentent férocement. Tous ces
Nantes. — Détail des voussures.
Scènes de la vie de saint Pierre.
1. Il a étô décrit par Guilherniy, dans les Annalea archéologiques, II, 87. Malheureusement celuici n'a pas indiqué la série complète des scènes représentées dans les voussures. Il y aurait là à entreprendre une longue et minutieuse étude iconographique, rendue souvent très difficile par les mutilations, surtout dans les deux portes en retour, qui ont plus souffert et paraissent de plus avoir été moins soignées.
petits groupes séparés se réunissent clans un rythme très harmonieux. Quant à Texécution du détail, elle est d'une précision savante dans le rendu des nus, d'une vivacité et d'une variété ingénieuse dans les attitudes , d'un charme tout à fait délicat dans l'expression des visages des anges et des élus ; ceux-ci rappellent avec un peu plus de bonhomie et de rondeur le type de l'angelot du Lude.
Les groupes que l'on peut voir dans les voussures des deux portes latérales sont peut-être plus curieux et plus significatifs encore. La porte nord est consacrée à saint Pierre, la porte sud à saint Paul, et l'on y a représenté des épisodes de la vie des deux saints ; c'est par exemple, dans la première, saint Pierre préchant aux Gentils et accomplissant divers miracles, puis saint Pierre dans sa prison visité par un ange, saint Pierre rencontrant son maître aux portes de Rome, saint Pierre jugé, puis martyrisé. Dans la seconde, c'est saint Paul renversé de cheval sur le chemin de Damas, saint Paul à l'Aréopage, etc. Chacune de ces petites scènes, qui comprend parfois six ou huit personnages, est rendue avec une vivacité et un esprit singuliers. Témoin celle où l'on voit les deux apôtres, à genoux au milieu d une foule bigarrée, obtenant par leurs prières la chute de l'imposteur Simon le Magicien qui avait prétendu s'élever au ciel comme le Christ dans son Ascension, et que l'artiste a représenté lamentablement précipité la face contre terre. Les gestes sont simples et expressifs : il n'y en a guère de plus frappant que celui du Christ à qui saint Pierre, déjà armé de son bâton de voyage et sur le point de franchir les portes de la ville pour fuir la persécution, adresse le fameux : « Domine quo vadis ? ' »
L'arrangement des groupes est très ingénieux et parfaitement combiné pour les effets de la perspective. Grâce à un échafaudage, nous avons pu récemment étudier de près l'une de ces séries de sculptures et nous rendre compte du soin avec lequel l'artiste s'était préoccupé des raccourcis et des effets à obtenir pour l'œil du spectateur qui regarde ses sculptures de bas en haut. Le geste par exemple du saint Pierre baptisant, qui paraît d'une extrême justesse lorsqu'on le voit du parvis, est tout à fait dévié, hors de proportions et comme dégingandé, lorsqu'on le voit sous un angle différent et pour lequel il n'est pas fait. On s'aperçoit aussi, à regarder les choses de près, que l'exécution est moins minutieuse qu'on ne serait tenté de le croire de loin. L'imagier qui a taillé toutes ces petites scènes possédait une science très juste
1. Il y avait à Saumur et datant tout à fait de la même époque (1471-1477) un groupe du Domine quo vadis dans l'église Saint-Pierre, avec des statues du roi René et de sa femme en donateurs, le tout dû au sculpteur Poncet. (Cf. Lecoy de la Marche, Le roi René, II, 93-9i-.) Peut-être avons-nous ici comme un reflet ou un souvenir de cette œuvre importante, malheureusement disparue.
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des simplifications nécessaires, une grande habileté à trouver le caractère essentiel d'une figure ou d'une scène. Son œuvre est éminemment décorative.
On peut sans trop d'exagération, devant cet ensemble, songer aux basreliefs de Ghiberti à la première porte du baptistère de Florence ; les scènes y sont composées à peu près de la même manière, comprenant d'ordinaire le même nombre de personnages , groupés dans une action commune, sans accessoires inutiles. Mais il n'est nullement indispensable, selon nous, de voir dans la clarté de ces petites compositions une influence classique , une communication avec quelcpie modèle italien. C'est dans la décoration que se manifeste toujours, de prime abord, toute influence étrangère. Or, il n'y a rien ici dans l'ornement, qui sorte de la plus pure tradition gothique, ni dans l'encadrement architectural des scènes, ni dans l'architecture même des édifices qui peuvent y être représentés. Si l'on pense à Ghiberti, c'est par suite de cette espèce de préjugé qui nous fait toujours tout ramener à l'art italien. Si l'on connaissait un peu ijiieux l'art du nord, on songerait peut-être plutôt devant ces petites sculptures pittoresques, ainsi que nous l'indiquions tout à l'heure, à certains reliefs flamands, comme ceux du pourtour du chœur de Hal, ceux des retables de Léau, et de Hackendover, ou à certains basreliefs des hôtels de ville de Bruxelles et de Louvain, véritables chefsd'œuvre de réalisme pittoresque qui, tout à l'origine de l'école brabançonne, vers 1450 ou même un peu avant, gardent encore cette simplicité, cette justesse d'attitudes expressives et cette modération dans le geste qu'ils vont perdre par la suite à force de se compliquer et de se dramatiser'.
Nantes. — Dcluil des voussures.
« Domine que vadis "? «
1. Cf. J. Destrée, Études sur la sculpture brabançonne, Mém. de la Soc. d'archéol. de Bruxelles, t. VIII, 1893, p. 87 et suiv.
D'ailleurs, il ne faut peut-être voir là aussi qu'un simple rapprochement, car le style de ces sculptures de Nantes est bien purement français. Ce n'est qu'un dévelojDpement plus vi'vant et plus souple des petits bas-reliefs en marbre si courants au xiv*' siècle ^ , développement qui semble bien s'être produit en dehors de toute influence bourguignonne. Le maître en effet ou plutôt l'atelier de Nantes n'a ni l'emphase, ni l'ampleur, ni la lourdeur des imagiers dijonnais et de leurs élèves. Son réalisme est précis et un peu sec ; il cherche dans la draperie, comme nous l'observerons bien souvent par la suite, la simple vérité et non une virtuosité inutile. Enfin, avec la justesse de leurs mouvements, la vérité de leurs attitudes, c'est encore le style de Jean Fouquet qu'évoquent pour nous cette suite de petites scènes si vivantes. C'est le style modéré et précis qui fleurit déjà sur les bords de la Loire aux environs de 14G0. Si l'imagier français est arrivé aux mêmes résultats que Ghiberti c'est par le développement naturel de son art, et non, comme on veut toujours nous le faire croire, par une sorte de plagiat '.
En dehors de Nantes et de la région de la Loire, on pourrait rencontrer dans un certain nombre de monuments des exemples de compositions conçues et exécutées dans ce même esprit. Ainsi, au portail de Snint-Maclou à liouen ^, construit aussi vers le milieu du xv'' siècle (1437-1472), le tympan central contient encore une grande composition sculptée représentant le Christ et toute la cour céleste, et au-dessous, la résurrection des morts ^; mais c'est dans les voussures que l'on trouve, comme à Nantes, les élus et les damnés, présentés par des anges et tourmentés par les démons. Les uns ont la même suavité fine, la même délicatesse d'expression que nous avons observées tout
1. On entrevoit déjà des exemples de ce genre de composition dans certains morceaux français antérieurs, comme celui qui se trouve dans l'édiculc dit du Pas de l'Ange à Fécamp, et qui est daté de 1420.
2. Il y avait encore à Nantes, sur les piédroits des portes, au-dessous des statues qui ont disparu, une série de petits bas-reliefs décorant les piédestaux ; ils ont malheureusement été martelés. Guilhermy a relevé les inscriptions qui figuraient au-dessous de chacun d'eux; mais il nous est tout à fait impossible de juger de leur style. La série se continuait à l'intérieur au revers du portail, et sur les premiers piliers de la nef. Ceux-ci ont été entièrement refaits. Ce devait être, si nous en jugeons par le style des voussures, une série de petits tableaux pleins de vie, mais assez sobres dans leur composition, et ne tombant pas encore dans les complications infinies auxquelles atteindront les bas-reliefs flamands de la fin du siècle.
3. Cf. Ch. Ouin-Lacroix, Ilist. de l'ég. et de la paroisse Saint-Macloii de Rouen, 18i6, p. 19-24; abbé Cochet, Répertoire archéol. de la Seine-Inférieure, 1871, 404-405. L'un des groupes des voussures est moulé au Musée du Trocadéro. Cf. Courajod et Marcou, ouv. cit., n'^ 697-698.
4. Il est à remarquer qu'il n'y a pas, dans cette composition, de registres absolument séparés par des lignes architecturales, comme cela se présentait jadis; nous tendons vers le grand tableau pittoresque auquel nous amèneront certains tympans du commencement du xvi" siècle, ceux de l'église de D/'ef/a; et de La Ncuville-lès-Corhie par exemple. Les personnages qui entourent le Christ sont simplement rangés régulièrement sur des assises de nuages qui rétablissent la symétrie de la composition.
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à l'heure, les autres, la même fantaisie et la même verve burlesque. Nous pourrions encore citer les sculptures des portails latéraux de Gisors^ de Beauvais^ de Saint-Rémi de Reims de la façade principale de Vienne en Dauphiné, etc. Malheureusement, les petits groupes des voussures y sont en général très mutilés et peu lisibles ^
Ces indications peuvent nous faire voir néanmoins que ce parti de décoration, dont Nantes nous offre le plus bel exemple, n'était pas absolument particulier à la région de la Loire, que c'était au contraire une idée francoflamande assez répandue. Nous avons vu le réalisme se continuer et se préciser dans ces sculptures des voussures, avec une grande justesse dans le rendu des mouvements et des altitudes, un grand fini dans l'exécution minutieuse du détail, mais sans complication ni brutalité, avec au contraire une sorte de réserve discrète et modérée, et nous pouvons y reconnaître une des manifestations les plus importantes de ce style général du xv*^ siècle qui échappe pour une bonne partie tout au moins aux influences bourguignonnes.
Sculptures funéraires.
Depuis le xiii® et surtout le xiv^ siècle, la sculpture funéraire avait toujours fourni une ample matière à l'activité de nos artistes. Les Bourguignons s'y étaient exercés comme les autres et avaient créé dans les gisants et les pleurants de leurs tombeaux quelques-unes des figures les plus caractéristiques de leur école. Ici encore pourtant, nous allons trouver, dans notre région de la Loire, une persistance remarquable du style français du xiv*' siècle transformé et assoupli, plutôt qu'une dérivation du naturalisme bourguignon.
Il est facile de nous en rendre compte, en comparant la statue de Geoffroy de Courcitlon (mort en 1395) ^, qui provient de son tombeau à l'abbaye de la Clarlé-Dieu, celle des sires de Rueif qui datent du début et du milieu du xv^ siècle; celle du seigneur de Malicorne, qui est de la fin de ce siècle, et celles enfin, exécutées en plein xvi'^ siècle, de Louis de Poncher et à'Imhert de Bastarnay . C'est bien le même art qui se continue, non seulement dans le type des figures qui est immuable, mais jusque dans les qualités de l'exécution.
Outre le Geoffroy de Courcillon qui nous a été conservé, un peu fruste mais déjà très précis dans son harnachement, la Touraine possédait comme
1. Il y a aussi de très jolis groupes d'anges dans les voussures de la porte des Lions à la cathédrale de Tolède.
2. Cf. Nobilleau, Bull. Soc. archéol. Tour., I, 402-403, et Chalmel, Hist. de Touraine, III, 507-8.
types de monuments funéraires antérieurs au xv*^ siècle et d'autant plus importants à noter qu'ils étaient plus magnifiques, les deux tombeaux des Boucicnuf, érigés dans l'église de l'abbaye de Sainl-Martin de Tours, à la fin du xiv'' et dans la première moitié du xv^ siècle et malheureusement disparus aujourd'hui ' : ils se composaient chacun d'un sarcophage rectangulaire supportant deux gisants et encastré dans un enfeu gothique ; au-dessus se voyait im vitrail avec des figures de saints et des portraits des membres de la famille Boucicaut. Il subsiste quelques débris des sculptures, conservés aujourd'hui dans le Musée Martinien, sous la nouvelle basilique^. Ils sont tout à fait minimes ; mais on peut s'apercevoir cependant, au style d'un débris d'armure ou d'un bas de robe retombant sur un lion de ce que pouvait être la valeur d'un ensemble égal sans doute aux plus belles sépultures françaises du temps. Parmi quelques fragments de bas-reliefs, on en remarque un qui représente une sorte de procession ou de cortège. Ce serait, dit-on, la cérémonie du retour du corps du maréchal Boucicaut, ou simplement quelque cortège funèbre. Le style en est excellent, sans ampleur de draperie exagérée, sans grand déploiement de pittoresque : cela est simple, sobre et vigoureux comme les groupes des voussures de Nantes que nous examinions tout à l'heure ou comme les sculptures qui ornent l'hôtel de Jacques Cœur à Bourges.
Un autre monument, conservé dans une petite église du Berry, présente dans certaines de ses parties un style qui se rapproche de celui-ci sans l'égaler toutefois. C'est le tombeau de snint Si/vain, qui, après avoir figuré longtemps dans une chapelle isolée, se voit maintenant dans l'église de La Celle- Bruère, non loin de Meillant''. Il se compose aussi d'un sarcophage rectangulaire, très sobrement décoré de moulures gothiques et dont les quatre faces portent des bas-reliefs à personnages. Il est surmonté d'un gisant, tête nue, en costume ecclésiastique ^. Ce gisant représente le saint apôtre du Berri qui ne serait autre, d'après la tradition, que le publicain Zachée converti par le Christ à .léricbo. Celui-ci, après avoir prêché l'Évangile en Gaule, aurait été enterré à Levroux ; mais vers le milieu du xv^ siècle, des fragments, puis la
1. Cf. Nobillcau, Sépultures des Boucicaut. Nous ne les connaissons que par les dessins de Gaignières (Pe^ fol. 82 et 84) et par certaines gravures anciennes conservées à la Bibliothèque national, dans les recueiels de Baluze (Bib. nat. Fonds Baluze, vol. LXXVl, p. 412). Les tombeaux étaient très mutilés dès le xvii*^ siècle. Jean l""" le Meingre de Boucicaut était mort en 1307. Son fils, Jean II le Meingre de Boucicaut, maréchal de France, mourut prisonnier en Angleterre en 1421. Son corps fut ramené à Tours.
2. Cf. abbé Bosscbœuf, L'archevêché et In cathédrale de Tours, p. 37.
3. Cf. abbé Duroiscl, Saint Silvain, sa clmprllr, son tombeau, son culte, Bourges, 1893.
4. 11 existe aussi dans l'église de Candes Maine-et-Loire) un tombeau de saint Martin avec un gisant très rétrospectif. Mais celui-ci est très grossier cl sans doute beaucoup plus tardif.
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majeure partie de ses reliques seraient passés à la chapelle Saint-Silvain, près de La Celle-Bruère, où il était particulièrement honoré'. C'est à ce moment qu'on y aurait construit ce tombeau-. Le gisant, dont les draperies sont traitées dans le plus pur style gothique, n'a rien de très particulier, non plus que les angelots malheureusement décapités, qui soutenaient le coussin de tête. Mais la manière dont sont traités les bas-reliefs, manière toute gothique également, vaut la peine d'être remarquée.
Dans le principal de ces bas-reliefs, on voit représentée l'entrée du Christ dans la ville de Jéricho. Il est monté sur une ânesse et suivi de ses douze
La Cellc-Bi uùi e. — lias-relicl' du tombeau de Saint-Silvain. (l'ierre.)
apôtres. Zachée, le publicain, est grimpé dans un arbre pour le voir passer. Au pied de l'arbre, un petit personnage étend son manteau sur le passage du Christ pour lui faire honneur^. A gauche, on aperçoit l'entrée de la ville avec deux bourgeois à la porte. La composition de cette scène est simple et calme; les attitudes sont justes, mais peu mouvementées. Les personnages, un peu trapus, sont habillés de draperies habilement traitées, mais qui n'ont rien de la manière propre aux Bourguignons ; quelques-unes tombent même toutes droites et sans cassures aucunes. On pourrait faire des observations identiques pour les autres reliefs qui représentent des scènes de la vie apostolique du saint, son entrevue avec saint Pierre, l'ensevelissement de son