‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 43 sur 305 · Le chef seul resta à Levroux · texte numérisé non relu

Le chef seul resta à Levroux

2. A quelle époque exacte? Cela est assez difficile à dire. Est-ce en 1444, date à laquelle on enleva déjà à Levi-oux la première partie des reliques du saint sur l'ordre d'Henri d'Avaugour, archevêque de Bourges? Est-ce en 150i, date de la translation de la presque totalité des reliques. Celte dernière date nous paraît Ijien avancée, étant donné le style du monument, et c'est plutôt vers le milieu ou le troisième quart du xv" siècle que nous croyons devoir le situer.

3. Une autre interprétation a été proposée, beaucoup plus compliquée, pour expliquer ce geste pourtant très fréquent dans l'iconographie chrétienne. On le rencontre en particulier dans les fresques de Giotto à l'Arena de Padoue.

compagnon saint Sébasle, des conversions, des baptêmes, etc. : tous ces événements sont finement traduits, sans mise en scène, ni gesticulations. Le détail en est même quelquefois extrêmement délicat et juste d'accent ; le torse nu d'une jeune femme baptisée par le saint nous fait songer par exemple aux meilleurs morceaux de la Résurrection des morts de Nantes.

Par son réalisme discret, sa remarquable finesse d'exécution et sa saveur si purement française, ce monument se range de lui-même dans cette série d'ouvrages échelonnés de Nantes à Bourges, qui nous montrent ce qu'était le style des imagiers gothiques dans la région de la Loire au moment où parut Michel Colombe.

La série des sépultures de Bueil comprenait, avant la Révolution, dix ou douze figures, groupées dans la Collégiale fondée par la famille de Bueil vers la fin du xiv'^ siècle'. La plupart de ces statues furent détruites à la Révolution; quelques-unes enfouies dans un caveau d'où on les a tirées en 1868 Plusieurs fragments, têtes et angelots, avaient été recueillis antérieurement dans les collée lions de la Société archéologique de Touraine où ils sont encore. Les statues entières ou à peu près sont celles de Pierre de Bueil (mort en 1414) et de Marguerite de Chausse, sa femme (morte après 1443), celle enfin de Jeanne de Monlejean, première femme de Jean de Bueil (morte avant 1456] "'. C'est cette dernière qui nous intéresse particulièrement ici.

Les deux premières sont en effet de bonnes effigies réalistes du type des gisants du xiv^siècle, telles que nous pouvons en voir beaucoup à Saint-Denis ou au Louvre ^. Dans l'autre, au contraire, se marque cette progression que nous avons déjà constatée ailleurs, vers un style plus fin, plus souple, plus délicat, qui n'est pas le style ample et brutal de la Bourgogne, qui n'est pas encore le style enveloppé et gracieux de l'école de la Loire, mais qui est un acheminement vers ce dernier. Les mains en marbre sont d'une élégance parfaite ; la tête un peu usée, malheureusement, a infiniment plus de charme que celle de Marguerite de Chausse ; le corps apparaît joliment modelé sous le vêtement qui moule le buste; la jnpe enfin, qui laisse discrètement sentir la saillie des genoux, retombe sur les pieds en plis harmonieux, sans former cet amoncellement d'étoffes froissées où se plaît et se joue la virtuosité d'un Jacques Morel. Les petits angelots, dont l'un à peu près complet, portant

1. L'inscription qui relatait cette fondation est aujourd'liui au Musée de la Soc. archéol. de Tour. Calai. iS7l, n» 381).

2. L'exhumation et la restauration de ces statues donna lieu à une série de pourparlers et de polémiques entre la faljrique de Bueil, la Société archéologique de Touraine, etc. Cf. de Galembert, Bull. Soc. archéol. Tour. (1870), I, 339.

3. Moulages au Musée du Trocadéro. Cf. Courajod et Marcou, ouv. cit., 687, 688, 706.

4. Cf. notamment Stat. de femme inconnue, n« H2 du Catalogue des sculp. niod.

LA SCULPTURE FRANÇAISE EN DEHORS DE l'iNFLUENCE BOURGUIGNONNE 97

un écusson mi-partie de Bueil et de Montejean, figure au Musée de Tours, sont également assez significatifs à leur manière ^ Ils ont un charme modéré, une discrétion dans la pose et l'arrangement des draperies qui en font bien des œuvres de transition entre le pur gothique et le style de Michel Colombe tel que nous le verrons s'exprimer dans les angelots de Nantes.

Ou voit encore à Bueil une dernière statue funéraire sans inscription, très restaurée, et vénérée comme une sainte Madeleine. Ce serait, paraît-il, la figure de Martine Turpin, deuxième femme de Jean II de Bueil (morte entre 1475 et 1480), qui aurait été enterrée dans la chapelle du Plessis-Barbe ~. Les

Bueil. — Tombeau de Jeanne de Montejean. (Pierre et marbre.)

débris du monument détruit à l'époque révolutionnaire ont été recueillis, puis restaurés par la fabrique de Bueil. La statue repose dans un enfeu ; sur le devant du soubassement, on aperçoit, sous quatre arcades gothiques, de petits personnages en costume civil, qui paraissent être des pleurants. Ceux-ci faisaient-ils partie de ce tombeau ou de quelque autre? il est assez difficile de le dire. La statue elle-même est dans une attitude bizarre qui ne provient peut-être que de la restauration : elle paraît dormir, la tête appuyée sur la main droite relevée, l'autre main ramenée vers le milieu du corps, attitude tout à fait insolite dans les gisants du moyen âge. Elle est enveloppée dans une espèce de robe de bure à plis assez souples. L'ensemble, expression de la tête et caractère de la draperie, semble indiquer la fin du xv® siècle, et nous pourrions peut-être voir là le résultat de la transformation que nous annonçait la Jeanne de Montejean. Mais c'est une œuvre dont il nous paraît nécessaire de se défier un peu; nous trouverons plus tard, avec les gisants

1. Il en existe deux autres décapités et beaucoup plus mutilés : l'un au Musée de Tours [Catal., n" 373), l'autre à Bueil même.

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