‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 44 sur 305 · Cf. Carré de Busserolle, Dictionnaire, I · texte numérisé non relu

Cf. Carré de Busserolle, Dictionnaire, I

P. ViTHY. — Michel Colombe et la sculpture française.

de Michel Colombe et de Guillaume Regnault, des types bien plus certains de ce style adouci et humanisé.

Pour le moment, nous restons vers le milieu du xv° siècle avec une œuvre plus célèbre encore que les statues de Bueil : c'est la figure cV Agnès Sorel à Loches. La Dame de Beauté était morte en 1449; on lui éleva un tombeau dans le chœur de la Collégiale de Loches. L'histoire de ce tombeau, de sa translation par les chanoines dans une chapelle obscure, de sa mutilation par des patriotes trop zélés qui prirent la belle Agnès pour une sainte, nous est bien connue aujourd'hui. On sait aussi sa réédificalion dans une tour du château, les restaurations qu'il subit de la main du terrible Beauvallet, le sculpteur à tout faire d'Alexandre Lenoir, les polémiques enfin auxquelles donna lieu cet hommage d'admiration, bien platonique, pour la maîtresse de Charles Celle histoire a été racontée tout au long par M. Charles de

Grandmaison et par M. l'abbé Bossebœuf * et nous n'y reviendrons pas ici.

On a proposé diverses altribulions pour l'œnivre elle-même. Le nom de Michel Colombe a été mis en avant; mais l'impossibililé est flagrante à cause des dates même; on a songé aussi à Guillaume Brasseforf^, artiste dont nous ne connaissons plus que le nom. On a voulu enfin récemment attribuer le dessin du monument à Jean Fouquet^. Tout cela ne s'appuie sur aucun fondement certain. Seule, l'attribution de Courajod, qui rapprochait notre statue de l'Agnès de Bourgogne de Souvigny et voulait la donner à Jacques Morel, est à retenir et à discuter^.

Lorsqu'on met en parallèle les deux figures et que l'on songe surtout à la façon dont sont creusées et maniées les étoffes un peu lourdes, aux plis épais que forment les deux robes, on ne peut s'empêcher d'être frappé de la similitude du procédé. Mais l'habileté est peut-être encore plus grande dans l'exécution de la figure de Souvigny qui, chronologiquement, serait un peu antérieure cependanl. De plus, nous n'avons aucun document qui nous signale la présence de Jacques Morel dans notre région avant 1453, date à laquelle il Iravaillait pour le roi René à Angers; et il serait un peu téméraire de lui attribuer très affirmativement cette œuvre-ci qui est probablement antérieure. Nous ne connaissons enfin aucun monument qui nous révèle

1. Ch. de Grandmaison, Le tombeau d'Agnès Sorel h Loches, Tours, 1890, Çlialmcl, Ilisf. de Toiiraine, III, 1480; Congrès archéologique de France, 18G9, p. 147 et suiv. — Bull, archéol. Tour., II, p. 285-287. — Abbé Bossebœuf, Mémoires de la Soc. archéol. de Tour., t. XL, 1900.

Dessine dans Gaignièrcs, Pe^ fol. 70.

Page 1