Cf. Courajod, Jacques Morel, Gaz. archéol
LA SCULPTURE FRANÇAISE EN DEHORS DE l'inFLUENCE BOURGUIGNONNE 99
raclivilé d'un grand sculpteur bourguignon dans la région de Loches et qui puisse dans quelque mesure suppléer ici au silence des textes.
Enfin il nous semble qu'il y a dans l'œuvre tourangelle, fût-elle même teintée de style bourguignon, comme une nuance nouvelle, analogue à celle que nous nous efforcions de saisir tout à l'heure dans la statue de Jeanne de Montejean. La belle Agnès n'était pas très jolie, si nous en croyons le naturalisme sincère de Jean Fouquet, qui avait donné les traits de la favorite à sa 'Vierge de Melun. Or, l'imagier a
su
donner ici à sa figure un véritable charme; l'Agnès de Bourbon de Souvigny élait encore de la famille de Marguerite de Chausse et des bonnes dames
du xiv° siècle : elle avait de la
vérité, de l'accent, de la bonhomie; elle n'avait pas de charme, ou elle en avait très peu. L'auteur de l'Agnès Sorel paraît être un réaliste moins intraitable : il ajoute discrètement à la nature pour la rapprocher de son idéal et il possède déjà un peu de cette grâce qui fait excuser des infidélités légères
Quanl aux angelots, dans les parties que n'a pas sensiblement altérées Beauvallet, dans leur silhouette penchée et leurs gestes caressants, on sent une tendresse et une délicatesse d'expression que n'avaient pas encore ceux de Bueil, plus héraldiques et plus guindés. Par tous ces caractères, le maître anonyme qui a sculpté rx\gnès Sorel de Loches est donc comme une sorte de précurseur de Michel Colombe dont il
Cliché Boiisrez.
Loches. — Tombeau d'Agnès Sorel. (Marbre.)
1. Naturellement, il faut, pour la juger, tenir com[)lc d'abord des restaurations trop habiles peut-être et trop noniljreuses que la statue a subies; celles-ci ne peuvent cependant nous faire rejeter complètement son témoignage. Les mains, il est vi-ai, sont dé[)lorables, les ailes des anges, refaites également, extraordinaircment lourdes, les moulons d'un sentimentalisme ijête. Mais tout cela est pour beaucoup dans l'aspect légèrement désagrcal)le de l'œuvre, et nous estimons l'appréciation de M. de Grandmaison un peu sévère lorsqu'il déclare cette statue « plus froide, moins souple et moins correcte que celle de Souvigny ».
fait prévoir à la fois la grâce délicate et la manière très légèrement refroidie et idéalisée.
En dehors de ces statues, qui sont des monuments importants et significatifs et qui ont été conservées à peu près intactes, on en trouverait dans la région de la Loire un certain nombre d'autres plus ou moins mutilées ou médiocres dans lesquelles on entreveirait un peu les mêmes caractères. Beaucoup d'autres enfin ont complètement disparu '.
Mais pour clore cette série, nous voudrions signaler ici un monument funéraire très peu connu, bien que très impoi'tant selon nous, qui nous montre comme l'aboutissement de tous les efforts des imagiers gotbiques de cette
i. Au château de la Guerche-sur-CfOuse, on montre une autre statue d'une soi-disant Agnès Sorel. D'après Carré de Biisserolle, III, 266-272, ce serait une dame Jacqueline de Miolans, éiiouse de J.-B. de Villequier (f en 1518), dont la statue [>roviendrail ]de l'église Saint-Marccllin. C'est une figure très médiocre, et dont le costume indiquerait plutôt une époque assez postérieure.
Dans les fossés du château du Lucie, une figure plus petite que nature, représentant probablement une jeune fille, porte à peu près le même costume et la même coiffure que la Jeanne de Montejean, mais elle est beaucoup plus fruste d'aspect et d'exécution très inférieure.
A Trêves, près de Cunault, se voit le tombeau de Robert le maçon (mort en 1448), très fruste également. A Thouars, a l'église Saint-Laon, une statue d'un abbé Nicolas (mort en 1479), très mutilée.
A Château-V Ermitage, dans le Maine, un tombeau sans date nous offre la figure de Marie de Buell, sœur du grand amiral Jean V de Bueil et épouse de Baudoin de Crenon. (Cf. Bull. Soc. archôol. Tour., XII, 19a, et abbé Charles, Guide au Mann et dans la Sarthe, p. 146.)
Au Musée Saint-Jean, à Angers, deux figures funéraires anonymes provenant de Passavant [Catal. Godarl-Faullrier, n° 2280 A), un homme, très mutilé, et une femme en surcot dont la tête est surchargée d'une coiffure compli(]uée en Ijourrelet, garnie de perles, datent certainement de notre époque. Elles sont à noter pour leur caractère adouci ; la femme surtout devait avoir le même charme, plus délicat peut-être encore, lorsqu'elle était entière, que la Jeanne de Alontejean et l'Agnès Sorel. Au même Musée {Catal. Godart-Faullrier, n" 2280), une autre statue, provenant de Linières-Bouton (arrondissement de Baugé), est beaucoup plus sommaire mais d'une noblesse d'allure particulière. Elle représente dame Huei de la Chesnaye, morte en 1484.
Parmi les monuments disparus soit à la fin du xvi" siècle, soit à la Révolution, Nobilleau, dans une étude sur les Boucicaut, nous en signale un certain nombre (cf. Bull. Soc. archôol. Tour., I, 212, d'après un manuscrit de Dom Rousseau), à Seuilly, à Turpenay , etc.
Nous savons par Chalmel [Hisl. de Touraine, III, 149) qu'il existait dans l'église de Loches un tombeau de Raoul de Préaux et de sa femme. Leurs figures y étaient sculptées en bas-relief « ainsi que celles des chanoines qui avaient assisté à leurs obsèques, l'aumusse sur la tête. Mais on n'y remarquait ni date ni inscription ». C'était sans doute un tombeau à pleurants du type courant au xv'= siècle.
Le même Chalmel (Ilist. de Touraine, III, 69) nous parle du tombeau élevé à Cléry par ordre de Louis XI à Tanneguy Duchâtel, seigneur de Châtillon-sur-Indre, mort en 1479, grand écuyer de France et neveu du personnage de même nom qui fut panetier de Charles VII et dont le tombeau est à Saint-Denis.
Nous savons aussi [Ilist. de Touraine, III, 278) qu'il y avait à Sainte-Maure un tombeau de Louis de Rohan, seigneur de Guéménée, qui comportait, sur un soubassement de pierre dure, trois figures de marbre blanc, une femme et deux hommes, comme plus tard celui des Bastarnay, à Montrésor.
A Bouziers, se voyait le tombeau de Jean du Bois, seigneur de Fontaine-Maran, contrôleur général et secrétaire des finances de Charles VIII.
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période que nous venons de parcourir. C'est un morceau qui, sans doute par sa date et sûrement par sa valeur, nous amène tout près des sculptures de la pure école de la Loire que nous étudierons tout à l'heure. Nous avons voulu cependant l'étudier à celle place d'abord à cause des incertitudes qui l'entourent et ne peuvent permettre de l'attribuer à un atelier déterminé, ensuite pour mieux le rattacher à la série dont il fait partie.
C'est un tombeau presque intact qui se voit à Malicorne dans la région
Malicorne. — Tombeau d'un sire du Cliaources. (Pierre.)
même de Solesmes. Le gisant représente un chevalier en armure de l'époque de Charles YIII. Mais aucune inscription ne nous donne son nom, et l'abbé Charles, dans son Guide au Mans et dans la Sarlhe\ dit simplement qu'il faut y voir un sire de Chaources ~. Il doit s'agir, selon nous, de Guy de Souches ou de Chaources ^ seigneur de Malicorne, qui combattit avec Charles YIII en Bretagne et qui vivait encore en 1488. C'est à lui qu'est adressée une lettre de l'amiral de Graville, publiée par M, Perret '.