Cf. Natalis Rondot, Le commerce de la soie à Lyon
6. Cf. Champoiseau, Congrès scientifique de Tours, 1847, I, 506. — Bossebœuf, Histoire de la fabrique de soierie de Toui-s, Mém. Soc. archéol. Tour., t. XL (1900).
P. ViTRY. — Michel Colombe et la sculpture française.
François II de Bretagne en appelle d'aulres qu'il installe à Vitré ^ A leur suite ou à côté d'eux, se glisse une foule de médecins, d'astrologues, de charlatans et aussi de marchands qui vont répandre partout le royaume les produits de l'industrie et de l'art italien 2.
Parmi ces produits italiens, dont quelques-uns nous ont été conservés et qui vont nous faire passer de la revue des faits à celle des œuvres même, il y en a qui, à cause de leur date et de leur caractère, ne peuvent guère servir d'arguments pour établir la formation d'un art franco-italien immédiatement antérieur aux guerres d'Italie. Tels sont les ivoires, comme le retable de Poissy, (avant 1416 '^j, ceux du Musée de Cluny qui proviennent de la Chartreuse de Dijon , le groupe de l'Annonciation du Musée de Langres que l'on sait avoir appartenu au duc Jean de Berry. Telles sont encore certaines selles d'apparat en ivoire, certaines orfèvreries religieuses fabriquées dans le nord de l'Italie, certains émaux en grisaille, etC^. Ces objets importés, à part quelques particularités qui décèlent leur origine, ne sont guère que des produits de ce style gothique international qui fleurissait à la fin du xiv^ siècle. Ils prouvent simplement la continuité des rapports commerciaux entre les deux pays et l'éclectisme des amateurs de l'époque, tels que le duc de Berry qui employait également des miniaturistes ou des marqueteurs italiens à côté des ouvriers français et flamands^. Mais la direction générale de l'art français ne pouvait guère en être changée.
Il en est de même pour les œuvres exécutées à Avignon par un certain nombre d'artistes italiens appelés par les papes pendant le grand schisme. Ces œuvres, datant du plein xiv^ siècle, étaient toutes gothiques encore et si elles furent imitées par des peintres ou des miniaturistes français, elles n'introduisirent à vrai dire presque rien d'étranger dans notre art national.
Quant à l'influence qui s'exerça pendant tout le moyen âge dans la région toute voisine de la frontière des Alpes, dans la Savoie, l'Embrunais ou le Briançonnais '', elle est presque négligeable étant très localisée.
1. Cf. Ramé, Bull, archéol. du Comité des Irnvaux hislorif/urs, 1882, p. 452.
2. Dès 1401 nous connaissons par des textes un Michèle di Paxi et un Antonio Mancini qui vendent au duc Jean de Berry des médailles dites « de restitution » représentant des empereurs romains, Tibère, César, Auguste, Constantin et Héraclius. (Cf. J. GuifTrey, Médailles de Constantin et d'IIérncliiis ncr/iiises pnr Jenn de Berry, Revue de nuniisni.ilir/ue, 1890, p. 87-116.)
3. Aujourd'hui au Musée du Louvre. Cf. Molinier, Cntnl. des Ivoires, n" 112.
4. Cf. Courajod, Cours de l'École du Louvre, 1890-91, passim.
5. Pour les miniaturistes, on en a la preuve par le style de certaines pages des Grandes Heures de Chantilly. (Cf. de Champeaux, Gaz. B.-A., 1888.)
6. Cf. J. Roman, Influence de l'art itulien dans les Alpes françaises, Réun. des Soc. des B.-A. des dép,, 1884, p. 38i]-393. Les communications étaient constantes dans cette région avec le Piémont et la haute Italie; on y rencontre dès le haut moyen ôge toute sorte d'emprunts faits aux habitudes
l'influence italienne avant les guerres d'italie
Pendant toute la fin du xi\^ siècle, dans ces échanges artistiques, la France du nord, conservant sa prééminence malgré les événements tragiques de la guerre de Cent ans, donne certainement autant qu'elle reçoit, et M. Mùntz, après avoir fait le compte des Français travaillant en Italie, constate que ce que l'Italie a reçu de nous balance, ou peu s'en faut, ce que nous lui avons pris'.
Mais la pénétration italienne ne se fit-elle pas de plus en plus active à partir du milieu du xv"^ siècle? C'est ce que nous allons examiner maintenant en étudiant les traces qui nous en sont demeurées et en recherchant si les destinées de notre école de la Loire, qui se formait ou se transformait vers 1470, purent être véritablement influencées par ces œuvres d'un art étranger passées à ce moment dans notre pays.
Au milieu du xv^ siècle, l'art italien a pris tout à fait conscience de luimême et s'est épanoui dans un développement admirable. Il était parti du naturalisme aigu des Donatello et des Masaccio. Puis il s'était tempéré chez leurs successeurs, grâce à plusieurs influences, parmi lesquelles il faut faire une place importante à celle de l'antiquité; il reste toujours en lui cependant un besoin inné d'expression dramatique, profonde et passionnée. Mais en même temps qu'il subit dans la décoration l'influence très évidente de la Renaissance classique, il tend de plus en plus, dans le détail même des figures, à se simplifier, à s'idéaliser et aussi à faire saillir la beauté païenne des corps robustes et sains, au détriment des qualités morales et des sentiments intimes.
Du reste, cet art est très loin d'être un, et il faudra tenir grand compte de l'origine particulière des exemples qui seront mis sous les yeux de nos Français. Or, ces exemples seront empruntés généralement soit aux écoles du nord de l'Italie, soit à l'école napolitaine. On raisonne trop souvent sur l'influence exercée par l'art italien sur notre école de la Loire et en particulier sur Michel Colombe, comme si celui-ci avait pu entrer en contact directement et uniquement avec les purs et délicats chefs-d'œuvre des Desiderio et des Rossellino. Nous allons voir au contraire de quelle sorte d'art italien il pouvait prendre connaissance et par combien d'intermédiaires et de déformations avait passé cette fameuse notion, soi-disant régulatrice et modératrice, de l'art antique avant d'arriver jusqu'à lui.
Débarrassons-nous d'abord de quelques noms d'artistes et de quelques mentions d'œuvres, qui seraient passés en France au xv^ siècle.
de construction et de décoration italiennes, quelques grandes œuvres mêmes dues à des artistes italiens, comme les fresques du cloître d'Abondance. 1. Ren. Ch. VIII, p. 467-473.
Va sari • prétend qu'un nommé Cione ou Simone Ghini, frère de Donatello, aurait exécuté povir la France certaines dalles funéraires en bronze. Nous ne savons pas quelle était leur destination et nous n'en connaissons nulle part de trace. Il en est de même des terres cuites qu'auraient expédié Ollaviano et Agoslino di Duccio d'après le même auteur '. Quant au tombeau de marbre qu'il nous raconte avoir été envoyé par Rossellino k Lyon vers 1460-1470^, nous ne savons pas non plus ce qu'il est devenu ^. Si même nous pouvons avoir confiance dans le biograpbe italien, dont l'autorité en cette circonstance ne se trouve confirmée par aucune autre, il est fort probable que ces œuvres étaient destinées soit à la Provence, soit à la ville de Lyon; cette ville fut un centre d'italianisme très important au xv^ siècle, mais elle ne vit jamais fleurir d'école originale et capable d'agir sur le développement total de l'art français : elle ne fit que subir alternativement ou même simultanément l'apport des Italiens ou des Flamands qui s'y établirent.
Parmi les Italiens fixés à Lyon, nous rencontrons un certain Bertho le Florentin, cité par Filarète dès 1455 ^ ; un autre peinture, nommé Pierre Bonté ; un armurier, Thomas de Milan, qui fut employé par Louis XI ; un arcbitecte, Salvator Salvatori; enfin le célèbre orfèvre et médailleur Nicolas de Florence, que nous allons retrouver tout à l'iieure Nous rencontrons aussi un peintre italien à Montpellier dès 1453, Loys d'Andréa"^ , et à Limoges^, on lisait jadis, paraît-il, au-dessous d'une image de la A'^ierge, datée de 1453, ces signatures: Lacarus di Franceschi incensit (sic) — Francischus Piloxus pinsit.
Nous savons aussi qu'un peintre milanais, Zanetto, vint en France sous Louis XI pour faire le portrait de Bonne de Savoie, belle-sœur du roi, qui devait épouser le duc Galéas-Marie Sforza^. Mais il ne fit sans doute que jDasser à la cour de France.
Ce sont là, en somme, des témoignages bien incertains, ou des faits bien isolés. Constatons en tous cas qu'ils sont presque toujours localisés dans la France méridionale et qu'aucun n'atteint cette région de la Loire où nous allons voir se développer l'école nouvelle,