‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 59 sur 305 · CHAPITRE VI LA PÉNÉTRATION ITALIENNE ENTRE 1495 ET 1510 ENVIRON · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI LA PÉNÉTRATION ITALIENNE ENTRE 1495 ET 1510 ENVIRON

APRÈS LES GUERRES d'iTALIE

Action décisive des expéditions d'Italie. — Enthousiasme peu éclairé d'abord. — Le butin de

Charles VIII. — Objets d'art importés d'Italie immédiatement après 1493. — Artistes ramenés.

— Rapports de plus en plus fréquents et intimes avec l'Italie. Le personnel des artistes italiens employés par Charles VIII. — Le jardinier Pasello. — Alphonse

Damasso, Jérôme Pacherot, Bernardino de Brescia. — Guide Paganino, Dominique de Cortone,

Fra Giocondo. — Leur rôle effectif et leur influence immédiate. Importation de monuments sculptés à Gênes ou à Carrare. — Enumération générale et dates.

Sur la question des origines du mouvement italianisant en France, il faut, d'après ce que nous venons de voir, en revenir à la théorie la plus simple, celle qu'indiquait déjà Benjamin Fillon en 1852 quand il disait* que « Ton pouvait bien reconnaître quelques traces de goût italien, dès le xv^ siècle, mais que c'était cependant l'expédition de Naples qui avait porté le coup décisif )).Ces quelques traces nous les avons notées soigneusement ; cet apport décisif, nous allons y arriver maintenant, avec les œuvres importées ou exécutées sur place par des Italiens sous Charles VIII et sous Louis XII.

Nous n'avons pas à revenir ici sur la première expédition d'Italie, ni sur l'enthousiasme bien des fois constaté du roi de France et de sa suite, lorsqu'ils furent mis en contact avec la vie et l'art italiens, lorsqu'ils virent les palais et les jardins de ce pays qu'ils qualifiaient couramment de « paradis terrestre 2 ». Est-il bien nécessaire cependant à ce propos de parler d'une « revanche » de l'art méridional, de l'art latin, reprenant ses droits « sur les barbares septentrionaux ». Pour vif qu'il ait été, cet enthousiasme ne fut au premier abord ni très raisonné, ni très éclairé, et il est évident que c'est le luxe et tout le brillant extérieur de la civilisation italienne, autant et plus que l'art italien, qui séduisirent nos compatriotes. On sait l'étrange assem-

d. Archives de l'art français, I, 273.

2, Cf. Benj. Fillon, loc.cit. — Muntz, Ben. Ch. VIII, p. 502-515.

blage de noms et de métiers divers qu'offre cet important Etat des gages des ouvriers italiens employés par Charles VIII \ où nous trouvons la trace de tous les exotiques ramenés par le roi. On y rencontre des tailleurs, des parfumeurs, des jardiniers, un nègre pour» garderies papegaulx », pêle-mêle avec des artistes d'une part, comme Fra Giocondo, Guido Paganino, etc., et des littérateurs comme Jean Lascaris, « docteur en plusieurs sciences », d'autre part. Il n'y a vraiment pas lieu de parler à ce propos d'une académie installée à Amboise par Charles A'IIP.

Il devait en être de même pour ce butin formidable et dont une partie seulement s'était perdue à Fornoue, qui, voituré de Naples à Lyon, puis de Lyon à Amboise, ne pesait pas moins de 87.000 livres-^ : pour quelques œuvres d'art, on devait y trouver évidemment bien du fatras et de simples curiosités.

Nous sommes malheureusement bien mal renseignés sur la nature et sur le sort des objets d'art qui furent rapportés par Charles VIII d'Italie et qui purent servir en particulier à la décoration du château d' Amboise. A vrai dire même, nous n'en connaissons aucun, et nous sommes réduits à des suppositions. Nous savons seulement, par exemple, que la bibliothèque des rois aragonais passa en France à cette époque, et que certains manuscrits grecs qui figurèrent plus tard à Fontainebleau provenaient certainement de Naples On peut aussi relever dans les inventaires d'Anne de Bretagne ^ quelques tableaux, représentant des Vierges, des portraits de personnages italiens, etc. Mais il faut remarquer que les objets ici mentionnés pouvaient également provenir des expéditions de Louis XII, puisque Anne de Bretagne, deux fois reine, vécut jusqu'en 1514^.

En dehors des œuvres qui firent partie du butin de Charles ^'III, on cite encore d'ordinaire, comme ayant été apportée directement d'Italie à la même

1. Publié par A. de Montaiglon, Archives de Vart français, 1852, I, p. 95-132.

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