I. — MONUMENTS DE SCULPTURE IMPORTÉS DTTALIE
Les marbres de la côte de Gênes. — Achats de matériaux bruts ou travailles. Tombeau des ducs d'Orléans commandé par Louis Xll.
Marbres italiens apportés à Gaillon. — Morceaux décoratifs. — Les deux fontaines. — Les médaillons d'empereurs romains. — La statue de Louis XIL
Marbres commandés par Antoine Bohier pour l'abbaye de Fécamp. — Le tabernacle. — Les bas-reliefs de l'autel. — La châsse. — Les statues de saint Taurin et de sainte Suzanne.
Tombeau de Raoul de Lannoy à Folleville.
Morceaux isolés ou de provenance incertaine.
Les Français, qui avaient passé les Alpes, avaient certainement été séduits par l'éclat des marbres d'Italie : c'est une impression naturelle que tout homme du Nord peut éprouver en tombant dans ce pays où le marbre le plus éblouissant paraît abonder et se tailler aussi facilement que la pierre tendre de nos contrées. A partir du règne de Louis XII, c'est aux carrières de Gênes et de Carrare que l'on va demander les matériaux de presque tous les grands monuments de sculpture que l'on élèvera, et l'on va renoncer à peu près aux marbres noirs, gris ou d'un blanc plus terne des carrières de la Meuse, tandis que, quelque cent cinquante ans plus tôt, c'étaient ceux-ci qui avaient fait prime sur le marché français et qui, à leur suite, avaient introduit chez nous les imagiers tels que Beauneveu et ses compatriotes des provinces flamandes.
Dans les premières années du xvi*^ siècle, le roi de France ou les grands seigneurs comme le cardinal d'Amboise vont avoir à Gênes comme un véritable atelier permanent avec une sorte de représentant ou de surveillant attitré. Nous trouvons à plusieurs reprises dans cet emploi, un Génois, nommé Spinola de Sen\2valle\ qui est chargé de se procurer les marbres nécessaires, de surveiller l'extraction, le transport des marbres et quelquefois le travail des sculpteurs.
Nous savons que dès la fin de 1499 Anne de Bretagne cherchait à acheter des marbres à Carrare pour faire édifier une sépulture à son père, le feu duc de Bretagne. Nous en sommes avertis par une lettre de recommandation donnée à ses émissaires par les autorités de Gênes, le 17 octobre 1499^. Plus tard, en 1504, c'est le cardinal d'Amboise que nous voyons en quête de marbres pour son château de Gaillon^. De l'envoi des matériaux bruts à l'envoi des matériaux dégrossis, puis complètement mis en œuvre, il n'y avait qu'un pas; ce pas fut bientôt franchi. On alla même encore plus loin, et
1. Cf. Alizeri, Nolizie dei professori del disegno in Liguria, 1876, IV, p. 306-307.
2. Ouv. cit., IV, 305. Le représentant de la reine est un nommé Guillaume Bonin.