Pl. XL
Où, quand et comment fut exécutée cette deuxième fontaine? Les comptes ne nous en disent rien. Nous pouvons supposer cependant que ce fut en France, car, sur le rebord de la vasque, des fleurs de lys et des hermines se mêlent aux palmettes classiques, et ces motifs plus spéciaux semblent bien avoir été dictés aux ouvriers de l'atelier italien travaillant à Gaillon même.
De différents côtés encore, la collection du cardinal d'Amboise allait s'enrichir de morceaux italiens. Mazzoni qui, à notre connaissance', ne vint pas à Gaillon, y avait envoyé une série de médaillons d'empereurs romains. Ce sont ces médailles baillées par Messire Paxjuenin^ dont il est question dans les comptes^, et qui, apportées directement par lui d'Italie ou fabriquées sous sa direction dans son atelier de Paris, figurèrent sur les façades de Gaillon, entourées de couronnes de feuillage exécutées par des Italiens ou sur des modèles italiens, et fournirent les premiers modèles de ce type si souvent reproduit par les décorateurs, imagiers ou huchiers de la Renaissance de François F""^.
Ce n'était là du reste qu'une sorte de pacotille courante ; le goût des choses antiques s'infiltrant de plus en plus d'Italie en France, l'on en trouverait des quantités utilisées au cours du xvi<^ siècle dans la décoration des hôtels ou des châteaux. Bornons-nous pour le moment à signaler la série des médaillons à peu près contemporains, qui portent la signature d'un artiste italien dont une œuvre importante figurait aussi chez le cardinal d'Amboise. C'est la série du Musée de Grenoble, où l'on relève cette inscription ml opuslaur. mugiano ^. Les médaillons d'empereurs, assez médiocres du reste, qui la composent proviennent d'une maison de Grenoble et avaient probablement été importés d'Italie tout faits. Nous n'avons pas en efTet la preuve que Lorenzo da Mugiano soit venu en France : si une statue du roi Louis XII, également signée MEDiOLANENSis LAURENCius DE MUGIANO opus FECiT 1508, figurait à Gaillon, nous ne trouvons nulle part dans les comptes le nom de cet artiste..
La statue est aujourd'hui au Louvre mais il faut se défier un peu de la façon dont elle se présente à nous : originairement, le roi était représenté à mi corps.
La tête fut brisée à la Révolution et remplacée chez Lenoir par Beauvallet, qui reproduisit simplement ici la tête de la statue priante du roi placée sur
1. C'est par erreur que Courajod Ta cité parmi les artistes qui vinrent travailler à Gaillon dans son article sur Une sculpture d' Antonio di Giusto Betti., Gaz. archéol., 1885.