Cf. Archives art fr., 1854, III, p
LA PÉNÉTRATION ITALIENNE APRÈS 1 i95
duits de ce genre dont les types avaient été emprnntés soit à ces médailles dites de restitution que confectionnaient les ateliers d'outremonts, soit à ces recueils de gravures qui, sous l'influence de riiumanisme progressant, vulgarisaient les sujets et les types antiques et ce sont ces produits qui se répandaient en France au commencement du xvi*^ siècle.
Nos décorateurs français s'emparèrent bientôt de ces thèmes, qui leur étaient ainsi proposés; ils imitèrent tant bien que malles profils d'empereurs romains ; ils empruntèrent des sujets mythologiques aux plaquettes italiennes qu'ils traduisirent assez gauchement et naïvement quelquefois, de même qu'ils copiaient, en les interprétant, les arabesques dont les pilastres des marbriers de Gênes ou les estampes italiennes leur avaient fourni le modèle. Mais remarquons d'abord que c'est seulement tout à la fin de la vie de Michel Colombe que cette pénétration fait sentir ses effets et sur une génération d'artistes très postérieure à la sienne, celle des François par exemple, qui vont user abondamment de toutes ces idées nouvelles, soit dans leur fontaine de Beaune, soit dans leurs décorations du cloître Saint-Martinde-Tours, et du clocher nord de la cathédrale.
Remarquons aussi que cette pénétration ne peut guère aller au delà du domaine de la décoration ; ainsi que nous l'avons déjà noté à propos de l'arcliilecture de ce temps, c'est toujours le cadre, le décor de la vie et de l'art qui se transforment, non pas encore le style lui-même des artistes, architectes ou sculpteurs. Tel est le résultat le plus clair des importations que nous venons d'énumérer, soit des produits de pacotille tels que fontaines, bénitiers, médaillons, plaquettes, etc., soit même des grands monuments de Gaillon, de Fécamp, de FoUeville, dont le décor seul paraît avoir intéressé tout d'abord nos artistes. Désireux de suivre le goût du jour en revêtant ce décor superficiel et de plaire ainsi aux raffinés, aux gens instruits et imbus de la culture italienne qui s'était déjà répandue depuis assez longtemps chez nous, ceux-ci vont chercher, dans tous ces documents mis à leur portée, des modèles d'ornements à copier. Partout et toujours, c'est Y ornementation qui nous sera l'indice des aspirations de l'artiste à la nouveauté. Elle se juxtaposera souvent à des morceaux inspirés par la tradition la plus pure ; car ce n'est que très lentement que nos artistes, nos imagiers surtout, s'assimileront la manière de traiter les figures et le style général de ces monuments d'un art déjà très avancé et plutôt sur le retour.
1. Cf. Courajod, De limilation et de la contrefaçon des objets d'art antiques au XV" siècle.