II. — MONUMENTS DE SCULPTURE EXÉCUTÉS EN FRANCE PAR DES ITALIENS
Guido Mazzoni. — Sa carrière en Italie. — Son séjour en France (1495-151G). Tombeau de Charles VIII à Saint-Denis.
Statue de Louis XII à Blois. • — Autres statues du même type en France. Médaillons d'empereurs romains de Gaillon.
Tombeau de Commines. La décoration de la chapelle et les figures priantes.
Bas-relief de la Mort de la Vierge au Louvre. — Groupe de la Dormition de la Vierge à Fécamp. Les décorateurs : Jérôme Pacherot, etc. — leur présence et leur action dans la région de la Loire. Décoration d'Amboise. — Pilastres en terre cuite trouvés à Amboise. — Pilastres de Solesmes. Les ouvi-iors italiens employés au tombeau de Nantes — Jérôme de Fiesole (?). Tombeau des enfants de Charles VIII à Tours.
Jérôme Pacherot à Gaillon. — Ses collaborateurs italiens. — Fin de sa carrière. Les bénitiers, les fontaines et les fonts baptismaux. Les Juste — leur origine — leur arrivée en F"rance.
Tombeau de Thomas James à Dol. — Tombeau de l'abbé de Blanchefort à Ferrières (?). Antoine Juste à Gaillon. — L'homme au cascpie. — Les apôtres de la chapelle. Ateliers secondaires — à Joigny — à Folleville — à Fécamp — à Vendôme — à Bourges. Conclusion. — Nature et résultats véritables de l'influence italienne.
Nous nous sommes occupé jusqu'ici à peu près exclusivement des spécimens de l'art italien qui furent réellement importés chez nous ; nous allons examiner maintenant les œuvres qui furent exécutées, presque en même temps que les précédentes, par des Italiens, sur le sol français et dont l'influence, plus active peut-être encore, ne put évidemment s'exercer que dans le même sens.
Guido Mazzoni.
Parmi les artistes ultramontains, ramenés et pensionnés par Charles A'III, nous avons déjà signalé, comme l'un des plus importants, ce Guido Mazzoni ou Guido Paganino que les comptes français du début du xvi«^ siècle désignent parfois aussi sous le nom de Messire Paguenin ou Pagueny : « laudatissimus... quem nuper nobis Gallia cum plerisque rébus abstulit », dit Pomponius Gauricus, en 1504, dans son De Sculptural .
Charles \\\\ avait trouvé Mazzoni en 1495 travaillant à Naples à la cour des princes d'Aragon, depuis peu de temps du reste, car c'est dans sa patrie, à Modène et dans l'Italie du nord, que s'était formé son talent et que s'était
1. Pomponius Gauricus, Z)e scu/yj/ura, Florenliae, 1S04, in-8, E vi verso, d'après Montaiglon, Arch. art fr., I, p. 128 (rééd. par II. Brockhaus, Leipzig, 1886). — Cf. aussi Vedriani, RaccoUa deipittori... modenesi, 1662, in-4, p. 26-33. Tiraboschi, iVo/iste dei pittori... Modène, 1786, p. 255-61. — Vasari, Vite IV, 6. — Montaiglon, Du séjour de Guido Paganino en France, Arch. art fr., I, 12o-128. — Il est appelé quelquefois aussi Modanino du nom de son pays d'origine.
d'abord exercée son activité entre 1475 et 1489'. Il avait ensuite exécuté un certain nombre de groupes de grandeur naturelle en terre cuite polychrome, très vivants en général et très dramatiques. Ainsi ceux de Busseto (1475) représentant la Nativité et la Mise au tombeau (le premier seul est intact, le second est aujourd'hui disparu) ; le Sépulcre ou morforio de San-Giovanni Decollato à Modène (1477-1480), celui de San-Antonio Abbate à Venise (1489) ; celui de Santa Maria délia Rosa à Ferrare. On possède enfin de lui à Modène une Vierge assise entourée de différents personnages sur laquelle nous aurons à revenir particulièrement tout à l'heure^.
A Naples^ son activité s'était marquée par une Déposition de Croix qui se voit encore à l'église de Monte Oliveto et qui n'est, à quelques variantes et quelques exagérations près, qu'une répétition de celles que nous avons mentionnées plus haut. Il y avait aussi exécuté pendant son séjour une œuvre magistrale pleine de vigueur et de vie, le buste en bronze du roi Ferdinand^. Il devait jouir dans cette ville d'une grande renommée; et Charles YIII songea immédiatement à se l'attacher^.
Ne pourrait-on supposer que c'est un portrait exécuté par Mazzoni qui mit l'artiste en rapport avec le roi? et ce portrait ne serait-il pas, le caractère du talent de l'artiste n'y contredirait pas trop, le beau buste en terre cuite de Charles VIII conservé au Bargello de Florence ?
Quoi qu'il en soit, Mazzoni rentre en France avec Charles VIII et nous le voyons figurer pour la somme considérable de 937 livres sur l'État des gages
1. Il s'était employé dans sa jeunesse, ainsi que les recherches de M. Venturi, Archivio slorico dell arte, 1889, p. 156 (Testament de Guido Mazzoni), et La Scultura Emiliana nel renasciinenlo, ibid., 1890, p. 3-23, nous l'ont appris, à des besognes qui sont à retenir lorsqu'on réfléchit au caractère futur de son talent : il avait fabriqué des masques de carnaval, et organisé des fêtes publiques, accompagnées de représentations dramatiques.
2. Cf. Perkins. Sculpt. ital., édit. fr., 1809, II, 283. Burckhardt, Cicérone, éd. franç., 1892, p. 406.