Cf. Miintz, Ren. en Italie, I, p. 115, fig
4. Cette faveur naissante n'alla pas cependant, comme on l'a raconté (d'après Tiraboschi, ouv. cit., p. 255-261), jusqu'à le faire armer chevalier par le roi pendant son séjour à Naples. Cf. de Boislile, Les lettres de noblesse de Guido Mazzoni, Nouv. arch. art fr., 1879, p. 210-217. Ce n'est que plus tard, une fois installé à Paris, qu'il reçut ses lettres de noblesse. C'est ce qui explique que les comptes publiés par Montaiglon le désignent seulement une première fois comme peintre et enlumineur du roi tandis qu'il est traité une seconde fois de « Messire » et de chevalier.
5. M. Marcel Reymond [Le buste de Charles VIII par Pollajuolo au Bargello et le tombeau des enfants de Charles VIII à Tours, Bull, archéol. du Comité des trav. hist., 1895, p. 245-252) s'est efforcé, dans une démonstration très ingénieuse, d'attribuer celui-ci à Pollajuolo, mais il n'a pu réunir que des présomptions. Nous n'avons, pour notre part, aucun argument irréfutable à lui opposer. C'est une simple hypothèse que nous proposons ici en passant. Mais nous croyons impossible de voir dans ce buste une œuvre française comme a voulu le faire M. Gonse [Sculpture française, p. 44).
de 1497. Grassement payé, installé à l'hôtel du Petit Nesle avec sa femme, Pellegrina Discalzi, et sa fille qui étaient venues le rejoindre et qui, suivant le témoignage de Vasari, collaboraient avec lui, il passa près de vingt ans en France* au sein de cette petite colonie italienne dont Courajod a indiqué l'existence et l'importance ; le Petit Nesle était devenu pour eux comme un centre d'opérations et, au dire de Yasari lui-même, la vie y était assez douce. Mazzoni fit en 1507 un voyage en Italie, revint cette fois, mais partit définitivement en 1516 pour rentrer dans sa patrie. Il y mourut deux ans après, en 1518.
L'activité de Mazzoni pendant cette période de vingt ans, la facilité propre à sa race et la faveur royale aidant, dut être assez considérable. ~ Pourtant, nous n'avons de renseignements certains que sur deux œuvres importantes exécutées par lui pendant tout son séjour, le tombeau de Charles VIII à Saint-Denis et la statue de Louis XII à Blois ; encore ces deux œuvres ont-elles malheureusement disparu.
Il nous en reste quelques autres dont l'histoire est moins claire et l'attribution moins évidente ; mais le style en est si particulier que nous allons pouvoir y retrouver, avec une certitude presque complète, les traces de l'activité de Mazzoni ou de l'atelier du Petit Nesle ; nous pourrons même grâce à elles nous rendre compte des caractères du style italien tel qu'il se manifestait en France et de la qualité des enseignements qui s'imposaient, par l'intermédiaire de ces artistes quasi officiels, à nos imagiers français, bientôt fatalement entraînés par la mode à l'imitation de ces œuvres nouvelles et sans doute très vantées.
Tombeau de Charles VIII.
L'attribution du tombeau de Charles VIII à notre Mazzoni ne saurait faire aucun doute Tous les auteurs de descriptions anciennes de Saint- Denis, Corrozet (1588), Nicolas Bonfons (1608), dom Millet (1615), Jacques Doublet (1625), Félibien (1708), l'ont enregistrée en transcrivant l'épitaphe qui se terminait par ces mots : opus paganini mutinensis ^. Outre les descrip-
1. Montaiglon, art. cit., et Guido Paganino à l'hôtel de Nesle, Nouv. arch. art fr., 1878, II, 238, d'après les preuves de Sauvai, III, 555.
2. Cf. Montaiglon, Note su/- le tombeau de ChaHes VIII par Guido Paganino, Arch. art. fr., I, p. 129-132.
3. Nous avons encore le témoignage des ambassadeurs vénitiens qui visitèrent Saint-Denis en 1515 et notèrent ceci : « Videssimo la sepultura di Carlo Ottavo, con la sua imagine dal natural fatta per quai istesso maestro che fece quelle figure di San-Antonio a Venezia. » (Cf. Baschet, Diplomatie vénitienne. Pion, 1862, p. 376. — Montaiglon, Arch. art fr., 2" série, II, 129.)
lions, il nous en reste des représentations figurées : un bois de Jean Uabel', une gravure anonyme dans Félibien, an dessin de Gaignières ', et nous pouvons nous rendre compte ainsi de la disposition, sinon touL à fait du style du monument.
Cette disposition est très importante à noter par l'influence cprelle put exercer sur la série subséquente des grands tombeaux royaux du
Tombeau de Charles VIII à Saint-Denis par Guido Mazzoni (d'après la gravure du livre de Félibien).
xvi^ siècle. Le roi était représenté à genoux, les mains jointes, en priant', c'est le type qui sera adopté plus tard pour les effigies de Louis XII, François P'" et Henri II. Ce n'était pas là, du reste, cbez notre sculpteur une idée proprement italienne et elle put très bien lui être suggérée en France. On connaît en effet des priants français au xv'^ siècle, témoin le Louis XI détruit et remplacé à Cléry, le Juvénal des Ursins du Musée de Versailles et quelques autres. Le Charles YIII devait être représenté, d'après les gravures, dans une pose légèrement contournée et dramatisée ; au contraire, les statues françaises de ce type, même plus avancées en date, garderont toujours une
1. Corrozet, Les anliquitez, croniques et singulari/ez de Paris..., éd. 1S88.
2. Pe 1 a, fol. 48. Catal. Bouchot, n» 2020. Cf. aussi Cah. des Estampes, Topographie. V. a 206.
attitude très simple, très calme, très posée, et ce sont même ces qualités particulières qui nous empêcheront dans le Louis XII que nous étudierons plus loin* de reconnaître une œuvre italienne, comme le veut l'opinion courante. De plus, ce priant, en cuivre doré, avec un manteau peint, de couleur azurée, peut-être même émaillé, devait être très réaliste d'exécution et de polychromie violente, un peu comme le Commines du Louvre, et nous verrons tout à l'heure en quoi ce réalisme diffère de celui de nos Français.
L'artiste avait figuré quatre angelots avec de grandes ailes, à genoux, aux quatre coins du piédestal : c'était à peu près l'habitude française. Mais autour du soubassement rectangulaire, enrichi de moulures au profil classique, dans douze médaillons ronds, il avait placé, dit-on, des figures de Vertus assises, qui n'étaient caractérisées du reste par aucun attribut ou détail de costume. L'idée était purement italienne ; nous allons la voir faire son chemin chez nous en commençant par le tombeau de François II à Nantes^. L'exécution des figures de Saint-Denis devait être en tous cas bien différente de celle des Vertus de Michel Colombe. Leurs attitudes, autant qu'on en peut juger par les reproductions, étaient dramatiques et affectées, les costumes vagues et conventionnels; le tout était conçu dans un esprit diamétralement opposé à celui de l'art français traditionnel. C'est celui que nous verrons reparaître bientôt dans les œuvres des Juste, puis dans celles de leurs imitateurs français, à partir de 1515-1520 2.
Statue de Louis XII.
Louis XII continua à Guido Mazzoni la faveur que lui avait témoignée Charles VIII ; en même temps qu'il lui confiait le soin d'élever le tombeau de son prédécesseur'*, il lui demandait sa propre statue pour son château de Blois, qui dès son avènement commença à s'embellir et à s'agrandir, comme nous l'avons vu. Nous en sommes informés par l'Italien Lodovico Heliano^