‹ Michel de MontagigneChapitre 4 sur 77 · LA RELIGION · texte numérisé non relu

LA RELIGION

J'ai peine à comprendre un déisme, pour le cas oLi notre ameest mortelle : l'athéisme est plus conséquent. Mais avec le sentiment profond de l'immortalité de l'âme, qui poun-ait si' dire déiste? Et Montaigne avait ce sentiment profond.

Presque au début de ses ouvrages ( i ) , il développait cette idée religieuse : philosopher^ cest apprendre a mourir, iiètre prêt devant la mort . I.a méditation de ce moment suprême de la vie retire « nostre âme hors de nous, a dit, il vous en sou- « vient , INIontalgne ; la dégage des liens du corps, c( qui est quelque apprentissage et ressemblance « avecque la mort (2). » Assurément, sur cette donnée religieuse, sur cette préparation à l'autre \ie , conséquence de l'immortalité de l'âme, Michel de Montaigne, s'était assimilé Platon, oii s'était [ rencontré avec le divin philosophe qui écrivait dans

(i) Liv. I^"", oliaj). xix.

(î) Di'Jà t'ilé.

324 CHAPITRE QUATRIÈMIi.

le Phédoii : « I^a vraie philosophie n'est qu'un

V apprentissage, i/nc nnt/cijjalio/i de\a.n)Oïl. . .

« Ce qui caractérise le philosophe, c'est de tra-

« vailler plus particulièrement ([ue les autres

(( honnncs à délacher son âwe du commerce du

« corps

ce Le véritable philosophe s'exerce à mourir (i).

« N'est-ce pas là, ajoute Platon, l'occupation « même du philosophe? »

En d'autres termes : pJnlosopher, cest apprendre à mourir, à cire prêt devant la mort.

Tel est le grand l)ut que Montaigne assigne à sa vie, telle est la penstu; dominante d'un livre où il se montre tout entier. A (pioi bon , en effet, ces apprêts si tout meurl, si faine, ce divin rayon, n'est que la vapeur (]ui nieul noire organisme et s'évapore au bout de la carrière ? Et Montaigne passe sa vie à ces apprêts.

Plutarque aussi apercevait la vie au delà de la tombe; il en recoinmanduit le prix; il croyait à l'immortahté de fàme , à la nécessité de bien vivre pour bien mourir (2). C'est Plutarque, qui, faisant profession de sa foi, s'écriait, comme Platon dans le 'J'imre: Dieu si'id est éternel , im-

(i) PItcclon, linduclioii de V. rousiii, p. lyy, aoi, ■207. (3) fie (le lloDiu/ii.i, Iradinl. d'Aniiol.

PHILOSOPHIE DE MONTAIGiNE. 325

munhle , sans mesure par le temps ni sujet à aucune déclinaison ; ccst Vclre sans commencement et sans fin.

Rejetant le clogmo (ontralre (rÉpicure , Pliitarque professe que le monde est né de Dieu ; car le monde est le plus pai-fait de tous les ouvrages, et Dieu, le plus excellent des ouvriers et la meilleure cause qui puisse être (i).» Pour Plutarque, la seule joie , le seul épanouissement de l'àme , c'est la v(\cherche, et ce devra être la possession , la contemplation de la vérité. Cette aspiration et ce bonlieiusont inhérents à la nature inunatérielle de l'ame. Tous les esprits sensés, ajoute-t-il, font la gueri-e à ceux qui « ostent le sentiment aux trépassés, tant il semble que le vivre etl'estre même déj)eiideiit de connoître et de sçavoir, et que l'unique fin de l'homme soit la possession de la vérité fs).»

Plutarque, ce chrétien d'instinct, enseignera donc la vie future à ses disciples. 11 croit à la pcn*fectibilité , aux récompenses éternelles, aux degr'és dans les récompenses. Mais cette intuition du vrai dogme reste cependant incomplète, en ce sens que l'ancien précepteur de Trajan n'admet guère les peines futures, encore moins l'éternité des peines. (Montaigne, sur ce point , fait remarquer l'inconséquence dans laquelle est tombé Plutarque. ) La

(r) OEtivres morales de IHiilnit/tif, IX, p. 343. (2) 1(1, pnj];e /.fiS.

Providence de Dieu est la loi de ce grand philosophe , placé entre le polythéisme qui meurt et le christianisme (|ui nait. « Estimez-vous donc,di.saitil, à propos d'Epicure, que ceux qui enlèvent aux dieux le gouvernement et la providence, méritent d'autre supplice, et qu'ils ne soient pas suffisamment punis (le leur impiété , de se retrancher euxmêmes une si grande joie et si grande volupté , connue nous la sentons en nous-mêmes , nous qui sommes confians et affectionnés envers les dieux? Lycurgue , l'ami de Jupiter, éprouvoit de bien autres joies qu'Epicure toujours occupé de Métrodore et bornant là son horizon (i).^ »

Epicure, continue Plutarque, en destituant la Providence, exproprie l'hounne de ses plus douces félicités , puis([u'il lui en ote la légitimité d'origine; de même, il le désespère dans l'infortune, l'affaiblit contre un revers immérité, puisqu'il lui 6te toute espérance d'être dédonnnagé dans cette vie ou dans fautre, et n-e lui laisse d'autre retraite ni d'autre port cjue la dissolution (suicide) ou la mort naturelle et le néant, après. Ainsi qu'au milieu d'une tenq)ête en mer, pour rassurer les passagers, si (juelqu'im venait leui* dire : il n'y a pas de pilote au navire ; vous ne verrez pas les feux de Castor et dePollu\ destinés à aj)aiser les vagues

{\) Oh'in'irs moiiilix il)' l'iiitdifiiir, p. /j"'» ''' ^niv.

et les tourbillons des vents; mais, rassui-ez-vous, le navire va donner à la côte, s'engloutir dans les abîmes de la mer et tout sera fini (i).

Malgré lathéodicée de son temps, malgré la légende de Sisypbe , des Danakies et d'Ixion , Phitarque, nous l'avons indiqué, croyait peu aux peines de l'enfer. Cerbère et le Cocyte lui semblaient des contes d'enfant, des imaginations matérielles. Mais il aimait à s'entretenir des d(Hices futures de l'âme : « l'âme ne prend son vol librement qu'à la mort, qui est vrayment le point de départ de la vie libre de l'âme, laquelle au delà de la tombe, vivra d'une vie vraie et certaine (2). » Il espérait, ainsi que Platon, ainsi qu'Homère, ainsi (|ue Pytbagore, retrouver, dans la vie future, les âmes de ceux qui nous furent chers.

Préoccupé du besoin de révélation , il voudrait entendre des oracles et se plaint (jue les oracles des Grecs et des Romains aient cessé de {iarler. Sa pensée se tourne émue vers l'Orient d'où viennent tant de bruits nouveaux, et il nous raconte ceci :

« Sous le règne de Tibère, Epitliersès , père de l'orateur Emilianus, s'embarque pour passer en Italie. Près de l'ile de Paxos, une des Kcbinades , alors que l'équipage finissait de souper, on enlendit une voix qui appeioit riiainus (le pilote).

(i) A-/., page 211.

(■1) Id.

Tliaimis se laissa appeler deux fois sans répondre ; mais à la troisième il répondit ; et alors la voix lui cria plus fort : « Quand tu seras arrivé près du lieu appelé Palodès, annonce (jue le grand Pan est mort. » Après avoir hésité s'il remplirait sa mission mystérieuse, Thamus , lorsque le vaisseau arriva à l'endroit désigné, se décida à crier ce qu'il avait entendu. A peine cette parole fut-elle prononcée, ([u'il se fit un grand bruit de lamentations mêlé de marques d'admiration et d'étonnement (i). »

Ce fait coïncide exactement, par sa date, avec la mort du Christ. Plutarque le rapporte et y croit , sans en rechercher ou sans en conunenter le sens.

Plutarque était allé si avant dans l'idée religieuse, « (ju'il incline à admettre cette oj)inion <|ue c( raiiti(|uite nous a ti'ansmise, dit-il, qu'il y a des « dénions envieux et meschants qui s'attaschent « par jalousie, aux actions des honnnes vertueux, « de peur qu'en demeurant fermes dans le bien , <c ils n" (lient en j)(irt(ige , ((])rcs leur niui't , une « nu'illeure vie que nest la leur (2).»

11 admet le Typhon des Egyptiens, (jui correspondait au Satan des Hébreux et des chrétiens.

(i) Pliitai(|UL', (le 1(1 Cessation dis Oracles : Iloiiinus dlitslies, loiiiu XII.

(i) A'ifi Je Dion, liadui:. «1 Ainjot.

PHILOSOPHIE DE MONTAIGNE. 32y

Ne semble-t-il pas qu'on voit reluire ici comme un lointain rayon des vérités Ijiljlicjucs?

Et jNIoutaigne qui vivait dans l'intimité do Plutarque, qui, l'invoquant sans cesse, écrivait quelfjiie part : Plutarqtje est mon ho3IMe; qui consacrait un chapitre spécial à sa gloire (i j, n'aurait pas cru à l'immortalité de l'àme, et se serait incanséquenmient réfugié dans un glacial déisme ! Cette thèse est insoutenable.

Dans quel but retracerait-il d'ailleurs cette constante préoccupation de l'honune, d'éterniseises destinées; le sentiment qu'il a de sa durée; si ce n'était pour rappeler l'immortel élément dans lequel l'âme vit et respire?

" Un soing extresme tient l'homme, dit-il, « d'alonger son estre. Il y a pourveu par toutes « ses pièces : pour la conservation du corps , sont <f les sépultures; pour la conservation des noms, « la gloire. Il a employé toute son opinion à se i( rebastir, impatient de sa fortune, et à s'estan- « çoriner par ses inventions (2) . »

C'est que le néant est contre nature. — Montaigne repoussait le néant. — Sans la croyance en l'immortalité de l'ame, pas de relations nécessaires entre Dieu et riiomme éphémère; partant, point de Providence en haut ; point d'attache religieuse en bas.

(i) Liv. H, cliap. xxMi.

(2) Liv. II, thap. xii.

Montaigne admettait cette attache et devait même en exagérer la portée, quand il combattrait les émancipés de la raison.

H n'est donc pas nécessaire d examiner par anticipation si l'auteur des Essais fut chrétien , pour réfuter l'allégation de son déisme, non plus que de se préoccuj)cr longtemps de ses négations prétendues de l'immortalité de 1 àme.

Pour lui, l'âme n'est pas seulement immortelle, elle est libre et engage, conune conséquence , irrévocablement dans la vie future, la félicité ou l'expiation. Aux théories de Platon sur la migration des Ames, sur le ressouvenir de ce qu'on a su en l'autre vie et sur la responsabilité intermédiaire qu'entraînent pour l'être créé ces préexistences de 1 àme, jNIontaigne répondra : « Chose que chacun peut par expcM'ience maintenir être fausse. Le bonheur ou le malheur de la vie future ne sauroient dépendre, pour l'homme, des temps dont il n'a pas conscience, de l'emploi d'une àme qui n'a pas été sienne, dont il n'a pas eu, au moins, rentière liberté. C'est de lestât présent que doibt estre ])avée et recogneue toute son immortalit(' et dr la vie de l'homme ([u'elle est comptable seulement. Les philosophes, ajoute-t-il, se mettent trop à leur aise sur la nature et les destins de l'àme. Ou l'àme est juortellrou immortelle. Tel est leur proposition imiquepour conscder nostre moilclle ambi-

IMI ILOSOPIIII. 1)1, MOWTAKJNlv .(,11

lion. Si rAmc csl morlcllc , elle sera sîkis nciiic ; si iniinoi'Icllc, vWv ira v\\ s'aiMciidiitil . Ils iiv I imiicIkmiI jamais I "ausirc hranriir : (pioy si elle va en s'rmpiiMiil.'l',! laisscnl aux poi'lcs les mniacrs <l«-s peines liiliii'«'s. INlais par là ils se (loiineiil lieaii |eii. (le soiil (leii\ oiiiissions (|ui s'oiliiiil a iiion s(iii\eiil fil Ictii's (liseouis ( I ). >y

(îos deux o?nissi()ns eaN iiK'cs , M»)nlaii;iie N-s eomlial avec sa l<»!;i(|iie lialnliirlle el Ioiiioiiiy; d'ae- «ord av(M' liii-mèine, en |)r(>elanianl la \ le inipenssahle di* ii<>sain«*s, il dil à l'IiMnianie raison : « La plus juste, la pins ((M'Ianie, la pins eonslanle des \enles, liinimulalile de Inn»'. In ne pen\ la <'OlUTVoir ou l'i'lahlir senrenienl (|n a\ee(pies U* secours nièuic de Dieu doni tu dérives, l'onles cliosf's pi'odnielcs par noslre propi'<' dis( ours soni su|eltes à ineerlilude ei déliai. ( , Vsl poin' le < liashnienl de n(»lre lierle, el nislrnelion de noire nnsere el ineapaeile (pie Dieu |)rodnisil le IronMe el la «'onlnsion de i'aneieinie lonr de lîahrl ( y. ). . . » M Mais poiu' rcpi'endrc^ mon ju'opos , c'csloit vraycnienl 1)1(11 raison (|ne nous {eussions lemis à Dien seul, v[ au héuciice de sa grac»', de la veril<" d'ime si iiol)Kîcr(''anro, pulstpu' de sa seule lilu-ralile nous recevons le fruicl de riinmoi'falité , lecpiel (onsiste en la |ouissanee de la heililnde «'lernelle. ('■finies-.

(l) I.iv. II, ( ||M|I. MI.

(î) liiv. Il , <'1m|i. \n.

sons ingénucinent que Dieu seul nous l'a dict, et la foi; car leçon n'est-ce pas dénature et de nosti'e raison : et qui re tentera (i) son estre et ses forces , et dedans et dehors, sans ce privilège divin; qui verra l'iionnue sans le flatter, il n'y verra ny efficace ny faculté qui sente aultre chose que la mort et la terre. Plus nous donnons , et dehvons, et rendons à Dieu , nous en faisons d'aullant plus chrestiennenient. Ce ([ue Sénèque dict tenir du fortuite consentement de la voix pojndaire, valoit-il pas mieulx qu'il le tinst de Dieu (2)? »

Bien moins pour le hesoin de la démonstration, que parce que Montaigne nous entraîne h sa suite, et que T esprit se complaît dans certaines régions salutaires, continuons le rapide examen des figures qui sont chères à notre philosophe.

Socrato, si respectueux envers les dieux , si pratique, si pieux , qui sentait sa nature immortelle et se confiait à l'Etresouverain ; Socrate, martyr de ses convictions; qui, condannu' parla malice et la folie, respectait Finiage de la loi jns([ue dans des juges hourreaux et buvait avec calme la mort en discouiant d'une autre vie.

Platon, son glorieux dis(i|)l(> , dont \c giMiic; éclaira le mon(I(î religieux d'une lueur si [)ure, (|irtllc scmhle avoir élé l'auroi'e de la lumièi-e du

(i) Fl('';;Ic'ia, an.ilysi'r;!.

(a) Liv, If, ( li.ij). \ii.

Tliabor; qui croyait à romnipotence et h l'éternité de Dieu; qui enseignait cette doctrine : « Celui « qui a négligé son âme, traverse la vie d'un pas « chancelant et retourne dans l'autre monde sans « avoir rien gagné en celui-ci et chargé d'impu- « retés (i). »

Platon , qui , le premier, a donné du grand ouvrage de Dieu cette admirable explication : « Di- « sons la cause qui a porté le suprême ordonna- « teur à produire et à composer ces mondes. Il « ÉTAIT BON : or, celui (|ui est bon n'a aucune M espèce d'envie. Exempt d'envie , il a voulu que M toutes choses fussent , autant ([ue possible , seni- K blables à lui-même. Quiconque , instruit par <f des hommes sages , admettra ceci comme la « liaison principale de l'origine et de la formaa tion du monde , sera dans le vrai (2). » Le même, qui, confessant un Dieu unique, inunuable, éternel, s'est exprimé ainsi : « Dieu résolut

(c de faire une image mobile de l'éternité

« Le temps a donc

rt été fait avec le monde , afin que, nés ensemble, « ils finissent ensemble (3). »

Le temps cette imai;e mobile ■ De l'immobile éternité. «

(i) Timée, (mducl. de V. Cousin, p. i4i.

(a) /if/., ibid., p. 119.

(3) 1(1., ihid., p. i3o et i3i

Platon qui, plus loin, écrira : « Dieu a donné « l'ame à chacun de nous comme un génie; nous '( disons qu'elle habite le lieu le plus élevé de notre cf corps , parce (jue nous pensons avec raison « qu'elle nous élève vers le ciel^ notre patrie^ car « nous sommes une plante du ciel^ et non de la « terre ( i ) . »

Qui, ailleurs, ajoutait : « C'est l'âme qui est le « MOI : notre corps n'est qu'une espèce de fan- « tome qui nous suit. C'est le moi de l'homme « qui est véritablement immortel; c'est ce que (c nous appelons l'âme. Elle rendra compte aux « dieux ! ce qui est également consolant pour le « juste , et terrible pour le méchant. Nous necroi- « rons donc pas que cette niasse de chair que « nous enterrons soit l'homme; sachant que ce « fils, (jue ce frère (jue nous croyons inhumer « sont réellement partis poui' un autre pays, « après avoir terminé ce (ju'ils avaient à faire « dans celui-ci (2). »

Platon, qui invo([uait un Dieu dont l'enseignement extraordiiKÙre (4 niervedleux nous scuwàt en nous instruisant de la doctrine véritable ('^).

IMaton, de même que JMontaigne, cjui adnio-

(i) Timt'e, lra<lu(l. de V. Cousin, p. aSp.

(2) Plato, de Lrgibux, XII, op. a, ix, édit. Bip., p. aiu it ai3.

(3) 7V/M., opcr., t. IX, p. 341; XI, p. 91-1)2, édit. liij).

nëtait les rationalistes de son temps , niatliéniaticiens des écritures, qui les tuent en les (lesséclidut, et voulait qu'on crût surtout au pète de C Eeriture(^\).

Platon, qui professait la théorie du libre arbitre; — auquel il a été donné , entre tous les penseurs éclairés seulement de la lumière humaine, avant l'avènement des jours nouveaux, de voir de plus loin dans le temps et de plus près dans Dieu (2).

(0 In P/icer/., t. X, p. 38i-387, édit. Bip.

(2) Dieu a laissé, disait Platon , à la disposition de nos volontés les causes d'où dépendent les (jualités de chacun de nous. (Des Lois, t. IX, p. 265, traducl. fie Cousin. )

Comme conséquence rigoureuse de l'immortalité de l'àme, il parlait, il y a quelque mille ans, de la Providence de Dieu, dans des termes qui se lient, au fond, tellement avec la pensée de Montaigne sur la sollicitude absolue de l'auteur des choses, que je veux les consigner ici : « Ne faisons pas à Dieu, répon- « dait Platon, cette injure de le mettre au-dessous des ou-

« vriers mortels Ne disons pas que Dieu, qui est

<• très-sage, qui" veut et peut prendre soin de tout, néglige les « petites choses auxquelles il lui est plus aisé de pourvoir (*), « comme pourrait faire un ouvrier indolent et lâche, rebuté « par le travail et qui ne donne son attention qu'aux gran- « des. » [Des Lois, t. IX, liv. x, p. 162, traduct. de Cousin.

Platon naquit dans file d'Egine, l'an 43o avant Jésus-

(*) Tout est également facile à Dieu , et Montaigne n'avait garde, sur ce point, de tomber dans cette relative erreur d'apprécialioii : LW'éneinent d' une bataille et le saut dhuie puce s'inclinent, sans inégalité d'efforts, sous la main loule-puissante de Dieu, avait dit Montaigne. Mais cette légère imperfei tion n'empêche pas que l'esprit ne selonne du degré de vérilé où était arrivé Platon.

336 CHAPIIHE QUATRIÈME.

Platon, enfin, qui spiritualisait lasociété païenne ; que le monde appela divin.

Plutarque de cette grande école.

Sénèque, dont la philosophie religieuse lui permit de savoir mourir et desarmera un peu l'histoire à l'égard du précepteur de Néron (i).

Christ. — Plutarque et Sénèque ont écrit, comme on sait, .iprès la mort de Jésus-Chrisl; Cicéron, sur le seuil de l'itlée (hrétienne.

Cicéron, pliilosoplie, élait aussi cité souvent par Monfai}!;ne, qui beaucoup moins aimait Cicéron orateur. Sur le sujet capital de l'immortalité de l'âme, Cicéron adopte et reproduit admirablement la doctrine du divin Platon. ( Vid. de Scncctiitc, XXI, XXII, XXIII. )

Et dans son traité de Wimitié, après avoir éloquemment proclamé cette jurande vérité, il s'exprime ainsi : « Les âmes « des hommes sont divines. A leur sortie du corps, le retour « vers le ciel est ouvert, et d'autant plus facile qu'elles ont « été plus justes et plus |)ures. Scipion pensait de même. »

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