‹ Michel de Montaigne; sa vie, ses œuvres et son temps. 2. éd., augmentée de documents authentiques inédits et de la littérature de Montaigne en ellemême, dans ses rapports avec les lettres, en général et, plus spécialement, avec les lettres au 16e sìecle et au commencement du 17eChapitre 17 sur 77 · DU JURY · texte numérisé non relu

DU JURY

la juridiction criminelle, dans cette conformité de vues et de moyens qui est le propre de l'unité humaine. Simplification merveilleuse qui, créant une jurisprudence à chaque chose, des ancêtres à chaque législateur, nous permet d'appliquer les institutions du passé aux besoins des générations contemporaines. Sans s'enorgueillir, par la pensée, d'inventions fort rarement possibles, plus rarement utiles dans l'acception radicale du mot, les hommes supérieurs font assez pour leur gloire, pour l'intérêt de leur patrie , en adaptant les lois anciennes à la taille des temps nouveaux. «Mieux vault, «se plaisait à redire Montaigne, mieux vault « réparer que détruire le bastiment de nos po- « lices.»

Procédant de cet ordre d'idées, les lois dont nous bénéficions ont grandement emprunté aux peuples sages et puissants qui furent nos aînés en civilisation. Pour ne pas sortir de la thèse que j'entreprends, du jury en matière crimi-

nelle, je crois pouvoir affirmer, avec une certitude historique, que le principe, les règles principales, nous viennent de l'Egypte, de la Grèce et de Rome.

La vigilance des égytiens fut extrême en matière de justice, persuadés, se disaient-ils, rapporte Diodore, «que la manière de la rendre «est le soutien ou la ruine de la société»1. L'administration de la' justice criminelle les préoccupait surtout d'une manière dominante, et le soin de leurs législateurs tendait à organiser des tribunaux de" répression que «les brigues, les présents, les artifices de langage, ne pussent détourner de leurs voies» 2. Ln grand jury fonctionnait, pour la connaissance

Page 1