Loco citatu
Pénétré de notre divine origine, Pascal avait donc embrassé et posé, dans toute leur ampleur, les principes de la protection que mérite la grande œuvre de Dieu.
Assurément les philantropes d'aucun temps ne puiseront à de meilleures sources les motifs de leurs expansions fraternelles. Je ne crois pas que de nos jours , voix éloquentes , poétiques , doux rêves de la philosophie , tout ce qui, d'initiative, tend à affirmer, comme un dogme , l'inviolabilité absolue de la vie humaine, s'inspire à des pensées plus hautes. Parlerai-je aussi de ces voix qui reproduisent, de ces opinions qui reflètent, candides, l'affirmation des maîtres et s'en vont répétant des doctrines qui supposent l'homme, non tel qu'il est, mais tel qu'on le voudrait? Vous avez déjà compris qu'il n'en saurait être autrement ; c'est l'aventure des idées. — Si séduisante est la théorie qui nous représente à nos propres yeux
comme plus avancés en charité chrétienne, conséquemment en charité sociale, que nos devanciers de tous les siècles, que la plupart de nos contemporains, qu'il ne faut pas beaucoup s'étonner si un certain nombre y succombe.
■ Mais outre que tous, professeurs et disciples des mêmes aspirations, doivent obéissance aux lois de leur pays, pendant qu'elles existent, pendant qu'elles ne sont pas remplacées par d'autres lois, je leur dirai, en vue de modérer un peu cette inclination dangereuse à protégercontre les rigueurs de Ja loi le malfaiteur qui la déchire : est-ce que l'inviolabilité ne couvrirait que l'assassin?
Est-ce que la loi divine, ainsi que vous le prétendez, désapprouve nos lois terrestres ?
Telle n'était pas l'opinion de Pascal , et si j'invoque ce grand homme, c'est qu'au milieu d'une époque de luttes intellectuelles, il a personnifié plus glorieusement que quiconque,
l'autorité de la conscience, la défense des vrais droits de l'homme et que son nom peut être attesté aussi longtemps que l'humanité croira à la royauté du génie jointe à la sincérité libérale du cœur.
Eh ! bien , Pascal qui réunissait en lui ces deux forces si souvent opposées, l'imagination qui crée , pousse en avant, irrite ou attendrit selon l'heure , selon le lieu ; et la raison qui calcule, modère ou raffermit, mais s'arrête aux bornes du possible, Pascal n'hésitait pas à proclamer la légitimité , la nécessité de la peine de mort. Laissons-le parler lui-même :
aParce qu'il a plu à la providence de Dieu de conserver les sociétés des hommes et de punir les méchants qui les troublent, il a établi lui-même des lois pour ôter la vie aux criminels; et ainsi ces meurtres qui seraient des attentats punissables sans son ordre, deviennent
des punitions louables par son ordre hors duquel il n'y a rien que d'injuste. C'est ce que S* Augustin , continue Pascal , a représenté admirablement au livre Ier de la Cité de Dieu, ch. XXI. «Dieu, dit ce père, a fait lui-même quelques exceptions à cette défense générale de tuer, par les lois qu'il a établies pour faire mourir les criminels, et quand on tue dans ces cas là, ce n'est pas l'homme qui tue mais Dieu dont l'homme n'est que l'instrument, comme une épée entre les mains de celui qui s'en sert. En dehors de ces cas, quiconque tue se rend coupable d'homicide 4.»
Et vous avez vu plus haut dans quels cas, les mêmes que ceux réservés de nos jours, la loi divine décrétait le châtiment suprême. Aussi Pascal discutant cette grande question, affirme à lafoisqu'à Dieu seul appartient le droit d'ôter la vie qu'il a donnée et que néanmoins , ayant