‹ Michel Le TellierChapitre 107 sur 179 · CXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXXVIII INTRODUCTION

* d'eux les instances nécessaires de la part » de M. le comte d'Harcourt, afin que les » unes jointes aux autres en puissent obtenir » TefTort (*). »

L'arrêté des comptes des munitionnaires par rintendant n'était pas alors une de ses attribu lions obligatoires, il est probable qu'il n'en était chargé que quand il donnait des preuves de son savoir en cette matière. Nous voyons cette formalité remplie par Le Tellier, pour la première fois, dans sa lettre du 12 novembre 1641. Trois mille sacs de blé de la réserve de Pignerol ont été cédés à l'entrepreneur pour trent-six mille livres, à-compte sur la fourniture de janvier. Les blés étant en hausse. Le Tellier propose d'obliger le munitionnaire à le remplacer en nature. C'est une bonne mesure; on renouvelle sans frais un approvisionnement qui s'aUère , s'il reste trop longtemps en magasin (^).

En 1642, nous trouvons Le TeUier arrêtant les comptes du pain de l'armée; il écrit à Des Noyers : « J'ai arrêté la dépense du pain de » munition des mois de janvier et février de la » présente année, fourni aux troupes du roi qui

(1) Des Noyers à Le Tellier, 17 juillet 1641, p. 318.

(-2) Le Tellier à Des Noyers, 12 novembre 16il, p. 133 .

INTRODUCTION. GXXIX

» sont en Piémont, tant à la campagne que « dans les garnisons, sans comprendre Pignerol, » à la somme de quatre-vingt-dix-huit mille n deux cent vingt livres six deniers tournois; la » dépense du mois de mars monte à soixante- » quinze mille livres; celle du présent mois sera ^) de même, sans comprendre les recrues qui ^> pourront arriver ('). « Pignerol appartenant à la France, ne pouvait pas figurer dans les liimptes de l'armée du Piémont , ce sont de ces distmctions dictées par la logique des choses; il est hon toutefois de constater en passant qu'elles existent de notre temps comme au XMP siècle. Voici un ordre d'un personnage qui n'est pas encore surintendant des finances, mais qui le sera bientôt. Il écrit à Le Tellier qu'il le charge spécialement d'arrêter les comptes du munitionnaire à Pignerol : « Le nuuiitioimaire de » Pignerol nous demande assignation de ce qui » lui est di\ pour le pain de nuuiitiun de cette » année. AJais nous avons cru que pour Tordre, » il falloit qu'il nous rapportât l'état de sa » dépense, arrêté et signé de vous. C'est pour- ^> quoi nous vous le renvoyons pour vous pré- » senter ses états et ac([uits, aiin ([uil vous

(i) Le Tellier ù Dos Nnvcrs, 4 avril 16 '.2, p. 187.

ex XX INTRODUCTION.

» plaise d'eu vérifier la dépense ('). » C'est successivement que Le Tellier concentre dans ses mains le règlement des fournitures de pain faites à l'armée.

Nous ne nous arrêterions pas davantage sur ce service, s'il n'y avait pas dans cette corres pondance une lettre de Des Noyers, qui achève de faire connaître l'homme et de donner sa mesure. Nous l'avons déjà vu à l'œuvre comme homme d'Etat : il se révèle un jour avec des doctrines fort belles et appliquées fort à propos ; dans une autre occasion, il n'est plus qu'un simple courtisan. Nous allons voir qu'il est aussi un administrateur incomplet. La manière dont il s'y prend pour fixer le prix de la ration du

(1) D'Eraery à Le Tellier, 16 mai 1642, p. 194.

Les surintendants des finances et ceux qui les secondaient, avaient autrefois un mauvais renom. On les accusait de vouloir s'enrichir aux dépens du roi, et on criait contre les impôts qu'ils devaient percevoir pour faire face aux dépenses de l'Etat. Voici ce que nous lisons dans le Menayiana, sur de EuUion et d'Emery :

«c MB' l'évêque de Belley, prêchant la Passion à Saint-Jean-en- » Grève, devant Me' le duc d'Orléans Gaston, s'aperçut que ce » prince étoit placé entre M. d'Emery et M, de Bulliou , intecdans )» des finances. Il prit de là occasion de faire cette exclamation » équivoque : — Ah ! Seigneur, s'écria-t-il , quand je vous vois » entre deux larrons...

» Ce'.a fut remarqué par une bonne partie de l'assemblée qui ne M put s'empêcher d'en rire. Monsieur qui dormoit , se réveillant en » sursaut, demanda ce que c'étoit : — Ne vous inquiétez pas, lui » dit M. de Bulliou en lui montrant M. d'Emery, c'est à nous » deux qu'il parle. » (Page 154, tome 4".)

INTRODUCTION. GXXXI

pain en 1641 et 1C42, est assez primitive à nos yeux aujourd'hui; c'est peut-être la méthode du temps et il n'y a point à s'y arrêter. Cependant puur 1643, Des Noyers pense qu'il y a mieux à faire : une bonne idée lui traverse l'esprit comme un éclair, et nous savons qu'il est de plus l'homme du premier mouvement -, voici ce qu'il écrit à Le Tellier : pour abréger, nous résumons les textes que nous donnons plus loin : « Pen^ » dant le quartier d'hiver, l'infanterie qui oc- » cupe les places de garnison est seule à recevoir » le pain de munition à la charge du roi. Le >y gros de l'armée est nourri et cantonné aux » frais de l'habitant. La ration du pain à la » garnison est payée au munitionnaire qua- » rante-deux deniers, il est certain que vous » pourriez l'avoir sur place à vingt-six deniers. « Par deçà (en France), quand les troupes ne » sont plus en campagne, le prix de la ration ^> change. »

« Allcgue-t-on les avances de fonds des » munitionnaires? Il seroit aisé, si besoin étoit, » de trouver le fonds dudit pain et le vous ren- » voyer ponctuellement et par avance. »

« Par deçà, la règle ordinaire des munition- ^> naires est de faire payer la ration en cam- » pagne double du prix du boulanger à l'inlé-

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