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le plus avantageusement qu'il se pourra. Plusieurs officiers sont déjà venus voir vos mulets, ils les ont trouvés fort beaux, mais ils n'en ont pas voulu de si grands prix, et, crainte de se méprendre, n'ont rien offert.
Madame n'est pas disposée à souffrir qu'on levât chose quelconque dans le Piémont pendant le quartier d'été; le pays ayant été si longuement chargé de dépenses excessives pour le logement des troupes depuis la reddition de Turin, Son Altesse a donné charge à son ambassadeur en France de représenter au roi la pauvreté de ses peuples, elle espère que Sa Majesté trouvera l)on de les décharger de toutes choses à présent, pour leur donner le temps de faire la récolte et pourvoir à leurs familles. En un mot, Madame ne donnera point d'ordre pour cela que Son Altesse n'ait reçu réponse de la Cour sur les dépêches qu'elle a fait faire à ce sujet.
Pour lever cet obstacle, il faut que le roi fasse entendre sa volonté à Madame proraptement par une dépêche bien expresse, ou que M^'' le comte d'Harcourt en donne les ordres tout seul. La levée se fera plus facilement par l'autorité des ministres de Madame et avec moins d'oppression des habitans : autrement ils imputeront à violence tout ce qu'on leur demandera. Et nous verrons croître extrêmement l'aversion qu'ils ont pour nous, joint que ceux qui ne nous aiment pas prendront occasion de publier que nous dépouillons Madame de toute autorité dans le Piémont, en y faisant des levées sans l'ordre de ses ministres.
Nos recrues venant fort lentement, nous ne pouvons espérer de mettre ensemble plus de sept mille hommes de pied dans la quinzaine du mois prochain, si ceux qui ont reçu leur argent amènent leurs recrues dans
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ce temps-là. Et quand bien nous aurions force suffisante pour faire quelque entreprise, M. le comte d'Harcourt seroit obligé de différer de sortir jusqu'à ce qu'il soit arrivé de l'argent de France, sans lequel on ne peut rien faire absolument en campagne, ni pour attaquer ni pour se défendre. J'ai emprunté encore depuis que vous êtes parti, vingt mille livres, si bien que je ne vois pas d'apparence de subsister de mon crédit que j'ai épuisé, pour la garnison de Turin et des autres places.
M. de Montmartin qui doit commander rartillerie en cette armée est arrivé ici le 24 courant. Il témoigne être homme d'ordre et de facile convention. Il a fait revue des chevaux de l'artillerie qui sont très-bons et au nombre de huit cens. J'ai appris de lui qu'il y avoit fonds pour des charriots à bateaux.
Quant à la fonte, M. de Montmartin m'a dit que M. le grand-maître (de l'artillerie) a voulu donner à M. de Chanfort (*), deux mille écus pour nous rembourser ce qui a été pris sur les deniers de l'armée, et pour parachever la dépense de la fonte, mais que M. de Chanfort s'en est excusé, et que sur cela M. le grand-maitre n'a fait aucun fonds ni pour notre remboursement, ni pour le parachèvement de la fonte. Il est pourtant du service du roi que les pièces qui ne sont pas en état de servir soient fondues et que la somme donnée jusqu'ici, ne tourne pas en pure perte pour Sa Majesté.
On travaille présentement à l'échange de tous les
(1) Commissaire de l'artillerie en l'armée d'Italie. Ce nom est écrit de Camlbrt dans le i" volume des Lettres de Mazarin, publié par Chéruel en 1872, collection des documents inédits de l'Histoire de France.
prisonniers qui ont été pris de part et d'autre pendant le siège d'Ivrée.
(Un article de quelques lignes en chiffres).
1" juiu 1641.
M. Le Tellier, sur les divers avis que j'ai eus qu'il y a dans mes troupes plusieurs filles et femmes débauchées et qu'il s'}' commet des juremens et des blasphèmes exécrables, j'ai fait expédier une ordonnance pour réprimer sévèrement ces crimes, laquelle j'ai bien voulu vous envoyer avec la présente, pour vous dire que vous ayez à la faire publier et observer exactement en mon armée, et dans les garnisons des places d'Italie. Faisant par vous-même et faire par les prévôts et leurs officiers une diligente recherche et punition exemplaire de tous ceux qui oseront y contrevenir, ne désirant rien davantage que d'empêcher une si détestable licence, qui peut détourner l'assistance et la bénédiction qu'il a plu à Dieu jusqu'ici, verser sur mes desseins et sur mes armes. Je vous exhorte de ne rien omettre qui dépende de votre charge, en une chose qui importe si fort à la gloire de Dieu et à mon contentement et service, et je vous assure que je vous saurai tout le gré qu'une si bonne action peut mériter. Priant Dieu , etc. Ecrit à Abbeville , le !«' juin 1641.
Signé Louis, et plus bas, Sublet.
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DES îsOYERS A LE TELLIER.
Paris, 5 juin 1641.
Monsieur, tout le conseil a été si étonné de voir la dépense des vivres de l'armée d'Italie que tout le monde a cric vengeance contre les ordonnateurs, ce qui m'oblige à vous donner avis en ami, de vivre fort resserré dans la distribution d'une marchandise qui coûte si cher au roi, et je m'assure que, quand vous considérerez que ^lessieurs des finances ont déboursé plus d'un million sept cent mille livres d'argent comptant pour le paiement des munitionnaires durant cette année dernière, qui est le double de ce qui se dépense par deçà en de plus grandes armées que le roi ait sur pied, vous avouerez bien que cela mérite une réflexion bien particulière et que ce n'est pas sans raison que le roi se plaint de ceux qui ont ordonné celte immense profusion de pain.
Il faut donc, s'il vous plaît, Monsieur, tâcher de réparer le mauvais ménage passé, par une exacte distribution à l'avenir, et vous bien garder de souffrir que chacun ordonne du pain, ainsi que bon lui semblQ, le roi n'entendant pas que les munitionnaires fournissent aucun que par des ordres visés de vous, qui que ce soit qui les ait signés. Et Sa Majesté m'ayant déclaré qu'elle se prendra à vous seul de la dissipation de ses finances, si vous n'empêchez pas, par l'autorité qu'elle vous a donnée, qu'il ne se distribue du pain qu'aux soldats effectifs qui lui rendent service, dans son armée et dans ses garnisons. Et en cas que vous soyez troublé dans l'exécution de ses commandemens, vous devez être envieux de votre honneur et de la réputation que vous vous êtes acquise jusque ici, que rien ne
soit capable de vous faire faire la moindre chose qui y puisse faire brèche dans les esprits de ceux à qui yous devez désirer de plaire.
Lorsque l'on a levé le siège d'Ivrée, l'on nous a mandé qu'il n'}' avoit pas six mille hommes de pied ; que les garnisons étoient si foibles que l'on n'en pouvoit tirer aucun renfort pour l'armée. Tirez delà, s'il vous plaît, une bonne conséquence, et dites qu'il ne faut donc pas que la distribution du pain tant de la campagne que des places monte bien haut. J'en fais, par ordre du roi, une dépêche expresse à M. le comte d'Harcourt, afin que chacun contribuant à un retrachement si nécessaire, Sa Majesté en puisse tirer le fruit qu'elle s'en promet.
L'exécution de cette dépèche est si importante qu'elle mérite bien de passer en Piémont sans mélange d'aucune autre affaire, aussi n'y ajouterai-je rien que l'assurance que je vous donne que vous pouvez exercer hautement votre charge, et qu'en bien servant comme je ne doute nullement que vous ne fassiez, vous serez maintenu par tous ceux qui aiment le service du roi et particulièrement par, etc.
DES NOYERS A LE TELLIER
Paris, 5 juin 1641.
Monsieur, j'avoue que j'ai été grandement surpris à l'ouverture de votre dernière, la trouvant toute remplie de témoignage et de la mauvaise opinion que vous avez des armes du roi qui agissent delà les monts, et ne vous étonnez pas si je vous en écris et à M. le comte d'Harcourt sur cette matière avec quelque chaleur, parce qu'il est bien dur qu'après un travail de six mois et une dépense de plus d'un million de
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livres, vous veniez, tout d'un plein saut, à prononcer qu'il n'y a pas lieu d'espérer que l'armée du roi puisse vire fortifiée ni mise en état de laire grande chose
tte campagne, et tout ce qui pourra passer de France
servira que pour remplacer ce qui dépérira de l'ctat présent des troupes, lorsqu'elles seront en campagne. Si cela alloit de la sorte, il sera bien plus avantageux à Sa Majesté de prendre de bonne heure, la résolution de ne plus rien entreprendre delà les monts, que d'y prostituer inutilement la vie de tant de sujets, et le plus pur de ses finances. Mais j'estime que M. votre général aura meilleur opinion des affaires que vous, et qu'il saura bien ménager ses recrues et s'en servir avantageusement, ainsi qu'il Ta fait, depuis qu'il commande les armes du roi. Envoyeznous seulement, je vous prie, l'état sur lequel vous désirez que nous fassions le fonds pour le pain de munition et pour la montre, atln que nous voyions si vous serez aussi foible à faire la dépense que lorsqu'il faut entreprendre. J'ai expédié une ordonnance de cent mille livres pour aider à maintenir vos garnisons, en attendant que l'état en soit expédié. Vous les ménagerez, s'il vous plaît, à votre ordinaire, c'est-àdire en perfection.
Pour ce qui est des fortifications, M. Mazarin fait toucher dix mille écus à M. Talon, attendant un plus grand fonds. Je conclus en vous priant, comme votre serviteur et ami particulier des vôtres, de prendre l'esprit de la cour qui est de faire beaucoup de peu et croire qu'il y a peu de mérite à battre dix mille hommes avec trente mille, mais beaucoup d'honneur à faire le contraire.
Il faut aider aux affaires, au lieu de les rendre difficiles, considérant que vous n'êtes employé que
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pour cela, et de plus, comme Lon François, yo devez entrer dans les intérêts du roi. Et en cas qu( vous découvrissiez que l'on dût tirer plus de fruit d recrues de cette année, aller au-devant de ce mal et lé réparer par votre affection, donnantavisà M. deCliampigny, ou de les faire passer plus en corps, de led retarder ou diligenter, et faire en sorte, par bonne' correspondance qu'enfin le roi soit servi ; c'est en quoi consiste toute l'industrie, l'adresse et la prudence d'u homme d'honneur aff'ectionné à sa patrie. Je vou parle en confidence et avec la liberté que me donne 1 qualité, etc.
DES NOYERS A LE TELLIER
Paris, 5 juin 1641.
Monsieur, vous aurez encore cette troisième pour vous dire qu'une des choses les plus pressées pour la subsistance de votre armée par delà, consistant en la conservation du pays, et rien n'y contribuant davantage que le labourage des champs qui ne se peut faire, sans que l'on empêche la dissipation du bétail qui sert à cet eff'et. Sa Majesté veut que vous fassiez faire, par qui il appartiendra, des défenses d'enlever les bœufs et chevaux, servant à la culture de la campagne, et ce, sous des peines si rigoureuses, que la seule appréhension ôte la pensée aux plus méchans de s'y hasarder.
Il est encore aussi important que vous fassiez plus craindre que par le passé, la punition des autres crimes qui se commettent par les gens de guerre avec tant d'impunité que le pays s'en va déserté, si, sans aucun délai, vous n'y apportiez les remèdes nécessaires , et ce, sans vous arrêter au mécontentement du tiers et du quart, ni que le respect d'aucune puissance vous
détourne de l'exécution d'un ordre si nécessaire; au moins portez-vous y, je vous prie, Monsieur, jusqu'à ce que vous en soyez empêclié par la force majeure a laquelle il est raisonnable de céder.
J'ai eu avis qu'il y a eu un notable mécompte dans les blés du magasin de Pignerol : je vous prie de prendre la peine de vous y transporter et de vérifier d'où, de qui et de quand est provenue la tare qui s'y trouvera. Le sieur Jacquet, qui est ici maintenant, (dit) sur sa vie que, de ce qui a pasîé par ses mains, il ne s'y trouvera pas un grain à redire
Il faut bien garder de se laisser vaincre aux difficultés que font les officiers de Madame de lever les contributions réglées par M. Mazarin jusque à sept cens livres piémontoises, parce qu'autrement il vous seroit impossible de faire subsister vos garnisons , l'argent de France ne pouvant subvenir à toutes les dépenses. Je vous conjure de prendre un soin particulier de l'exécution de tous les articles contenus en cette dépêche, afin que ci'la me donne le moyen de vous rendre auprès du roi et de Son Eminence (Richelieu) les bons otlîces que vous doit , Monsieur, etc....
LE TELLIER A DES >'OYERS
Turin, 9 juin 1G41.
Monseigneur, vous ne me mandez point que vous ayez destiné quelque fonds pour l'armée, quoique nous en ayons grand besoin. Je ne vous pare point des montres et des prêts, vous en ordormerez comme il vous plaira, après que M. Mazarin vous aura informé de l'état des troupes qui ont hiverné, et que vous aurez considéré celui des recrues. Mais je vous
supplie de considérer qu'il y a beaucoup d'autres dépenses dont on ne se peut passer et sans lesquelles on ne se peut mettre en campagne, comme des travaux d'espions, xojRges, bateaux, chariots à les porter, conduite (convois), ceux d'hôpital et maint autre qui ne se peuvent prévoir et pour lesquels il faut de l'argent tout comptant, jusque-là même qu'en cas de néces- ité, on y applique celui que vous donnerez pour les prêts et les montres.
J'ai encore emprunté pour les garnisons, pour l'hôpital qui coûte plus de vingt mille livres depuis Ivrée : il y a plus de quatre cens blessés, ce qui ne s'étoit point vu en ce pays; pour les étapes des troupes qui arrivent de France , et pour préparer l'équipage pour là campagne. M. Ttiiault nous a envoyé vingt mille écus en un article pour porter à la campagne ; on lui doit sept vingt mille livres à mon avis, lesquelles il retiendra sur le premier argent que vous enverrez, s'il ne vous plaît d'y pourvoir d'ailleurs.
Je vous envoie aussi l'état des oflîciers qui ont deux charges en cette armée. Je vous supplie humblement de juger si un gouverneur de place peut être officier en un régiment qui sert ailleurs ; si ceux qui servent à l'artillerie peuvent être officiers dans des corps d'infanterie, et si le règlement ne se doit pas étendre aux troupes de Madame. L'ordre qu'il vous plaira me donner sera exécuté ponctuellement.
M. le comte d'Harcourt fait état de mettre en campagne dans huitaine au plus tard et n'a pas encore résolu de quel côté il ira ; mais bien de laisser les places bien garnies et un corps dans le Piémont, composé d'infanterie et de cavalerie, pour empêcher la diversion que les ennemis pourroient (aire. Je vous tiendrai averti de tout.