‹ Michel Le TellierChapitre 170 sur 179 · LE TELLIER A BOUTHILIER · texte numérisé non relu

LE TELLIER A BOUTHILIER

30 novembre 1642.

Monseigneur, la citadelle de Tortone se rendit aux armes du roi, le 26 du passé, à composition fort honorable ; elle étoit due à la vertu de ceux qui l'ont défendue, lesquels ont quitté (se sont rendus) autant par nécessité que par force. La générosité et la fermeté de M. le duc de Longueville et du prince Thomas ont acquis cette place au roi qui donnera de grands avantages à l'avenir à Sa Majesté ; mais à présent, il convient faire de la dépense pour la conserver, car elle est ouverte en trois bastions et au donjon. Elle est dépourvue de vivres, munitions de guerre et de toutes autres choses nécessaires à la défense d'une place. Il faut une forte garnison pour la garder, et qui ne peut subsister qu'à force d'argent, la ville étant située dans un paysennemietmuguettéeperpétuellement des garnisons d'Alexandrie, Pontecouronne, Sarranal. Mais quand nous aurons attrappé le mois de mai et de là en avant, on trouvera facilité dans le pays de soulager les finances du roi. Je vous envoie un mémoire qui contient le détail de la dépense qui est à faire , sur lequel je vous supplie de nous vouloir pourvoir, et de croire que j'emploierai toujours mes soins de bien bon cœur pour faire ce que vous ordonnerez et vous faire connoître que je suis, etc....

Mémoire mentionné ci-dessus concernant l'état de Tortone, envoyé à M°'' Mazarin et Des Noyers, le 30 novembre 1642.

La citadelle de Tortone est ouverte en trois bastions

et encore au donjon; le couvert qui y étoit a été démoli pendant le siège, pour cuire le pain des ennemis et faire du feu dans leurs corps de gardes.

Il ne s'y est trouvé ni vivres ni munitions de guerre fors du plomb et de la mèche. Si bien qu'il faut rétablir les brèches, le donjon et le couvert des bâtimens démolis. Ravitailler la place de toutes choses nécessaires pour faire habiter qui y tiendront garnison. Ce qu'on ne peut avoir que de l'état de Gènes ou du Piémont, à fort haut prix.

Et parce qu'il n'est pas possible que la garnison du château puisse subsister cet hiver , si les ennemis reprenoient la ville promptement, on y laisse une forte garnison pour la manutention de laquelle il convient de payer des prêts et des montres également (régulièrement).

1^ Pour donner moyen aux officiers et soldats de vivre dans une ville ruinée par le séjour d'une armée pendant deux mois entiers, située au milieu du pays ennemi, éloignée de plus de trente milles d'aucune place qui soit en l'obéissance du roi.

2° Pour évaluer par le moyen la dépense que fera la garnison et l'appétit du gain, les Milanais et les Génois y ayant porté des vivres, nonobstant les obstacles des ennemis qui espèrent recouvrer cette place par famine.

30 Pour y retenir les soldats contre les artifices des ennemis qui n'épargneront rien pour les débaucher, contre l'aversion qu'ils ont à demeurer en garnison, et contre la facilité qu'ils auront de s'échapper par le Parmesan et l'état de Gênes.

Pour tâcher à diminuer cette dépense, j'ai obtenu de M. le duc de Longueville d'en tirer partie des officiers qui sont dans les régimens, et n'en laisser qu'un

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nombre proportionné aux soldats qui composent leur corps Mais comme il est à appréhender que les officiers qui sortiront de la place n'emmènent avec eux leurs meilleurs soldats, et qu'ainsi ils afioiblissent la garnison, on a diâéré de pratiquer cette économie-là, jusqu'à ce que l'armée retourne en Piémont, au cas qu'on juge qu'elle ne préjudice à la sûreté de la place qu'il faut préférer à toutes choses.

On fait état aussi de mettre dans la ville de Tortone deux cens maîtres pour lesquels il faut faire provision de foin et d'avoine, n'y en ayant point dans le pays, au moins en lieu où on le puisse aller prendre, ce qui sera bien cher, parce qu'on ne peut faire ce magasin que de Novi qui ne manque pas de vouloir profiter de notre nécessité, suivant le génie du pays. J'estime que ce magasin pour six mois reviendra à quarante mille livres.

Il est donc besoin qu'il plaise au roi d'envoyer ici de l'argent promptement pour conserver une place qui a été conquise avec grand soin et telle industrie qu'elle ne se peut expliquer ; pour le ravitaillement de la place qui manque absolument de tout; pour le rétablissement des brèches, bàtimens et fortifications.

Et pour la manutention de la garnison de cavalerie et infanterie et officiers qui commanderont dans icelle, j'estime, sauf meilleur avis, que soixante mille livres suffiront présentement pour les fortifications. J'entends pour ce qui se peut faire d'entre-ci et le printemps. La dépense de ravitaillement ne se peut pas bien exprimer, parce qu'elle dépend de ce qu'il vous plaira y mettre; tout ce qui y fait besoin manque.

J'estimerois bien cette partie-là à plus de soixante mille livres, sans y comprendre les provisions de foin et d'avoine pour la cavalerie, à quarante mille livres,

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à ce que je crois. M. Talon ménagera bien ce qu'il vous „ plaira envoyer pour ces trois parties-là.

Pour ce qui est de l'entretien de l'infanterie, je n'en puis parler pertinemment, parce que la revue s'en doit faire demain, n'ayant pu être faite pendant que l'armée a séjourné dans Tortone; mais j'estime, suivant la connoissance que j'ai de la force des régimens et de la qualité des otticiers qui les commandent, que chaque prêt passe sept mille livres et chaque montre vingt-cinij; mille livres ; ce qui pourra diminuer, si on en tire des officiers : et, sur ce pied, l'entretien de l'infanterie, pendant trois mois, montera à cent dix ou à cent vingt mille livres.

Pour ce qui est de la cavalerie, faites état de trois cens places et arbitrez ce qu'il vous plaira leur donner outre le pain, le foin et avoine, par jour, pour chaque place.

Il faut bien entendre que Tortone ne se peut conserver jusqu'au mois de mai qu'à force d'hommes et d'argent : après ce temps la dépense diminuera de beaucoup, et le roi en tirera des avantages qui ne se peuvent pas comprendre, et, au contraire, les Espagnols diminueront (d'influence) dans l'Italie. Il est besoin de faire fonds de neuf cent quarante livres par mois pour les appointemens des officiers de l'artillerie qui sont demeurés dans la place, et de régler ceux de M. de Floriiiville et des officiers qui servent sous lui.

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