‹ Michel Le TellierChapitre 171 sur 179 · LE TELLIER AU CHA^XELIER · texte numérisé non relu

LE TELLIER AU CHA^XELIER

Pou33ol, 1" décembre 16i2.

Monseigneur, enfin, la citadelle de Tortone s'est rendue aux armes du roi après sept semaines de siège, 23endant lesquelles on a souffert beaucoup de disette,

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de fourrages et de vivres. La garnison ennemie est sortie le 26 octobre du passé à composition honorable , quoiqu'on sût qu'elle ne pense plus durer dans la place, tant à cause de la bréclie que par nécessité de pain.

Mais on a voulu accorder ce bon traitement-là à la vertu que les ennemis ont témoigné au service de leur prince, ayant fait par leur défense tout ce que peuvent faire des gens de bien de cœur. Cette conquête est due à la fermeté de M. de Longueville et du prince Thomas, avec laquelle ils ont su vaincre les obstacles que nous ont faits la rigueur de la saison et les artifices des ennemis, à nous ôter toute communication avec le reste du monde. Elle ne donne pas grand pays au roi, à cause des garnisons que les ennemis tiennent dans Savanal et Pontecouronne qu'ils ont fortifiés pour conserver le pays qui est entre le Parmesan et Tortone ; mais si nous pouvons la conserver jusqu'au renouveau, Sa Majesté en tirera grand avantage et les ennemis beaucoup de diminution de réputation en Italie.

M. le duc de Longueville a remis cette place et le comté de Tortone entre les mains de M. le prince Thomas, par ordre du roi qui a désiré que Sa Majesté lui prêtât de ses troupes pour la garder. C'est M. de Florinville, mestre de camp, qui commande celles qui y tiennent garnison. L'armée a marché aujourd'hui pour prendre poste, pour ravitailler cette place qui fera de la dépense au roi pour quelque temps. C'est ce que je peux vous mander pour cette fois.

Poussol, 1" décembre 1642.

Monseigneur, votre dépêche du 24 octobre m'a été rendue présentement, elle a séjourné en chemin beau-

coup de temps, par le soin qu ont pris les Espagnols de rendre les chemins de Montferrat à Tortone ditflciles. Je ferai ce que vous m'ordonnerez touchant les recrues et le pain de munition, sitôt que nous serons quittes du ravitaillement de Tortone. Je vous envoie cependant un état des recrues qui ont entré cette année en Piémont, par lequel vous connoîtrez ceux qui ont Lien ou mal servi. Je vous puis dire en vérité que la meilleure partie de rinlanterie a amené de fort bons hommes; on a manqué au nombre, mais non pas tant que l'année dernière. Je trouve que les vieux corps font le plus mal pour la cavalerie; vous en trouverez beaucoup sur le papier, mais ce n'est que de la famée, les régimens n'en ont pas été plus forts. Il n'y a point de friponneries que les chefs ne fassent pour profiter de l'argent que le roi leur ordonne (ordonnance). Ils craignent le châtiment et n'ont point du tout d'honneur.

J'ai appris de M. Talon ce qui s'est passé à Turin en une revue, entre un commissaire et un officier du (régiment) Passage, et que l'affaire avoit été accommodée de son consentement. On ne m'en a point demandé justice, et je ne l'aurois pas pu faire ayant été depuis attaché au siège de Tortone. Je ne souffre pas volontiers les violences, quelque protection que puissent avoir les auteurs.

Vous saurez de M. de Xavailles les particularités de la prise de Tortone. Il en peut parler comme il y a bien servi de sa personne et fait agir son régiment utilement, lequel a été, pendant cette campagne, le plus fort de l'armée après les gardes et Normandie. Cette conquête est due à la fermeté de M=" de Longueville et prince Thomas, et à l'affection que les gens de guerre ont témoigné pour le service du roi en cette occasion, ayant toujours travaillé, nonobstant la ri-

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gueur de la saison, la difficulté du fourrage et nécessité de vivres. Il faut faire de la dépense pour la conserver, ainsi que vous verrez par le mémoire cijoint, sur lequel je vous prie très-humblement de vouloir pourvoir. Mais cependant ne soyez pas en inquiétude de notre nécessité, car j'ai emprunté ce qu'il y avoit d'argent dans l'armée; j'ai encore quéri des lettres de change à Turin pour Gênes, et avec cela j'espère que nous pourvoirons au plus pressé et nous vous donnerons le temps d'envoyer les ordres nécessaires pour la sûreté de la place.

Nous y avons laissé du pain et de la farine pour tout le mois: je crois qu'on y en trouvera encore pour un autre mois de Lié, et l'armée ne partira point de ces quartiers-ci qu'on y en ait conduit encore pour autant de temps avec les choses les plus pressées. Et j'espère, Dieu aidant, d'y laisser quelqu'argent pour empêcher le retardement du travail et le dépérissement de la garnison, et ainsi vous pouvez être en repos. Faitesvous expliquer, s'il vous plaît, par M. de Navailles, la conduite de M. le prince Thomas et sa façon d'agir en une armée. J'espère que vous jugerez que le roi n'aura point de regret de l'avoir acquis à son service et que Sa Majesté en tirera beaucoup d'avantages à l'avenir. Je vous demande celui de la continuation de votre bienveillance, etc....

DES NOYERS A LE TELLIER

7 décembre 1642.

Moiiîîieur, trouvez bon que je me plaigne de votre silence et que je vous dise librement qu'il n'y a aucune des armées du roi dont je suis si mal instruit que de celle d'Italie. Mais peu importe, pourvu que

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fout aille bi-en et que vous preniez des places comme vous avez fait Tortone, cela mérite bien que l'on laisse toute autre pensée potir y vaquer plus fortement. L'on nous écrit de Turin, que la place est en la puissance du roi,, les courriers de Madame le nous apprennent ainsi. L'on dit que vous êtes obligé d'y faire de grandes dépenses pour la circonvallation et les approches et trancliées ; qu'il convient à présent d'en faire de trèsgrandes pour la remettre en état et la réparer et ravitailler. Et parce qu'il seroit trop tard devons envoyer (les fonds pour y satisfaire, lorsque vous les demanderez, il a été ordonné que Ton vous enverra cent mille livres à cet effet et que vous en ordonnerez la dépense ainsi que vous avez accoutumé.

Je n'ai eu aucune revue de l'armée de toute cette campagne, de sorte que je ne puis rendre compte au roi de la force des troupes. Or, bien qu'il soit difiîcile de faire des revues, ne payant pas de montre, il n'est toutefois pas impossible d'envoyer des extraits par estimation à peu près du vrai. Faites-le donc, je vous prie, par le retour de ce courrier, et mandez quels régimens vous estimez devoir être cassés, et quels réduits à deux ou une compagnie. Et de même de la cavalerie, comment l'on doit traiter celle des princes, comment celle de Madame; combien il y en a en chacun corps et combien vous croyez qu'il en faille garder; si les troupes de Madame et des princes ne doivent pas désormais subsister aux dépens du Piémont ou autrement. Bref, votre avis et ceux de M. le duc de Longueville sur tout le général des affaires de delà qui regardent la guerre. Ce qui vous reste de munitions d'artillerie, combien il en faut pour la campagne prochaine, où on les peut recouvrer et à quel prix. Je dis le même pour le pain de munition , si l'on pt-ut en

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modérer le prix : bref, m'instruire généralement de tout ce qui est à faire pour rendre la prochaine encore) plus glorieuse que celle-ci, afin que les ennemis sa-| client que la France ne se relâche pas dans ses afflic-^ lions, ains redouble ses forces lorsqu'ils les croient abattues. Tous savez assez sur quoi je vous tiens ce discours , aussi ne me l'étudié-je point davantage pour vous renouveler la cuisante douleur qui étouffe, etc....

DES NOYERS A LE TELLIER

11 décembre 1642.

Monsieur, Dieu ayant fait heureusement conclure la campagne, le roi renvoie en diligence le sieur Talon, avec argent ou ordre pour en toucher, pour la réparation et ravitaillement de Tortone. Il est aussi chargé d'une dépêche pour M. votre brave général, afin qu'il lui plaise résoudre promptement de quels corps il estime se pouvoir mieux servir à la campagne prochaine; quels il juge devoir être mis dans les garnisons ; quelles recrues il faudra donner aux uns et aux autres. Je dis tant pour les troupes du Piémont que de Casai et des autres places ; faire les traités desdites recrues, tant avec la cavalerie que l'infanterie, et faire aussitôt partir les officiers qui auront à y travailler, qui trouveront leur argent comptant à Lyon, afin que, sans perdre un moment, l'on puisse remettre l'armée en état de continuer ses progrès dans le Milanais. Je ne vous invite pas à embrasser cette expédition avec vigueur, parce qu'en sachant l'importance, je suis assuré que vous vous porterez avec tout le zèle que (qu'on) peut désirer pour le service du roi.

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