‹ Michel Le TellierChapitre 172 sur 179 · LEROY A LE TELLIER · texte numérisé non relu

LEROY A LE TELLIER

12 décembre 1G42.

Monsieur, j'ai reçu iiier, par ^l. de Navailles, la lettre dont il vous a plu de m'iionorer du i*"" de ce mois, dont je vous rends grâces très-humbles, comme aussi de la pièce cxui y étoit jointe, et vous assure que Mer j)eg Koyers a fort bien reçu celles que ledit sieur de Navailles lui a apportées de vous, auxquelles il a ajouté tous les témoignages de votre conduite, de votre zèle pour le bien des affaires et de la satisfaction que chacun a de vous, que savoit donner le meilleur de vos amis. Et mondit seigneur, non seulement les a entendus avec grand plaisir, mais a dit de son côté tout ce qui se peut à votre avantage, dont j'ai été d'autant plus satisfait que je vous avoue que j'étois en peine depuis quelques jours d'une lettre qi'il vous a écrite, où il y a beaucoup de plaintes de ce qu'il n'étoit pas suffisamment informé de l'état de Tarmée d'Italie. Je lui en avois dit, il y a quelque temps, ce que j 'avois cru devoir être à votre décharge ; mais, comme il s'est trouvé pressé de résoudre les recrues de l'armée d'Italie, il lui a fâché de n'avoir pas de quoi y satisfaire, et vous a écrit sur le temps qu'il avoit cette impatience qui étant passée certainement, il ne lui en demeure plus rien. Il a bien reconnu par les papiers et états que vous lui avez envoyés par M. de Navailles que peu de jours lui eussent donné de quoi se contenter, et je vous assure que cela e^t en fort assiette.

Au surplus, nous avons été et serons longtemps dans une extrême affliction qui se peut dire consternation, pendant quelques jours, de la porte que nous avons

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faite de M^" le Cardinal-duc. Mais à présent toutes choses subsistant commes elles étoient avant son décès, chacun se remet, voyant que l'on agit tout ainsi que Ton faisoit. M. de Chavigny et M'*" Des Noyers sont toujours en même confiance auprès du roi. M^"" le Cardinal Mazarin est avec ceux du conseil étroit et le premier par sa dignité. Et comme cela lui augmente son crédit, je m'imagine qu'il fera quelque chose de plus, pour ce qui vous touche, que par le passé. De quoi je le ferai souvenir de temps en temps; mais si vous voyez quelque chose de précis à faire, je vous supplie de me le faire savoir et de me commander en toutes occasions comme à une personne qui est passionnément, etc....

Je vous demande pardon, si étant pressé d'affaires, j'ai fait écrire cette lettre d'une autre main que de la mienne; et que vous me fassiez l'honneur de m'écrire de la vôtre. Je vous assure aussi que M. Talon vous a rendu, auprès de Me' Des Noyers, tous les bons offices qu'ont dépendu de lui.

DES KOYERS A LE TELLTER.

13 décembre 1642.

Monsieur, le roi trouve bon que, sur le fonds que l'on vous envoie pour la réparation et le ravitaillement de Tortone, aider à M. le prince Thomas à faire quelque levée de gens de guerre, pour mettre dans la place. Ménagez ce petit fonds, en attendant que par l'état des dépenses que vous nous enverrez, l'on pourvoie à vous en envoyer d'autres. Je ne vous dirai point la joie que Sa Majesté a eu au récit que M. de Navailles lui a fait du succès de cette grande entreprise, glorieuse à la France et particulièrement à ceux qui

lui ont rendu ce signalé service, entre lesquels je ne vous considère pas au dernier rang, sachant par expérience la part qu'ont à la peine aussi bien qu'à l'honneur, ceux qui remplissent le poste que vous tenez par delà. Réglez si bien, je vous prie, tout le fait de vos recrues, que le roi étant assuré d'avoir de bonnes troupes, nous n'ayons qu'à vous envoyer à Lyon le fonds promis à ceux qui les dévoient faire, à quoi nous travaillons dès à présent, en sorte qu'il sera à Lyon plus tôt que ceux auxquels il le faudra délivrer pour faire les recrues. N'oubliez pas, s'il vous plaît, à leur définir bien précisément le temps de leur passage, et que le roi ne donne plus de quartier de vingt jours, ainsi que vous le verrez par une copie du traité d'infanterie de Catalogne, qui est général pour toute cette armée, ainsi que les gens de guerre le pourront savoir, quand ils auront passé les monts.

Assurez-vous que M. Le Pelletier n'est pas plus que moi.

MAZARIN A LE TELLIER

14 décembre 1642.

Monsieur, pour ne pas m'abattre davantage, j'évite de vous parler de la grande perte que j'ai faite en la mort de Son Eminence. Vous savez si j'en ai sujet, c'est pourquoi je ne vous dirai autre chose, et seulement vous assurerai qu'en quelque lieu et condition que je sois, vous me trouverez extrêmement affectionné à votre service. J'ai parlé au roi en termes que je devcis de votre intégrité, subtilité et adresse, et M. Talon vous dira, de la part de M. Des Noyers, qu'il désire avec passion vous faire connoître qu'il est votre véritable serviteur.

ç:42 ii DÉCEMBRE 1G42.

On envoie en diligence ledit sieur Talon au lieu où TOUS êtes, avec cent mille livres argent comptant, gu'il vous remettra pour fournir aux frais qui presse ront davantage, particulièrement pour la conservation de Tortone; n'y ayant rien de plus important pour le service du roi en Italie que soutenir la prise de ladite place, de laquelle ayant disposé en faveur de M. le prince Thomas, l'on doit croire que divers princes d'Italie pourroient se résoudre à se mettre dans le" parti du roi pour profiter du progrès qu'il y a grande apparence que les armes de Sa Majesté feront en la première campagne contre les Espagnols. Et parce qu'il n'est pas assez d'avoir remis ladite place au prince Thomas, si l'on ne voit qu'elle soit effectivement dans son pouvoir : en quoi les princes d'Italie pourroient trouver à redire , voyant que la garnison qui y a été établie est composée des troupes du roi. Il seroit à mon avis très-nécessaire que ledit prince travaillât tout aussitôt pour lever un nombre suffisant de soldats dépendant de lui qui, commandés par un, bon gouverneur, en eussent le soin.

Le principal sujet du retour du sieur Talon en Piémont, c'est de dire de la part du roi à M. le duc de Longueville et (au) prince Thomas d'assembler les principaux chefs de l'armée, et vous y intervenant, examiner et résoudre tout ce qu'il se pourra pour le plus grand service du roi dans la campagne prochaine, touchant les recrues. Sa Majesté désirant avec passion qu'on y donne tel ordre qu'on ne tombe plus dans les inconvéniens que nous avons vus arriver par le passé.

J'ai assuré Sa Majesté que vous travailleriez de votre côté fort et ferme, et qu'il ne tiendra pas à vous que les officiers ne fassent leur devoir, de façon que M. le duc de Longueville ayant grand intérêt que le nombre

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des troupes du roi soit Lieu rempli et effectif dans la campagne prochaine. J'ai grande espérance que Sa Majesté aura grande satisfaction sur ce sujet.

LE TELLIER A MAZARIX.

Turin, 24 décembre 1642.

Monseigneur, j'ai dressé sous M^'" le duc de Longueville l'état des troupes qu'on juge nécessaires pour la campagne prochaine et la garde des places qui reconnoissent les armes du roi en Italie, lequel contient les noms des régimens qu'on n'estime pas de service, et ce qu'il faut faire pour la manutention de ceux qu'on destine pour servir ici. Ensemble l'état des munitions de guerre et équipage de l'artillerie nécessaires pour la campagne, avec les mémoires concernant les recrues et la conservation de la ville et citadelle de Tortone, lesquels j'envoie à M. Des Noj-ers par le retour de ce courrier qui les fera voir à Votre Eminence. Sur lesquels je la supplie de considérer que Tortone est si avancé dans le pays ennemi et si éloigné de notre communication, qu'il n'est pas possible de le pouvoir conserver jusqu'au mois de mai qu'à force d'argent, en envoyant ici un nombre considérable de troupes qui nous donne moyen de donner telle jalousie aux ennemis, qu'ils n'osent dégarnir leurs places pour s'attacher à la reprise de cette place, laquelle certainement coûtera cher au roi, tant pour rétablir les troupes diminuées notablement par le long travail que pour l'entretien de la garnison, réparation des brèches, fortifications, provisions de vivres et munitions de guerre ; mais si elle peut demeurer à Sa Majesté, elle en tirera de très-grands avantages et tels que Votre Eminence sait mieux que personne du monde.

Les ennemis ont témoigné beaucoup de joie du sinistre accident arrivé à la France , par la mort de M^"" le Cardinal duc de Richelieu, dans laquelle je prends toute la part que je dois comme François et intéressé en tout ce qui regarde Votre Eminence. Mais puisqu'il a plu au roi de nommer Votre Eminence pour la conduite des affaires de l'Etat, j'espère que les Espagnols apprendront, par le temps, que ce change- î ment-là ne leur sera point avantageux. Votre Eminence m'a témoigné beaucoup de bienveillance, je la ^ supplie de tout mon cœur de me la vouloir continuer et de croire, etc....

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