MÉMOIRE SUR TORTONE , CONCERNANT LES TROUPES
23 décembre 1642.
Le dernier jour de novembre, l'armée partit de Tortone et marcha droit à Capriata pour occuper un poste, duquel on peut avoir communication avec Nicede-la-Paille pour en tirer des vivres pour l'armée, des munitions de guerre pour Tortone et des voitures pour les y conduire. On laissa dans Tortone les régimensde Vaillac, Touraine, Turenne, Navailles, Samet- Paul, Monpezat, Bastilly, Gonnor, Florinville, Laval, Caderousse, lesquels, augmentés de tous les soldats malades qui n'avoient pu suivre l'armée, ont passé à la revue qui en a été faite à trois mille quatre cent quatre-vingt-neuf hommes, outre quatre cent quatrevingts officiers. Mais, par les mémoires qu'on a eus de M. de Florinville, il ne s'est trouvé au vrai que douze cent quarante-six hommes de service, non compris les officiers.
On a réglé depuis le nombre des officiers qui de-
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voient demeurer en chaque régiment sur le pied d'un capitaine, lieutenant et enseigne pour chaque compagnie de trente hommes, et on en a tiré les autres avec réquipage de ceux qui y sont demeurés pour leur donner quartier dans le Piémont.
L'armée a séjourné à Capriata et aux quartiers circonvoisins depuis le i" décembre jusqu'au il, en suivant, pendant lequel temps on a assemblé ce qu'on a pu de voitures dans le Montferrat ; on a acheté du blé et quelque peu d'autres munitions dans ^'ovi proportionnément aux voitures qu'on y a pu trouver.
Le 11, l'armée laissant les bagages dans les quartiers, a marché droit à Tortone et escorté les munitions de guerre qui étoient arrivées de Mce-de-la-Paille et d'Acqui, et une partie du blé qui étoit préparé à Novi sur les charrettes de l'artillerie, les mulets de Ms^ le duc de Longueville, de M. le prince Thomas, ceux des maréchaux de camp et autres officiers, majors de l'armée, et généralement sur tous les chevaux et mulets des officiers, tant de cavalerie que d'infanterie, qui se sont trouvés en état de servir.
Le lendemain 12, les voitures lurent renvoyées dans Novi, lesquelles chargées de blé en partirent le 13 pour Tortone où elles arrivèrent heureusement, escortées par l'armée qui avoit séjourné à Poussol, près Novi.
On a jeté dans Tortone, par ces deux convois-là, douze cens sacs de grains, mesure de Gènes qui est plus forte que celle de Piémont, du lard, de la chandelle, de rnuile, des flambeaux de cire, du fromage, des clous, des médicamens, du vieux linge, des casaques pour des sentinelles, des haches, des serpes, des piques, des pelles, du cordage, mais en fort petite quantité, faute de voitures, lesquelles on n'a pu avoir de Novi, quoiqu'il s'y en soit beaucoup trouvé et
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qu'on n'ait point voulu épargner l'argent dans cette occasion-là.
On a en outre cela, fait saler dans Tortone trente bêtes à cornes qui ont été achetées des officiers de l'armée qui les avoient gagnées sur les ennemis.
Si bien qu'il ne faut pas croire que la place soit ravitaillée, quoiqu'on ait fait tout ce qui a été possible, eu égard à la saison qui n'a pas permis qu'on ait séjourné davantage, ni qu'on ait pu tirer aucun secours du Piémont et du Montferrat, et ayant été réduit à se servir de Novi, terre de l'état de Gênes , dans laquelle on n'a pas trouvé toutes les facilités que la neutralité qu'on a observée fort religieusement, devoit faire espérer.
Et il est si vrai que la saison n'a pas permis qu'on ait fait plus de convois dans Tortone, que ceux qui en sortirent les derniers le 13, au retour du second convoi, eurent de la peine à repasser la Scrivia, laquelle n'a pas été depuis guéable, par la continuation des pluies qui ont obligé Tarmée à séjourner à Gapriata et aux autres quartiers des environs, beaucoup plus qu'il n'étoit expédient pour sa conservation, et la cavalerie et l'infanterie ne s'en retirent pour gagner leurs quartiers qu'avec grande perte d'hommes et de chevaux.
Il faut donc faire état de jeter des vivres dans Tortone sitôt que le temps le permettra. Et cependant il y faut envoyer non-seulement pour l'entretien de la garnison, réparation de la place, mais même somme notable pour essayer à acheter du blé et les autres choses qui y sont nécessaires des Génois et Milanais, qui hasarderont volontiers d'y en porter, quand ils connoitront qu'il y aura grand gain à faire, ce qui seroit fort avantageux s'ils pouvoient succéder, parce que s'il faut y faire des convois, il n'y a pas de troupes
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suffisamment en Piémont pour les y conduire en sûreté. Et quand il y en auroit, elles pâtiront beaucoup, marchant dans un pays désolé par le séjour et les passages de l'armée, et notamment la cavalerie qui n'y trouvera point de fourrage du tout, et si les pluies prenoient les troupes à leur retour, en sorte que les rivières leur empêchassent les passages, elles périroient sans ressource.
Néanmoins, il est de la prudence d'agir à toutes fins, c'est-à-dire, outre ce qui se tentera dans Tortone, de préparer toutes choses comme si on devoit faire un convoi au premier beau temps qui se présentera.
On ne peut faire magasin des choses nécessaires pour ce ravitaillement ailleurs que dans Novi, parce d'Albe à Nice et de Nice à Novi les chemins ne sont pas accessibles pendant l'hiver, et il ne faut pas se mettre en état de ne pouvoir passer quand la place sera en nécessité de vivres. On pourra choisir des voitures qui iront fort bien à vide et demeureroient si elles étoient chargées. Mais il faut, auparavant que de rien faire, s'assurer de la république de Gênes et tirer d'elle des ordres par écrit au commissaire général, ou capitaine de Novi, de nous faire fournir toutes les choses dont nous avons besoin en payant raisonnablement, même des magasins pour retirer les marchandises que nous y aurons fait venir ou acheter, et de les laisser sortir librement, toutes fois et quand nous voudrons, et des voitures pour les conduire, en sorte que pour ces voitures-là, nous n'ayons point affaire aux particuliers, mais seulement à celui qui aura autorité dans la ville de Novi, qui les obligera à servir et réglera leur salaire.
Ce qui fait désirer cette précaution, c'est que les Génois sont naturellement partisans des Espagnols ;
ils ne prennent pas plaisir de nous avoir pour voisins et qu'ils nous ont donné plusieurs témoignages de leur mauvaise volonté pendant le siège de Tortone :
1° En nous refusant la liberté de tirer des munitions de guerre de leur État.
2° En souffrant que les ennemis, de concert avec eux, aient brûlé les moulins de Novi, de crainte que nous nous en servissions.
3» En tolérant que des personnes habituées dans leur État aient débauché publiquement les soldats de l'armée da roi, et intimidé par menaces ceux qui nous vouloient servir, sans en avoir voulu faire justice quelconque, sur la plainte qu'on leur en a faite.
4° Par les refus qu'ils ont faits de laisser sortir de Novi les farines que nous y avions fait voiturer d'otages (par réquisition), et ce au temps de la plus grande nécessité que nous ayons eue durant le siège.
5" Par le refus qu'ils ont fait de nous donner un ordre pour contraindre ceux qui avoient des voitures dans Novi de nous servir pour notre argent.
G** Pour avoir fait arrêter à Gavi malicieusement les mulets que M. Damontot nous envoyoit de Gênes pour nous servir, et les avoir rendus inutiles par ce moyen pour le premier convoi.
Et en dernier lieu pour avoir refusé la porte aux François qui vouloient entrer dans Novi, pour donner lieu à la garnison de Sarranal de les venir assassiner jusque dans les bateaux et dans les fossés de la ville, et après, retenir dans Novi les officiers des troupes d'Espagne qui auroient violé la neutralité par leur induction.
D'où on induit que si nous ne prenons bien nos mesures avec la république de Gènes, elle nous fera refuser de laiiiser sortir de Novi les choses que nous avons
préparées pour le ravitaillement de Tortone, et ce d'autant plus volontiers, quand elle croira que la place sera en état d'échapper de nos mains par cette voie.
Et pour faire connoître à la république combien Sa Majesté a à cœur cette affaire-là, il seroit bon d'y envoyer un homme exprès qui donnât mpj'en à M. Damontot d'agir avec plus de chaleur et de faire parler la république de Gênes bien clairement.
Mais quand on aura tout ce qu'on peut désirer de la république de Gênes, il y aura toujours à craindre que les Espagnols, de concert avec elle, ne se saisissent de Novi ainsi qu'il a déjà été publié, et ne rendent ainsi nos provisions inutiles, de sorte que pour prévoir à toutes choses, il faudroit encore faire quelque magasin dans Nice-de-la-Paille, au cas que Gênes commit cette perfidie, lequel magasin pourra toujours servir pour la subsistance de l'armée à la campagne prochaine.
Les munitionnaires ont fait la dépense du blé qui a été conduit dans Tortone, quoiqu'ils n'y fussent pas obligés, et ils méritent pour cela quelque gratitude; mais à présent que leur contrat est fini, ils ne veulent plus s'en mêler. Si bien qu'il faut faire état d'avoir de l'argent pour les achats de blé qu'il convient faire, et pour les autres choses qui sont nécessaires pour la place; lesquelles il faut mettre en grande quantité tout à la fois, parce qu'il n'est pas possible de retourner dans ce pays-là que l'herbe ne soit grande, à cause de la cavalerie qui n'y pourra pas subsister.
Mais tous ces préparatifs-là quoique très nécessaires demeureront inutiles et Tortone se perdra infailliblement, s'il ne plaît au roi d'envoyer présentement mille chevaux effectifs et trois mille hommes de pied.
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La raison est que les ennemis arrivés de l'armée du vice-roi de Naples qui est nommé pour gouverneur de l'état de ]\Iilan qui fera tous ses efforts pour mener des troupes avec lui, prendra la ville de Tortone au pre mier beau temps qui paroîtra ; feront une circonvallatiôn à l'entour de la citadelle par le moyen des paysans qui sont à leur dévotion bien promptement ; en sorte qu'elle sera parachevée auparavant que nous y puissions arriver, et quand elle sera ainsi en état, on ne pourra pas l'aller forcer, avec les troupes qui resteront ici, lesquelles même n'y vivront pas quand on les y voudroit mener. Or, pour prévenir cet accident, il faut avoir les troupes qu'on demande, avec lesquelles fortifiées de ce qu'on pourra tirer de celles qui sont ici, on ira se loger dans le Milanais, vivre aux dépens des ennemis, et leur donner telle jalousie qu'ils n'oseront attaquer Tortone, et, s'ils y pensoient, on y arriveroit aussitôt qu'eux. Par ce moyen on conservera Tortone, en attendant que les recrues et le reste des troupes arrivant en Piémont, on puisse entreprendre quelque chose. I\Iais il faut que les mille chevaux et trois mille hommes de pied s'assemblent dans le Dauphiné et entrent en corps dans le Piémont, afin qu'en même temps on puisse s'aller loger dans le Milanais. Autrement, si elles viennent par petits corps, elles ne serviront de rien, se ruineront, ne trouvant pas dans le Piémont des quartiers pour subsister, et ôteront moyen de vivre aux troupes qui resteront en ce pays.
Il est si facile aux Espagnols de reprendre Tortone que, quoiqu'ils ne leur viennent point de troupes ou de nouveau général, ils peuvent, avec ce qu'ils ont et le secours des milices, reprendre la ville de Tortone et faire la circonvallation de la citadelle, auparavant que nous y puissions arriver, et sans que nous leur puis-
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sions donner jaiousie ailleurs, eu égard à notre foi- ! liesse qu'ils savent aussi Lien ffue nous.
LE TELLIER A DES ^'OYERS
Turin, ce 24 décembre 1642.
Monseigneur, votre courrier trouva M=^ le duc de Longueville a Bra, retournant de l'armée le 1*J du courant, il me rendit votre dépêche du 9 précédent par laquelle vous vous plaignez avec raison de ce que vous n'avez pas été informé de temps en temps du progrès du siège de Tortone. Mais vous ne m'en imputerez rien, s'il vous plaît, parce que mon silence n'a procédé que de l'impossibilité de faire passer nos dépèches, par le soin qu'ontNpris les ennemis de nous fermer les passages, espérant obtenir par cette voie, ce qu'ils n'oseruient tenter par la force, c'est-à-dire nous faire quitter leur pays et le siège, joint que n'ayant point de chiffre avec vous, je n'ai pu vous écrire la vérité des choses ni l'état de l'armée, crainte que les Espagnols n'en profitassent. Et il me semble que Dieu ait disposé les choses ainsi par sa providence pour le mieux, parce qu'il y a eu plusieurs jours dans lesquels je vous eusse du donner des alarmes des maux que nous avons évités par l'assistance du ciel et par la fermeté et bonne conduite de M. le duc de Longueville.
Nous avons fait beaucoup de dépenses pendant le siège; l'artillerie en a eu une bonne somme; mais comme la montre n'a pu être payée que depuis qu'on s'est embarqué à ce siège, j'avois retenu sur une dernière voiture une somme notable qui nous a menés loin et qui auroit suffi jusqu'à la fin, s'il n'avoit point fallu faire des dépenses en munitions de guerre et achats de blé et avoine pour la cavalerie, que je n'avois
pas prévues, ^séanmoins, rien ne nous a manqué. J'ai emprunté trente-six mille livres seulement pour le parachèvement de ce siège, qui a succédé (tourné) fort heureusement à l'avantage des affaires du roi en Italie. Il s'est fait quelques dépenses dans le camp de M. de Malissy par son crédit dont je ne puis vous informer, n'ayant pas eu encore le temps de les pouvoir examiner.
Depuis la prise de Tortone, nous y avons mis cinquante-cinq mille livres pour subvenir à l'entretien de la garnison et autres dépenses pressées, et avons frayé à tout ce qui a été nécessaire pour les convois, à la réserve du blé que les munitionnaires ont fourni. Pour cet effet, j'ai envoyé quérir deux mille cinq cens pistoles à Gènes; j'ai emprunté tout ce qui se trouvoit d'argent dans l'armée; M. de Longuevilleen avoit tant donné du sien, qu'il a fallu que j'empruntasse mille pistoles dans celte ville pour donner moyen à ses officiers de faire la dépense de son voyage pour Paris.
Si bien que les cent mille livres qu'il vous a plu ordonner ne suffiront pas à payer seulement nos dettes, compris les cinquante-cinq mille livres laissées dans Tortone, qui ne dureront plus guère après ce mois expiré. Je traite avec des banquiers ici pour y en faire tenir à leurs risques, pour éviter les escortes qui sont bien difficiles en l'état que sont les troupes; mais ils me demandent dix pour cent qui est un prix excessif. Si je ne trouve mieux, je traiterai pour dix mille écus promptement, afin qu'il n'y manque rien et qu'il n'y mesarrive par faute d'argent quoi qu'il coûte. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour y laisser davantage; en partant j'avois des lettres de sommes notables pour Gênes dont je n'ai pu tirer d'avantage, à cause de la difficultédes chemins d'entre Novi et Gênes. Il a fallu donner
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• iiiq cens livres pour avoir vingt-quatre mille cinq cens livres de Gênes à Novi, aux risques du banquier. Vous trouverez dans le mémoire qui concerne les troupes qu'on désire pour la campagne prochaine, l'état de la cavalerie de Madame, et vous connoîtrez que celle de ]\I. le prince Thomas ne peut être que de vingt compagnies de cavalerie, par le traité qu'il a fait avec Madame, et qu'il offre d'en faire jusqu'à trentedeux qui feront deux mille chevaux, en lui iloiinant la recrue pour vingt-deux compagnies, sur le même pied iju'on la paiera aux troupes du roi et de Madame.
M. le prince Thomas et le marquis Villa s'attendent à avoir l'argent desdites recrues promptement, et d'être traités à la campagne tout ainsi que la cavalerie du roi, sans qu'on puisse espérer que Madame puisse tirer du Piémont pendant l'été de quoi donner des montres à ces deux corps de cavalerie-là, le pays étant chargé du quartier d'niver de toute l'armée.
Quant au pain de munition, ceux qui ont servi jusqu'ici prétendent qu'il leur est beaucoup dû, et que si on leur veut faire l'aison, ils essaieront de continuer à servir à prix raisonnable; mais ils ne se sont point expliqués à quoi ils mettent la raison en cette matière. Ils disent que le blé est plus cher que l'année dernière dans le Piémont, qu'il enchérira encore, à cause du mauvais temps, et que, quand le sieur de Cavezanne, leur associé, sera de retour, ils verront ce qui se p urra faire.
Il est constant que le blé est plus cher que l'année dernière, mais aussi, il est certain que les pUtoles d'Italie qui ne valoient au mois de décembre dernier que neuf livres douze sous, passent présentement onze livres; et puis, comme apparemment on portera la guerre hors du Piémont, il semble que le prix du blé
est plus à considérer dans Casai et dans le Milanais que dans le Piémont.
Tout ce que je puis dire présentement sur le pain de munition est que ceux qui servent présentement ne se sont pas expliqués de ce qu'ils veulent faire; que M. le prince Tliomas propose un homme du pays et qu'on me doit apporter le nom des cautions qu'il donnera dans Lyon. La proposition est de prendre la munition pour deux ans au prix de la présente année et de rabattre soixante mille francs pendant lesdites deux années sur le prix de ladite munition.
J'examinerai cette proposition-là; je tâcherai de recouvrer l'état de la valeur des grains en Piémont, celui de Casai; je m'instruirai le plus que. je pourrai et vous en rendrai compte à la première occasion qui se présentera dans la liuitaine.
M. le duc de Longueville, M. le prince Thomas et M. Du Plessis-Praslin ont estimé sur le sujet de la munition qu'il est nécessaire de faire grand magasin de blé et un autre plus moindre dans Nice-de-la-Paille, et qu'il faut travailler promptement afin qu'on puisse avoir le blé à prix raisonnable. Quant à Nice-de-la- Paille, il les faudra faire voiturer du Piémont. ' Ils ont aussi estimé que la guerre ayant à se faire dans le Milanais, il faut obliger le munitionnaire à avoir un certain nombre de voitures, qui sera limité dans le contrat, tant de charrettes que de mulets, pour pouvoir porter pour quinze jours proportionnément à la quantité de rations qu'on les obligera de fournir par jour, qui est une condition que vous mettez toujours dans les contrats de munitions des autres armées. Et comme cette condition-là est nécessaire, aussi fera-t-elle augmenter le prix de la munition, à cause que les munitionnaires jusqu'ici n'ont pas eu beaucoup
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(le YOifures et se sont toujours assurés sur celles qui se trouvent dans le Piémont d'un lieu à un autre.
M^"^ le duc de Loiigueville est parti ce matin pour aller coucher à Suse, où il séjournera demain pour Taire ses dévotions. M. Du Plessis-Praslin fait état de partir incontinent, M. de Castellan, le 27 du courant. M. de Salis est toujours malade , si bien qu'il échet à M. de Saint- André Montbrun de commander l'armée, en attendant le retour de M. I)u Plessis-Praslin, que vous ne tiendrez guères à mon avis.
Je ne puis finir sans vous avouer que la perte qu'a laite la France en la mort de Son Eminence, ne peut -'expliquer; j'en ai un très-grand sentiment en mon particulier, tant pour la révérence que j'ai toujours eue pour les hautes qualités d'un si grand personnage, que pour la part que je prends comme je dois en tout ce qui vous touche. Une moindre vertu que la vôtre, ne seroit pas à l'épreuve d'un si fâcheux accident. Xe doutez pas que les ennemis ne s'en promettent grand avantage, ce qu'ils ont témoigné par leur joie par toute l'Italie; mais j'espère que, les affaires demeurant comme Sa Majesté les a ordonnées après la mort de Son Eminence, leur joie se trouvera sans fruit par la continuation de vos soins. Je vous demande celle de votre bienveillance et vous proteste que je serai toujours, etc....