‹ Michel Le TellierChapitre 174 sur 179 · LE TELLIER A BOUTHILIER · texte numérisé non relu

LE TELLIER A BOUTHILIER

Turin, 26 décembre 1642.

Monseigneur, depuis la prise de la citadelle de Tortone, l'armée a séjourné sur les confins du Milanais pour escorter les convois qui étoient nécessaires pour la conservation de cette place-là, mais en fort petite

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quantité, à cause de la saison qui n'a pas permis qu'on ait séjourné là plus long-temps; si bien qu'il faudra recommencer au premier beau temps.

J'ai laissé dans Tortone un commis de l'extraordinaire des guerres avec cinquante-cinq mille livres que j'ai ramassées dans l'armée pour l'entretien de la garnison, en attendant que vous y ayez pourvu; j'ai aussi emprunté de l'argent à Gênes pour ces convois-là et autres dépenses qu'il a fallu faire, en sorte que comptant trente-six mille livres qui ont été employées au parachèvement du siège, outre les cinquante-cinq mille livres qui ont été laissées à Tortone et la dépense des deux convois, j'ai donné des promesses pour près de six-vingt mille livres.

J'envoie à M. Des Noyers les avis de M. de Longueville, par son ordre, de ce qui est nécessaire pour la conservation de la place. Je vous supplie d'y vouloir faire considération, et de me donner moyen de conserver le crédit que j'ai trouvé en cette occasion importante au service du roi, en ordonnant du fonds pour le remboursement de ces dépenses-là. J'attends cette justice de votre bonté, grâce que je recevrai qui m'obligera de continuer d'être, etc....

LE TELLIER A MAZARIN

l*' janvier 1643.

Monseigneur, je n'ai point douté que Votre Eminence ne trouvât à redire en l'établissement de la garnison de Tortone, quand elle sauroit qu'on y a laissé des troupes françoises commandées par un mestre de camp qui a toujours été au service du roi. J'assure Votre Eminence que M. de Longueville a fait tout ce qu'il a pu, lorsqu'il a remis la place entre les mains de

M. le prince Thomas, pour rinduire à y mettre un gouverneur et des troupes qui dépendissent de lui, afin que cette rémission put produire en Italie les bons effets que Sa Majesté en doit raisonnablement espérer, qu'il a plu à Votre Eminence me marquer par sa dépêche du 12 décembre qui m'a été rendue par M. Talon le 29 suivant. Mais M. le prince Tiiomas n'ayant pas voulu se servir de l'infanterie de Madame, il n'y avoit pas moyen qu'il pût faire garder cette place-là par des troupes sur lesquelles il eût autorité particulière. On le pressa fort d'y mettre seulement un gouverneur dont il s'excusa sur ce que M. Dom Maurice sur lequel il avoit jeté les yeux, lorsqu'il pensoit pouvoir faire hiverner dans le comté de Tortone, partie de l'armée du roi, ne s'en voulut point charger, et que le comte Macety qu'il nous avoit signalé aussi dès le commencement du siège s'en excusa, si bien que M. de Longueville n'eut point d'autre parti à prendre que d'y mettre M. de Florinville pour commander les régimens françois qui ont été ordonnés pour la garde de la place. Or, puisqu'il plaît à Votre Eminence de me commander de lui écrire franchement ce que je pense des affaires deçà, je lui dirai sur ce sujet que je crois assurément que M. le prince Thomas ayant considéré que le siège de Tortone duroit longtemps, que l'armée consommoit les vivres desquels on pouvoit faire état pour le ravitaillement de la citadelle, que les Espagnols s'étoient emparé de Pontecouronne, Voghera et autres terres dans lesquelles il avoit cru pouvoir faire loger des troupes pour soutenir la place pendant l'hiver; que Saranal nous avoit échappé et ne pouvoit tomber en nos mains devant la campagne prochaine ; que Tortone demeureroit assiégé de Pontecouronne, Alexandrie, Saranal et d'autres petits châteaux qui lui

ôteroient entièrement la communication d'avec nous. Il n'a pas voulu y mettre un gouverneur, afin que si la place venoit à se perdre comme j'appréhende, on ne lui en pût imputer chose quelconque. Et je crois que par cette même raison-là, il ne se hâtera pas de faire la levée d'infanterie que Votre Eminence désire, jusqu'à ce que nous ayons attrapé la campagne prochaine et reconnu ce que peut devenir cette conquête.

J'ai envoyé à M. Des Noyers les avis de M'^ le duc de Longueville, prince Thomas et comte Du Plessis- Praslin, de ce qu'il convient faire pour cela. Sur lesquels Votre Eminence fera les réflexions qu'elle estimera nécessaires pour l'importance de la place.

Le chiffre que m'avoit donné Votre Eminence en partant de Piémont, a été emporté par M. de Longueville; puisqu'il plaît à Votre Eminence me commander que je lui écrive de toutes choses avec liberté, je la supplie d'ordonner à un de ses secrétaires de m'en envoyer un autre.

Ma vie ne doit être employée qu'en actions de grâce à Votre Eminence des bons offices qu'il lui plaît me rendre continuellement et de la bonne opinion qu'elle témoigne avoir de moi, à laquelle j'avoue que je ne puis répondre, n'ayant pas de talens pour cela. J'avois espéré pouvoir faire un voyage à la cour cette année, pour lui en témoigner mes véritables ressentimens, mais l'état des affaires présent m'en ôtant l'espérance, je suis obligé de me servir de cette voie pour l'en remercier comme je fais très-humblement, et l'assurer que mon ambition sera satisfaite, quand on connoîtra que Votre Eminence m'accorde quelque part en sa bienveillance et qu'elle me fait l'honneur de me croire, comme je serai toute ma vie avec fidélité, etc....

1" janvier 1643.

Monseigneur, j'ai reçu par les mains de M. Talon, le 28 du passé, vos trois dépêches du 26 novembre, 11 et 13 décembre. Si vous prenez la peine de vous faire informer par les officiers de cette armée de la liberté que nous avons eue pendant le siège de Tortone de faire tenir des lettres à Turin, je me promets que vous ne m'imputeriez rien de ne vous avoir pas rendu compte des affaires de deçà si souvent que je devois pendant ce siége-là.

Je vous ai envoyé par ordre de Me" de Longueville ses avis sur le nombre des troupes qu'on a jugé nécessaire ici pour la campagne prochaine, l'état des garnisons, les mémoires concernant Tortone, et les recrues de la cavalerie et infanterie de cette armée, et ainsi j'ai satisfait par avance à la plus grande partie de vos dépêches.

J'ai offert aussi à M. le prince Thomas de l'argent pour faire la levée des hommes que vous désirez qu'il mette dans Tortone. A quoi il a fait réponse, qu'il ne se vouloit pas engager qu'il ne sût ce qu'il pourroit faire, afin de ne promettre que ce qu'il pourra livrer. Je crois que cette affaire pourra tirer de longue.

Quant aux traités que vous m'ordonnez de faire avec les officiers de cette armée pour les recrues, je n'ai pu y satisfaire pour deux raisons : l'une parce que l'armée n'étant pas encore arrivée dans ses quartiers, je n'ai pu conférer avec tous les officiers, et l'autre que ceux qui sont ici disent qu'ils croient que quand le roi sera informé de l'état auquel les a réduits le siège de Tortone et celui qu'ils ont souffert des

250 i" JANVIER 1643.

eaux dans le Montferrat, ils espèrent de la bonté de Sa Majesté qu'elle les traitera plus favorablement qu'elle n'a projeté par les mémoires qui ont été donnés par M. Talon. Et certainement il est bien important que vous sachiez l'état de cette armée, ce que vous apprendrez par la lecture d'une lettre de M. de Samet-André qui l'a commandée dans sa retraite, que je vous envoie, et par ce que vous en dira M. Du Plessis-Praslin qui a notable intérêt de ne rien celer de ce qu'il en sait.

Mais comme les recrues pressent extrêmement, on perdra bien du temps en voyage, si on ne s'attache à faire des traités ici avec tous les corps. Il nous a semblé ici qu'il suffisoit de faire un état de ce que le roi veut donner d'argent à chaque régiment, d'y insérer les conditions auxquelles Sa Majesté désire que les officiers satisfassent qui se peuvent tirer des mémoires que j'ai envoyés par l'ordre de Ms^ de Longueville, et ordonner à celui qui paiera ou qui aura soin de cette affaire à Lyon, de tirer d'eux des obligations relatives auxdites conditions, ainsi qu'il se pratiqua l'année dernière; puis envoyer un ordre ici de faire partir les officiers nécessaires pour les recrues ; vous pouvez vous assurer qu'aucun n'échappera l'occasion d'aller toucher de l'argent.

Je n'ai rien fait. Monseigneur, qui me puisse faire prétendre aucune part à la prise de Tortone. J'impute à votre bonté celle qu'il vous plaît me donner en l'honneur de cette conquête et en votre bienveillance que je ne mérite pas, si ce n'est que vous vouliez considérer en moi la fidélité avec laquelle j'ai résolu d'être toute ma vie, etc....

10 JANVIER l'j43. 261

DES NOYERS A LE TELLIER

10 janvier 1G43.

Monsieur, j'ai reçu avec une grande satisfaction les vôtres du passé, accompagnées de tous les états et mémoires qui m'étoient nécessaires pour seconder les services que vous rendez très-utilement par delà. Et je n'ai pas manqué de les faire valoir auprès du roi, comme ma conscience et l'inclination que j'ai eue de tout temps à estimer votre vertu m'y obligent, et ai fait en sorte que Sa Majesté les a lus elle-même, les uns après les autres avec satisfaction. Mais les affaires ne se font pas en faisant des complimens, je vous dirai ce que nous avons fait pour venir à l'exécution de ce que vous nous avez représenté.

Etant porté par le traité fait avec M. le prince Thomas que sa cavalerie passera dans le corps de celle du roi ou de Madame , je vous envoie pour lui mettre entre les mains vingt commissions en blanc qu'il remplira des noms des capitaines qu'il voudra retenir, afin qu'ils servent désormais Sa Majesté sous l'autorité dudit sieur prince, Sa Majesté ayant cru qu'il seroit plus aise que l'on en use ainsi, que de voir sa cavalerie incorporée dans celle de Madame. Et je m'assure qu'il vous sera ft^ile à lui persuader que cette résolution a été prise, plutôt pour l'obliger que pour diminuer son autorité, que Sa Majesté est disposée d'augmenter de jour à autre et de le fortifier plutôt avec le temps que de l'affoiblir, dans la confiance entière que Sa Majesté prend de l'aff'ection qu'elle sait qu'il a pour le bien de son service.

Je viens maintenant à l'article de vos mémoires qui nous demande des forces présentement, pour vous dire

que, bien qu'il soit comme impossible d'y satisfaire en façon quelconque dans la saison où nous sommes, néanmoins Sa Majesté ne laisse pas de faire toutes sortes d'efforts pour y satisfaire sinon en tout au moins une partie, ayant résolu de vous envoyer un bon régiment d'infanterie par mer, composé de mille bons hommes, pour jeter dans Tortone, et vous donnant moyen d'en retirer le nombre infini d'officiers qui consomme un fonds et est empêché de travailler aux recrues ; non que Sa Majesté vous prescrive de retirer cela ou cela de cette place dont la conservation est si importante, mais au moins croit-on vous soulager en vous envoyant mille bons hommes dans un corps de vingt compagnies.

Sa Majesté étant résolu de donner Tortone à M. le prince Thomas, ne seroit-(ce) pas encore un moyen de retirer partie des troupes qui y sont (et) de lui proposer de lever quelques Italiens, Allemands ou Suisses, pour y jeter et faire partie de la garde? que si cela n'est certain dans le succès, au moins ne trouve-t-on point d'inconvénient à le lui proposer, l'inviter et lui aider à le faire. Vous en userez avec votre prudence accoutumée.

Et comme Sa Majesté, imitant Dieu, tâche de ne rien faire imparfait, elle ne se contente pas de témoigner sa générosité à M. le prince Thomas en lui remettant Tortone qu'elle vient de prendre avec tant de peine, de dépenses et de perte de ses gens de guerre, mais elle veut ne rien omettre pour lui donner moyen de la conserver et jouir longtemps d'un présent que Sa Majesté lui fait. Elle désire que, pour rendre efficace les moyens dont elle veut se servir à cet effet, M. Le Tellier envoyant un homme sûr, fidèle et intelligent dans la place avec de l'argent pour suppléer à la pé-

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iiiirie des vivres, M. le prince Thomas s'emploie avec t^oin pour, par le moyen du crédit et des habitudes qu il a dans les pays voisins, soit du Génois, Milanais ou autres, y en faire porter en payant avec avantage ceux qui l'entreprendront, Sa Majesté se souvenant que par l'attrait d'un gain médiocre, M. le maréchal de Toiras (*) a autrefois ravitaillé Casai des propres grains des ennemis, chacun sachant que le génie du pays porte les iiabitans à préférer une espérance de jain, même au hasard de leur vie. Que si cette voie réussit comme chacun l'espère, il y a lieu de croire que les vingt mille écus que je vous envoie étant utilement employés en achat de grains , l'on pourra être en repos de cette place pour longtemps.

L'on n'omettra aucun des avis que vous nous avez donnés touchant les recrues et les moyens de rendre les régimens d'infanterie et de cavalerie meilleurs qu'ils n'ont été par le passé.

L'on donnera des ordres de prévenir de bonne heure tout ce qui a manqué et ce qui seroit à craindre à l'avenir du côté de Gènes.

Quant à ce qui est des offres qui vous ont été faites sur la fourniture du pain de munition, vous les exa-

(1) La défense de Casai en 1630, qui valut à Toiras Je titre de maréchal de France, contre les forces de l'Autriche et de l'Espagne, sous les ordres de Spinola, le plus grand capitaine de ce siècle, jeta un éclat qui fit oublier ses précédents exploits. Attaqué par des forces inaposantes, manquant d'argent, ayant contre lui la malveillance des habitants et la défection des troupes italiennes que le duc de Mautoue entretenait dans la place, il subvint à l'épuisement des caisses par le sacrifice de sa vaisselle et par son crédit. Toiras fit plus de soixante sorties presque toutes heureuses, pendant la durée de ce siège qui fut de près de six mois. Une trêve et ensuite la paix mirent fin à de si héroïques travaux.

{Biographie Michaud).

264 12-13 JANVlI^n lGi3.

minerez, s'il vous plaît, car l'on s'en rapporte entièrement sur Yos soins et la connaissance que vous avez ' de la valeur des choses par delà.

Je n'ose vous parler de la perte que nous avons tous fait en général et en particulier, pour ne renouveler des plaies dont le sentiment est mortel à mon cœur, si ne puis-je conclure cette trop longue lettre sans vous en recommander la mémoire et vous conjurer, par l'honneur dont vous faites profession, de ne souffrir que les François reconnoissent moins ce qui est dû au nom de cet homme incomparable, que les ennemis de la France qui l'avouent pour le phénix de son siècle. Je serai toute ma vie en mon particulier. Monsieur, etc.

LETTRE DU ROI A LE TELLIER

12 janvier 1643.

Monsieur Le Tellier, ayant donné au sieur de Ghampigny, intendant de la justice, police et finances en Lyonnois, le soin principal des recrues de mon armée d'Italie, je l'ai particulièrement chargé de tenir bonne correspondance avec vous, et je désire que vous la gardiez semblablement envers lui sur le sujet desdites recrues dont vous ayant plus amplement informé par une autre dépêche, je ne vous ferai celle-ci plus longue que pour prier Dieu, etc.... Ecrit à Saint-Germain-en- Laye, le 12 janvier 1643.

Signé : Louis, et plus bas, Sublet.

LETTRE DU ROI A LE TELLIER

13 janvier 1643.

Monsieur Le Tellier, m'ayant été représenté de la part de ma sœur la duchesse de Savoie diverses choses

13 JAXVJZR IG-iV 2r,5

pour le soulagement du Piémont, et entre autres que chacun des maréchaux de camp de mon armée d'Italie prétend d'exiger pendant l'hiver quarante places par jour, et les autres officiers d'être payés de leur quartier d'hiver ahsens comme présens, et que le plat pays est ruiné des contrihutions que les gouverneurs des places en tirent, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que les maréchaux de camp n'aient que le même appointement qu'ils ont servant dans mon royaume qui est de cinq pistoles par mois, et ce pour les présens seulement.

Qu'il ne soit payé aucun chef ni officier absent quoiqu'avec congé, si ce n'est qu'il soit employé actuellement aux recrues. Voulant que ceux-là soient réputés pour présens et que vous ayez soin de leur conserver leurs fonds.

Qu'ayant pourvu au paiement des garnisons et déjà envoyé leurs fonds pour les quatre premiers mois de la présente année, j'entends que vous empêchiez que les gouverneurs des places ne tirent aucune contribution des habitans d'icelles ni des lieux voisins, sous prétexte de l'entretien des garnisons ou quelque autre que ce puisse être, à peine de concussion, suivant les défenses que j'en ai faites diverses fois, à quoi je mande au sieur de Saint-André-Monbrun de tenir exactement la main. Vous recommandant au surplus d'employer tous les soins et l'autorité qui dépendent de vous, pour faire que mes troupes vivent en si bon ordre dans leurs quartiers que les habitans du Piémont s'en trouvent soulagés et m'assurant que vous y apporterez votre affection et vigilance accoutumées, Je ne vous ferai la présente plus longue que pour prier Dieu, etc.... Ecrit à Saint-Germain-en-Laye, le 13 janvier 1643. Signé : Louis, et plus bas, Sublet.

LETTRE DU ROI A LE TELLIER

13 janvier 1643.

Monsieur Le Tellier, sur ce qui m'a été représenté de la part de ma sœur la duchesse de Savoie pour la ville de Turin, qu'il souffre une charge excessive par la fourniture qu'elle fait de neuf cens lits sur le pied de deux, mille sept cens soldats, bien qu'il en ait à présent beaucoup moins dans la garnison par le loyer de grand nombre de chambres qu'elle paie sur le même pied ; pour la fourniture du bois' et chandelles pour trente-deux corps-de-garde ; par le logement de tous les officiers-majors qui prétendent conserver leurs logis pendant toute l'année, bien qu'absens ; par le logement et l'ustensile aux officiers de ladite garnison et de ceux de l'état-major de chaque régiment, et par la même fourniture qu'elle fait à la compagnie de carabins qui est en ladite ville, ce que l'on assure monter à cent soixante mille livres par an. Et, qu'en outre, lesdits habitans reçoivent un grand dommage du dégât qui se fait de leurs foins aux environs de la ville, que les officiers qui sont tant en garnison qu'autrement envoient manger par leurs chevaux ou les coupent et enlèvent.

Mettant en considération toutes ces charges et incommodités, je vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayez à vous assembler avec les sieurs d'Aiguebonne et de Saint-André-Monbrun, pour aviser aux moyens de soulager ladite ville et de retrancher effectivement tous les abus et contraventions à mes ordres, qui se commettent au fait desdites fournitures; que vous communiquiez sur cela avec les ministres de ma sœur et les officiers de ladite ville pour leur don-

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lier tout contentement raisonnable. Mon intention étant qu'avant toutes choses, vous fassiez faire, aussitôt la présente reçue, en votre présence et en celle desdits sieurs d'Aiguebonne et de Saint-André, une revue exacte de la garnison tant de la ville que de la citadelle, employant à cet effet le sieur Talon, ou en son absence un autre commissaire fidèle, et qu'ensuite, sur le pied de cette revue, vous ordonniez tous trois ensemble la réduction des lits et chambre sur le pied des soldats effectifs, comme aussi le nombre des corps de garde si vous voyez que cela se doiv«, eu égard à la force de la garnison et la sûreté de la place ; que vous empêchiez qu'aucun officier-major de l'armée n'y prenne logement, si ce n'est de ceux qui sont compris au règlement que j'ai ci-devant fait sur ce sujet et qu'il y soit présent, et qu'aucun maréchal de camp ni autres n'y tienne son équipage s'il n'y est en personne. Vous enverrez ceux (les équipages) des absens en tel autre quartier que vous estimerez à propos, où ils seront obligés de les faire vivre à leurs dépens.

Que vous réduisiez le logement et l'ustensile des officiers de la garnison, majors et autres, aux présens et effectifs et à ce qui est porté (prescrit) par mes ordres; que vous fassiez le semblable pour les carabins; que vous défendiez très-expressément aux officiers et autres de gâter ou fourrager les foins des environs de ladite ville et d'y envoyer leurs valets ni chevaux, à peine aux valets et soldats de la vie, et à ceux qui les enverront de confiscation de leurs chevaux et telle autre plus grande peine que vous aviserez ; en sorte que je ne puis plus recevoir de plaintes sur ce sujet. Et je vous recommande d'avoir l'œil de temps en temps à ce que les fournitures soient réglées en ladite ville

268 15 J.-^.NVIER 1643.

sur le pied des effectifs, comme aussi de faire que semblable bon ordre soit observé ès-autres villes de Piémont, vous assurant que vous ne sauriez faire chose qui me soit plus agréable, et sur ce je prie Dieu, etc.... Ecrit à Saint-Germain-en-Laye, le 13 janvier 1643. Signé : Louis, et plus bas, Sublet.

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